• W comme Water Closet

    Aujourd’hui, je vais vous emmener dans un endroit qui, à priori, n’est pas spontanément liée ni à la musique, ni à l’opéra -

    par contre il s’agit d’un lieu qui concerne strictement tout le monde, y compris celui du monde de la musique classique.  S’y rendre témoigne (parait-il) d’une bonne santé et fait partie intégrante de la vie de tous les jours, à tel point que de nombreux artistes s’en sont inspirés pour leurs œuvres – et que d’autres encore y ont même trouvé leur inspiration. Quoi de plus naturel alors si cet endroit occupe une place certaine dans les arts plastiques et la peinture, et quoi de plus normal aussi que la musique y trouve une certaine place!

     

    W comme Water Closet

    Il s’avère que de nombreux artistes ont utilisé les WC dans leurs œuvres d'art : L’urinoir en porcelaine renversé appelé « Fontaine », de Marcel Duchamp, passe pour l'œuvre la plus controversée de l'art du XXe siècle ; Francis Picabia s’en est inspiré pour créer ses affiches, le couturier André Courrèges a dessiné un modèle pour la marque Allai et le sculpteur César a disposé deux cuvettes de W-C dans le jardin de sa maison de Saint-Paul-de-Vence, en guise de bacs à fleurs.

    W comme Water Closet

    La célèbre Fontaine de Marcel Duchamp est exposée à côté de la Fontaine (Bouddha) de Sherrie, à Londres. (Photo Reuters)

    Ceci dit, je vous vois rappliquer aussitôt avec la question, légitime certes, sur le rapport entre les WC et la musique. Or il existe bel et bien, même si je dois avouer que, dans certains cas, il n’est réellement très étroit que quand la musique (ou l’interprétation) n’est pas vraiment convaincante ! J’en tiens pour preuve le fait qu’à l’opéra, en cas de piètre prestation, l’auditoire a vite fait de conspuer l’artiste en méforme en le vouant à une certaine corvée - par un tonitruant et impératif  « aux chiottes » !

    Admettons que ceci ne relève pas de la plus grande délicatesse, mais au prix que sont les places à l’opéra !

    D’autre part, même si je comprends parfaitement bien que ce sujet puisse choquer certains, et que je respecte bien entendu leur sensibilité, ce n’est pourtant pas pour autant que je vais clore ce sujet ex abrupto -

    car primo, les affaires auxquelles on s’adonne à cet endroit ne sont pas toujours celles que vous croyez ; et secundo celles que vous croyez n’ont pas toujours été un tabou comme c’est le cas de nos jours. Si bien que l'on retrouve de nombreux écrits et des correspondances mentionnant l’utilisation de ces lieux sans la pudeur qui prévaut de nos jours. Certaines lettres de Mozart pouvaient même contenir plusieurs pages sur le sujet ! Or Mozart, c’est tout de même une référence, non ? Qui de surcroit légitime ce rapport à priori peu vraisemblable !

    Et si le fait que le même Mozart a soi-disant composé le dernier mouvement de la sonate pour piano N° 11, le fameux « Rondo alla Turca », pendant qu’il était accroupi sur les toilettes à la turque, s’avère finalement n’être qu’une plaisanterie de goût douteux (mais qui aurait probablement bien fait rire celui qui est  l’auteur de quelques canons passablement « scatologiques »), il est vrai par contre que le « Quatuor pour la fin des temps » d’Olivier Messiaen a pris forme dans cet endroit :

    Olivier Messiaen (1908-1992) était prisonnier au Stalag VIII à Gerlitz en Silésie. Pour échapper à la promiscuité, il avait demandé à être sentinelle de nuit. Ainsi, il pouvait penser à ses compositions. Une nuit, m’a-t-il raconté, il a même pu contempler une aurore boréale. Un jour, un officier allemand lui a offert un morceau de pain: « Vous êtes un homme pacifique, lui a-t-il dit, je vous donne un quignon de pain, du papier à musique, et je vous enferme dans les toilettes. Comme cela, personne ne vous dérangera pour écrire votre musique. » Le « Quatuor pour la fin du temps » n’aurait pu voir le jour autrement: il faisait moins vingt degrés, et Messiaen dormait avec ses camarades dans des « tiroirs ». Les prisonniers mouraient de faim et n’avaient droit qu’à une seule soupe de baleine par jour. Pour tromper la faim, ils récitaient, criaient des recettes de cuisine. C’était atroce. En janvier 1941, Messiaen, avec les musiciens (clarinette, violon et violoncelle) pour qui il avait écrit le Quatuor, joua l’oeuvre devant deux mille prisonniers. Le piano (un petit piano droit) était gelé et certaines touches ne remontaient pas, une fois enfoncées. (Source : Classica, juillet-août 1999; News; Karol Beffa et Bertrand Dermoncourt: Couleurs de la cité céleste)

    W comme Water Closet

    Olivier Messiaen

    Dans l’extrait suivant, la violoniste coréenne Kyung-Wha Chung, accompagnée par le pianiste Lee Luvisi, interprète le 8ème mouvement « Louange à l’immortalité de Jésus » du « Quatuor pour la fin du temps » (enregistrement live, New York 1984) :

    A là même époque également, et dans des conditions tout aussi inhumaines, un autre compositeur a écrit un opéra ainsi qu’un Nonet, sans numéro d’opus et qui sont restés ses toutes dernières compositions :

    Rudolf Karel (1880-1945), d’origine tchèque, a étudié la composition de 1899 à 1904 avec Antonín Dvorak. A Prague, ou il est professeur de composition au conservatoire, il participe à la Résistance contre les nazis. Il est arrêté le 19 mars 1943 puis interné à la prison de Pnkrac. Malgré la torture, Karel commence dans sa cellule n°127 à écrire une nouvelle œuvre, son conte « Les trois cheveux du grand-père omniscient ». Sans disposer de papier à musique, il compose sur des petits bouts de papier de toilette, utilisant des éclats de bois qu’il arrache au plancher et qu’il noircit avec du charbon animal - un médicament précieux. Jour après jour, au fil de l’avancement du travail, et sans que l’auteur ait pu se relire, un gardien tchèque fait sortir les feuillets de la prison pour les mettre soigneusement à l’abri (il y en eut 240). En février 1945, il est déporté à Terezin : il compose « Nonette ». Obligé de rester dehors nu toute une nuit sous prétexte d’épouillage, il meurt de froid un mois plus tard. (Source : akadem.org/photos/contextuels/2686_2_musiciens_degeneres)

    W comme Water Closet

    Rudolf Karel

    Une fois qu’on a pris connaissance des conditions atroces et de la souffrance extrême dans lesquelles certaines œuvres ont vu le jour, tout ce qui va suivre ne peut paraître que terriblement dérisoire, ne peut être, pour rester plus ou moins dans le sujet, que de la littérature pipi de chat. Mais le thème du billet étant ce qu’il est, et tout chat domestique bien élevé se rendant lui aussi régulièrement dans un certain endroit, je me permets donc de poursuivre avec quelques autres anecdotes plus triviales.

    En premier lieu il faut alors souligner que, malgré sa grande utilité et tous les efforts de le rendre à la fois plus confortable, plus performant et plus convivial, l’évocation de ce lieu ainsi que de tout ce qui s’y rapporte, équivaut toujours et encore à l’expression crue d’un certain mépris, je dirais même d’un mépris certain :

    L’Orchestre Symphonique de Sidney a menacé de boycotter l’Opéra de Sidney à cause de son acoustique déplorable. Maestro Edo de Waart a posé son bâton en se plaignant des réflecteurs de sons posés au-dessus de la fosse et qui empêchent l’orchestre d’être entendu : « Il pourrait tout aussi bien s’agir de sièges de toilette » a-t-il déclaré. (Source : Classic FM , août 1999; The score)

    Grand interprète de Bach, fêté de son vivant mais décrié de nos jours, Karl Richter était un homme extrêmement timide et introverti. Il lui arrivait pourtant de s’exprimer dans des termes très peu orthodoxes. Ainsi a-t-il dit d’une de ses élèves : « Celle-là, elle est assise sur le banc de l’orgue comme moi sur les chiottes ! » (Source : amazon.de/tag/klassik/forum)

    Richard Strauss (1864-1949) quant à lui, aurait déclaré au sujet de son confrère et contemporain Arnold Schoenberg (1874-1951), qui lui vouait pourtant une grande admiration : « Il ferait mieux d’aller nettoyer les latrines ».

    Légende ou vérité ? Toujours est-il que dans la lettre suivante, adressée le 22 avril 1914 à un correspondant inconnu, Schoenberg confirme effectivement le peu d’estime que Strauss portait à ses compositions, bien que dans un langage légèrement adouci : 

    « Cher Monsieur, Je regrette de ne pas pouvoir accepter votre invitation d’écrire quelque chose pour le 50ème anniversaire de Richard Strauss. Dans une lettre à Madame Mahler, Monsieur Strauss a écrit ceci à mon sujet : « La seule personne qui puisse venir en aide au pauvre Schoenberg est un psychiatre….  » « Je pense qu’il ferait mieux de peller la neige au lieu de gribouiller sur du papier à musique ». (Source : Wikipedia)

    Il se peut que Monsieur Strauss ait tout naturellement modéré ses propos du fait que sa missive était adressée à une femme. Mais il se peut aussi qu’il ait pensé au proverbe qui dit : « Les paroles s’envolent, les écrits restent ! »

    A la question posée sur un blog « Quel monument parisien voudriez-vous voir disparaître », la réponse, empreinte de beaucoup de franchise, était la suivante : « L'opéra Bastille, dont le carrelage blanc (qui ne tient d'ailleurs pas) le fait ressembler à des toilettes publiques ! »

    W comme Water Closet

    Opéra Bastille

    Par contre, bon nombre d’artistes n’hésitent pas le moins du monde à parler ouvertement et sans le moindre accès de pudeur de l’utilité de cet endroit :

    Ainsi, dans son autobiographie, la mezzo-soprano Christa Ludwig n'arrête pas de parler des toilettes des différentes maisons d'opéra où elle chante ! A un moment, elle dit au lecteur qu'il s'étonne sans doute de son obsession mais que c'est extrêmement important dans la vie quotidienne d'une cantatrice.

    Or, il n’y a pas que pour les cantatrices que ce lieu revêt une certaine importance, les musiciens également vantent son importance certaine – et sa multifonctionnalité.  Bon nombre d’eux y emmènent même leur instrument, ce qui ne pose d’ailleurs aucun problème particulier, sauf peut-être aux harpistes et contrebassistes - et sûrement aux pianistes et organistes.

    Il semble même que certains musiciens y prennent leurs aises en s’y exerçant ! Ainsi, le journaliste et critique musical Bruno Serrou témoigne :

    « Je me souviens de ce séjour au Châtelet des Berlinois (l’Orchestre Philharmonique de Berlin), qui, pour leurs deux prestations publiques en trois jours, avaient investi le vieux théâtre à l’italienne une semaine durant et qui ont illuminé ce lieu tandis que je travaillais en écoutant le retour-son de mon bureau situé deux étages au-dessus du plateau, et qui, avant leur service, pendant les pauses et après les répétitions, n’avaient de cesse de travailler et retravailler jusque dans les moindre recoins des étages de l’administration du théâtre, jusque dans les toilettes, pour travailler un trait, s’échauffer sur leurs instruments, jusqu’à l’appel des troupes par l’assistant du Maestro. C’est là que j’ai compris que la qualité d’un orchestre n’est pas le fruit du hasard mais du seul travail ajouté à la volonté d’être le meilleur… (Source : brunoserrou.blogspot.ch)

    Le cinéaste Bruno Monsaingeon était violoniste avant de se tourner vers la réalisation et la production de films documentaires dédiés aux grands interprètes et compositeurs de musique classique. Voici ce qu’il raconte sur ses débuts de violoniste :

    Passionné par la musique pour violon, le petit Bruno a imploré ses parents pendant des années pour qu’ils lui en offrent un. «Pendant les concerts j’observais constamment les violons. Même lorsque j’écoutais un disque, je me concentrais essentiellement sur les violons tout en lisant les notes.» Pourtant, ce n’est que six ans plus tard qu’il a reçu pour Noël cet instrument tant convoité. Lorsqu’enfin, il a tenu son premier violon dans ses mains, il s’est enfermé dans les toilettes d’un train et a joué durant tout le trajet. Pendant quatre heures! (Source : musik-heute.de/341/du-coeur-a-l’ecran-bruno-monsaingeon)

    Qu’un musicien ne se sépare pas de son instrument en se rendant au petit coin, me paraît tout à fait concevable, pour autant toujours que la taille de celui-ci le lui permette. Plus rare déjà est le cas d’un musicien qui, poussé inexorablement à aller répondre à l’appel de mère nature, substitue son instrument au cabinet d’aisances, Et pourtant :

    Arturo Toscanini est né le 25 Mars 1867 à Parme, dans le quartier ouvrier au-delà de la rivière, d’un père garibaldien opposé à l’Eglise, et d’une mère catholique pratiquante. Bientôt on a découvert ses capacités musicales, dont celle de pouvoir jouer au piano, qu’il n’avait pas étudié, des phrases musicales qu’il venait d’écouter. Il a reçu une bourse qui lui a permis d’entrer au conservatoire de Parme, où la discipline était stricte, la nourriture peu abondante, où il n’y avait pas de chauffage, où il fallait se rendre à la messe tous les matins; mais où la qualité des professeurs était très élevée. Un jour, pour quelque faute, il a été obligé en guise de punition à passer une journée et une nuit dans une petite chambre sans lumière, avec seulement la compagnie du violoncelle. Comme il ne lui était pas possible d’aller aux toilettes, il a utilisé le violoncelle comme récipient. Le jour suivant le professeur s’est exclamé: mais qu’est-ce qu’il arrivé à ton violoncelle, il transpire! (Source : Hommage à deux gloires de la musique italienne Arturo Toscanini et Magda Olivero, Emilio Spedicato, Università di Bergamo  Décembre 2007)

    Pour d’autres encore, ce lieu évoque de bien mauvais souvenirs. Rolando Villazon par exemple raconte avec moult détail la mésaventure qui lui est arrivée dans les toilettes de Daniel Barenboïm :

    Il y a quelques années, je me trouvais à Berlin. J’y ai rencontré Daniel Barenboïm, qui m’a gentiment invité à souper chez lui. Tout était merveilleux, mais tout d’un coup m’est arrivé une chose curieuse. Je ressentais une légère brûlure en faisant pipi. Cette brûlure devenait toujours plus forte, et le jet toujours plus faible. Finalement, aller sur les toilettes devenait une torture.

    J’ai été admis d’urgence à l’hôpital et on m’a prescrit des médicaments. Après quelques jours, tout redevenait normal. Beaucoup de choses nous paraissent tellement évidentes, sans même qu’on s’en rend compte. Mais quand on est malade, on s’aperçoit que ce n’est pas si évident que cela. Chaque fois que je vais aux toilettes pour faire pipi, je pense : Génial, comme c’est agréable. On se lâche, et ça jaillit. Sans brûlures et sans douleurs ! » (Source : welt.de/kultur)

    Je ne comprends pas très bien la raison pour laquelle Villazon implique son ami Barenboïm dans cette affligeante affaire, mais du coup, je vous donne un bon conseil : même si vous êtes invités, n’allez pas aux toilettes chez les Barenboïm - vous risquez d’y faire  une surprise déplaisante !

    W comme Water Closet

    Rolando Villazon

    Par contre, suivant le lieu ou vous vous trouvez, le chemin qui vous mène vers le petit coin risque de vous couper doublement votre envie, je veux dire une certaine envie pressante aussi bien que celle d’assister ensuite à un concert. C’est en tout cas ce qui est arrivé à une mélomane de Londres :

    L’Abbaye de Westminster est l’un des édifices religieux les plus célèbres de Londres, que vous devriez tous sans exception, ceci depuis le 29 avril passé en tout cas, connaître jusque dans les moindres recoins grâce à la retransmission du mariage du prince William avec Catherine Middletone.

    En dehors des plus de 1500 offices quotidiens tenus par an, des couronnements et des mariages royaux, cette cathédrale joue également un rôle prépondérant dans la vie musicale de la Grande-Bretagne et de très nombreux concerts y sont organisés tout au long de l’année.

    Or cette église, qui accueille chaque année plus d’un million de visiteurs, ne dispose pas de toilettes publiques et les mélomanes désireux de se soulager avant un concert, comme d’ailleurs tous les autres visiteurs, sont poliment priés par le portier de se rendre -

    au McDonald qui se trouve à proximité !

    Cette réponse a tellement choqué une mélomane désireuse d’assister à un concert qu’elle a rendu son ticket et envoyé une lettre de protestation aux managers du Philharmonia Orchestra et de la Westminster Abbey, avec copie à rec.music.classical, publiée sur le net ! (Source : Gertsamtkunstwerk)

    W comme Water Closet

    L’Abbaye de Westminster

    Rien d’étonnant non plus que le petit coin, aussi indispensable que méprisé, ait excité la fantaisie de certains librettistes et metteurs en scène pour qui frapper les esprits du public avec des scènes fortes est la première des préoccupations, car garantes de nombreuses critiques offusquées qui, aussi contradictoire que cela puisse paraître, remplissent  pourtant les salles :

    Un opéra avec des juges qui se réunissent dans les toilettes publiques, des spots publicitaires télévisées qui vendent des fouets et une scène finale dominée par un énorme « pénis mitrailleuse » a eu sa première sur CD chez Collins Classics. Achevé en 1987 et présenté en première mondiale la même année au Staatstheater de Darmstadt, mais commencé en 1965 déjà, « Résurrection » de Sir Peter Maxwell Davies est une vue dérangeante du monde moderne avec la valeur choc de « Orange mécanique » ou d’un film de Ken Russel. (Source : Classic CD, août 1995: News).

    Il est vrai que c’est avec de la m.....  qu’on attire les mouches !

    Et pourtant, en avril 2011, en parlant du  nouvel opéra « Kommilitonen » du même Maxwell Davies, classissima prétend que le compositeur avait abandonné l’opéra pendant plus de 15 ans parce qu’il en avait plein le … (non, ce n’est pas ce que vous pensez, même si c’est bien approprié, mais le « dos » !) de situer l’action de ses opéras dans des endroits tel qu’un sémaphore (Le phare, 1979), alors que le metteur en scène la déplace subtilement dans des toilettes !

    Mais un autre proverbe ne dit-il pas «  Celui qui sème le vent, récolte la tempête » ?

    Quant à Georg Friedrich Haendel (1685-1759), il a carrément dû se retourner dans sa tombe quand, en 2008, l’English National Opera a présenté son drame musical « Partenope », dans lequel deux histoires se déroulent en parallèle :

    « … celle de Haendel et celle d’Alden. De la seconde, nous retiendrons surtout la joyeuse comédie qui se déroule autour des WC du luxueux appartement de Partenope, qui après être allée aux toilettes et avoir tiré la chasse, chante : « je ne suis pas effrayée de ma mort ». L’un se fait enfermer dans les toilettes (jeu d’ombres sur verre dépoli) et en sort par le vasistas, l’autre s’énerve sur le papier toilette qu’il déroule en un monceau sous lequel il disparaît presque. Ces extrêmes à la Marx Brothers parsèment la représentation, sans pour autant l’envahir, et c’est ce savant équilibre du dosage entre les passions les plus extrêmes qui participe pour une part importante à la réussite du spectacle. » (Source : forumopera.com)

    Last but not least il y a aussi des artistes (en devenir) qui, aussi curieux que cela puisse paraître, se rendent au petit coin pour – y trouver leur public :

    Le flûtiste néerlandais Frans Brüggen (1934-) a raconté lors d'un entretien: « Je me souviens d'un jour où mon frère aîné, qui était vraiment un personnage, était seul, vers quatre heures. Je rentrais de l'école. En arrivant, j'entendais la radio qui diffusait une symphonie de Bruckner à toute puissance. Et je voyais dans le salon mon frère qui faisait le chef d'orchestre, tout seul devant la radio. Il ne m'avait pas remarqué, et faisait de grands gestes... Je n'ai pas voulu le déranger, et j'ai battu en retraite jusqu'à la cage d'escalier, d'où je pouvais entendre sans être vu, et imaginer ses grands gestes. J'ai entendu la symphonie s'achever, et je l'ai vu sortir, se précipiter vers les toilettes, tirer la chasse d'eau, et revenir en courant. Je l'ai suivi, et je l'ai vu: il saluait comme un chef d'orchestre. C'est le bruit de la chasse d'eau qui figurait les applaudissements. (Source : Symphonia N° 17 : Passé-Présent; Frans Brüggen, flûtiste (1977). Propos recueillis par Jacques Drillon)

    Mais pour terminer ce billet, laissez-moi vous donner, chers mélomanes, quelques conseils d’aménagement vous permettant de donner une note plus conviviale à ce lieu certes fonctionnel, mais souvent d’un ennui affligeant. Car rien ni personne ne vous interdit d’afficher dans cet endroit votre folle passion pour la grande musique :

    Une maison de Londres propose aux amateurs de la Water Music de Haendel, pour 155 £ (port compris), un siège de toilette « de bon goût » en merisier  américain, en forme d’alto, orné d’ouïes peintes sur le siège et de cordes peintes à l’intérieur du couvercle. (Source : Classic FM, juin 1997; Wise buys)

    Et si vous tenez absolument à l’écouter, cette Water Music, ou toute autre œuvre de circonstance, car il y en a, alors libre à vous de vous procurer l’accessoire approprié :

    « Une radio avec un look craquant et une finition assortie à celle de vos interrupteurs pour écouter la musique dans vos toilettes »

    Puis, en écoutant religieusement une de vos œuvres préférées, il y a même moyen de déchiffrer simultanément la partition :

    « Apportez la musique dans vos toilettes avec ce rouleau à motifs. Ce papier hygiénique, fort et absorbant, est aussi doux qu'une sérénade ou qu'une ballade romantique. »

    W comme Water Closet

     Hélas,  le site ne spécifie pas le nombre disponible de partitions différentes !

    Quant au mot de la fin, je le laisse volontiers à Bertolt Brecht, car comment ne pas rire devant sa très formelle « Chanson des toilettes » coécrite avec Kurt Weill, qui est bel et bien un hymne au «trône» qu'on trouve dans toutes les maisons, là où aime réfléchir «l'homme, roseau mangeant». (Source : cyberpresse.ca/arts/musique/201011/20/01-4344694-les-charbonniers-de-lenfer-charbonniser-la-chanson)

    Voici le texte de cette chanson « Les toilettes », extrait de « Baal » (adaptation de René Dionne), dont il existe un enregistrement public de 1976, chanté par Pauline Julien :

    L'endroit que Georges ici bas préférait

    n'était pas la prairie où son père reposait

    non plus que la douce rondeur d'un sein

    ni le confessionnal ni le lit d'une putain

    l'endroit que Georges ici bas préférait

    par dessus tout était les cabinets

    là où l'on peut contempler si l'on veut

    le fumier sous ses pieds et les étoiles aux cieux

    où tu peux être seul à tout instant

    même le soir de tes noces si le désir t'en prend

    ce lieu où l'on apprend l'humilité

    n'être qu'un homme qui ne peut rien garder

    lieu de sagesse où chacun peut venir

    se préparer la panse à de nouveaux plaisirs

    l'endroit où l'on peut en se reposant

    travailler sur soi-même avec acharnement

    où l'on découvre ce que l'homme est vraiment

    assis au cabinet simple roseau mangeant.

    Sur ce, je vous quitte en vous disant :

    A bientôt donc!

     


    Tags Tags : , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Dimanche 7 Avril 2013 à 17:20

    J'ai bien aimé lire toutes ces reflexions sur ce lieu souvent médit...

    Erwin 

    2
    Dimanche 7 Avril 2013 à 18:20

    ...médit, même maudit, et pourtant tellement salutaire!

    Merci beaucoup Erwin pour votre visite et votre gentil commentaire!

    Kilian

    3
    Enavres* Profil de Enavres*
    Lundi 29 Avril 2013 à 22:24

    C'est clair qu'au début, je ne m'attendais pas vraiment à trouver un rapport avec les WC et la musique ! la chanson à la fin, c'était vraiment le bouquet final quand même ^^

    4
    Lundi 29 Avril 2013 à 23:01

    Tu as raison (je ne dis pas celà parce que tu as toujours raison, mais parce que cette fois-ci tu as vraiment raison), ce rapport-là, il fallait vraiment le chercher, mais comme moi aussi, je veux toujours avoir raison, je me suis tellement bien appliqué que j'ai même fini par trouver une ....., pardon, une tripotée! Eureka!

    Merci beaucoup de ta visite et de ton gentil commentaire.

    A bientôt.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :