• U comme Unicité

    U comme Unicité

    Photo kilmann

    Chaque œuvre musicale est, par définition, une œuvre unique en soi, seule dans son genre, peu importe que ce soit une Valse de Chopin, écrite pour piano solo et avec une durée inférieure à deux minutes, ou un opéra de Wagner qui mobilise des dizaines de chanteurs, des choeurs ainsi qu’un orchestre au grand complet et qui dépasse les 4 heures.

    Mais il y a de nombreuses œuvres qui sont uniques à plus d’un titre. Par exemple, on peut citer les créations de compositeurs qui, pour des raisons diverses, n’ont abordé un certain genre qu’une seule fois dans leur existence. En voici quelques exemples prises au hasard :

    L’unique opéra de Ludwig van Beethoven, « Fidelio », op. 72, est un cas très singulier dans l'histoire de l'opéra. En fait il s’agit d’un Singspiel, c'est-à-dire de l'équivalent germanique de l'opéra comique français, comprenant des airs chantés et des dialogues parlés, soit d’une partition atypique sans précédent et sans suite sur le plan musical.

    Or si Beethoven n’a écrit qu’un seul opéra, il a par contre sué sang et eau en révisant cette oeuvre et en l’améliorant pendant près de dix ans, jusqu’à ce qu’elle obtienne enfin le succès espéré - car composée en 1804 et 1805, sous le titre « Leonore », elle a été peu appréciée et la  version remaniée en 1806 n’a obtenu qu’un demi-succès. Ce n’est qu’en 1814 que la version définitive, avec l’ultime version de l’ouverture, a été accueillie avec enthousiasme.

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    Mais il y aussi Genoveva » de Robert Schumann, crée en 1850, qui n’a été joué que trois fois durant la première et dont les critiques négatives qu'il a reçu de la presse ont joué un rôle déterminant dans la décision de Schumann de ne pas écrire un deuxième opéra. Quant à « Pelléas et Mélisande », de Claude Debussy, dont la première a eu lieu en 1902 à l’Opéra-comique de Paris, il s’agit d’une pierre milliaire de la musique du 20e siècle. Seul opéra publié, Debussy a pourtant laissé bon nombre d’ébauches, dont deux basées sur des histoires de  Edgar Alan Poe, « Le diable dans le beffroi » et « La chute de la maison Usher », et il a également envisagé le sujet de « Comme il vous plaira » de Shakespeare. Quant à Paul Dukas, il a composé son unique opéra « Ariane et Barbe bleue » entre 1899 et 1906 et a rencontré un succès immédiat. Par contre, dans la deuxième partie de sa vie, son perfectionnisme l'a amené à détruire bon nombre de ses partitions, dont au moins une seconde symphonie, un poème symphonique, une sonate pour piano et violon, un drame lyrique et deux ballets. (Source : Wikipedia)

    L’unique « Concerto pour violon » (en ré majeur, op. 61) de Ludwig van Beethoven, écrite en 1806, une des oeuvre majeures de ce compositeur, une des plus tendres aussi et les plus lyriques, est le seul qui nous soit parvenu complet, alors qu’un autre avait été esquissé mais abandonné. Particulièrement difficile à exécuter pour le soliste, le chef d'orchestre Hans von Bülow l'a qualifié, lors de sa création, de « concerto contre le violon », et il n’a guère été joué du vivant du musicien, les auditeurs le trouvant assez peu virtuose. Quant à Beethoven, il n’a plus repris par la suite cette forme musicale.

    Fait exceptionnel pourtant, Beethoven a fait, une année plus tard, une transcription de ce concerto, non pas, comme c’était courant à l’époque, pour piano solo, mais bel et bien pour piano et orchestre - car Muzio Clementi, pianiste virtuose, compositeur, éditeur et contemporain de Beethoven, était tombé amoureux de cette « très belle pièce » et a voulu la jouer lui-même. Il a donc demandé à Beethoven de l’arranger pour piano et orchestre, vœu que ce dernier a exaucé avec l’op. 61a, parfois désigné comme le 6ème concerto pour piano – alors qu’il ne portait pas vraiment en haute estime ni transcriptions ni arrangements alternatifs. Cette version a même été éditée plus tard par Clementi, en même temps d’ailleurs que son original pour violon, mais elle n’a jamais rencontrée beaucoup d’échos favorables et d’aucuns la considèrent carrément comme ratée (alors que d’autres encore la jugent supérieure à d’autres de ses œuvres !). Toujours est-il que Beethoven a écrit cette version pour piano pour le pianiste Clementi, et non pas pour son propre usage lors de ses concerts ! (Source : Wikipedia + beethoven-haus-bonn.de)

    Envers et contre tout le mal que l’on puisse alors penser de cette oeuvre – je vous présente pourtant l’intégrale de cette transcription pour piano op. 61a, interprété par le pianiste finlandais Olli Mustonen, accompagné par la Deutsche Kammerphilharmonie sous la direction de Jukka-Pekka Saraste. L’enregistrement date de 1993. A vous de juger :

    Puis il y a l’unique « Concerto pour violon » (en ré majeur, op. 77) de Johannes Brahms, une de ses œuvres le plus célèbres, ou le « Concerto pour piano » (en sol mineur, op. 33) d’Antonin Dvorak, remanié de nombreuses fois, couramment donné dans sa version originale, mais peu joué ; celui « pour piano » (en la mineur, op. 16) de Edvard Grieg, le seul qu’il ait terminé, celui de Robert Schumann, (en la mineur, op. 54) le seul que le compositeur a achevé après trois projets antérieurs laissés inachevés ; ou encore le « Concerto pour violon »  (en ré majeur, op. 35) de Piotr Ilitch Tchaikovski, dédicacée à l’origine au célèbre violoniste Leopold Auer, mais que celui-ci, le trouvant inexécutable, a refusé de jouer. Le Concerto a finalement été créé à Vienne début décembre 1881 par Adolf Brodsky au violon, sous la direction de Hans Richter. Brodsky a alors popularisé l’œuvre et en est devenu le dédicataire ; quant à Auer, il l’a tout de même inclus dans son répertoire – mais après la mort du compositeur.

    L’unique symphonie aussi (avec ou sans le nom) mérite d’être mentionnée, telle que celle en ré mineur de Juan Crisóstomo de Arriaga, décédé de tuberculose en 1826, 10 jours avant son vingtième anniversaire (ceci explique probablement cela), ou la « Fantastique » de Hector Berlioz, celle en ut majeur de Georges Bizet, oeuvre d'un jeune homme de 17 ans qui n'a été « découverte » que soixante ans après la mort de l'auteur de « Carmen » ; celle en si bémol majeur de Ernest Chausson, celle de Luigi Cherubini, celle en ut majeur de Paul Dukas (une seconde symphonie au moins a été détruite), celle en ré mineur de César Franck, la Turangalîla-Symphonie pour orchestre, piano et ondes Martenot d’Olivier Messiaen., ou encore la Symphonie no 3 avec orgue de Camille Saint-Saëns, symbole du gigantisme en vogue à l’époque (rappelons qu’en 1889 a été construite la Tour Eiffel), car l’introduction d’un orgue dans une symphonie, chose qui n’avait jamais encore été faite, confère à l’œuvre une dimension inédite.

    Voici le finale (Maestoso, Allegro) de la magnifique version de la Symphonie N° 3 en ut mineur, op. 78 de Camille Saint-Saëns, interprétée par le Boston Symphony Orchestra sous la baguette du grand  Charles Munch, avec Berj Zamkochian à l’orgue :

    Puis, si la fameuse « Ode à la joie » n’est finalement « que » la dernière des 9 symphonies composées par Ludwig van Beethoven, elle est pourtant unique pour au moins deux raisons :

    - Elle est la seule œuvre du répertoire du festival de Bayreuth, donnée parfois en guise de concert d’ouverture, à ne pas avoir été composée par Richard Wagner, mais qui la considérait comme l’essence même de la musique absolue.

    -.Elle est l‘une des oeuvres symphoniques les plus connues qui soit, et la partition manuscrite  a été acquise par l'UNESCO en 2003 et classée au registre Mémoire du monde.

    A ces symphonies « uniques » s’oppose alors le cas de Nikolai Miaskovsky (1881-1950), compositeur russe prolifique, peu connu en dehors de l'ex-URSS et peu enregistré, dont l’oeuvre symphonique, considérable, lui a valu le surnom de « Père de la symphonie Russe ». Il est en effet l’auteur, entre autres, de 27 symphonies, ce qui représente un cas absolument unique au XXe siècle. (Source : Wikipedia)

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    Nikolai Miaskovsky

    Rappelons-nous toutefois que si ce nombre est unique pour le 20e siècle, quelques 150 ans auparavant, un certain Wolfgang Amadeus Mozart nous a laissé le nombre respectable de 41 symphonies et Joseph Haydn, à peu près à la même époque, plus d’une centaine)

    Mais il existe un autre cas unique par le nombre, que voici :

    Domenico Scarlatti (1685-1757), italien, claveciniste virtuose, compositeur d'opéras, musicien de Cour ou d'Église, doit sa renommée à son œuvre pour le clavecin qui est unique de par son volume inégalé de 555 pièces, dites « sonates » ou « essercizi » : l'enregistrement intégral, en 1985, par le claveciniste américain Scott Ross a nécessité 35 CD. Cette production représente en volume bien plus que celle de deux autres compositeurs prolifiques réunis pour le même instrument : Johann Sebastian Bach et François Couperin.

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    Domenico Scarlatti

    Pour l’anecdote, Scott Ross a interprété ces mêmes sonates au clavecin pour France Musique et a offert à ses auditeurs une surprise : une 556ème sonate pour le 1er avril 1985, entièrement écrite de sa main. Personne n’a remarqué la supercherie ! (Source : Wikipedia)

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    Scott Ross

    Puis il y les compositeurs qui ne sont finalement restés vivants, dans l’histoire de la musique, que grâce à une seule de leurs œuvres, pourtant nombreuses dans bien des cas :

    Ainsi, le pianiste et compositeur écossais Eugène d'Albert (1864-1932), contemporain de Richard Strauss, a connu, avant la première guerre mondiale, sa période de gloire comme pianiste et a entamé, en 1883, une gigantesque tournée en Europe et en Amérique. Ses interprétations des œuvres de Bach et de Beethoven l’ont rendu plus célèbre, en tant que pianiste, que Ferruccio Busoni ou Max Reger. En tant que compositeur, il est l’auteur d’une œuvre abondante, dont une vingtaine d’opéras, mais il n'y a que son opéra « Tiefland » qui a pu s'imposer dans le répertoire et qui conserve aujourd’hui encore une certaine renommée. (Source : Wikipedia)

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    Eugène d’Albert

    Joseph Canteloube (1879- 1957). Ce pianiste, compositeur et musicologue français,  auteur d’une œuvre abondante comprenant plusieurs opéras, dont les plus importants sont « Le Mas » et « Vercingétorix » créés à l’Opéra de Paris respectivement en 1929 et 1933, des pièces symphoniques, de la musique de chambre, etc., n’est connu aujourd’hui du grand public que pour ses « Chants d’Auvergne », authentiques chants populaires recueillis par le compositeur pendant de longues années dans sa région d’origine, puis harmonisés et savamment orchestrés. (Source : Naxos.com)

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    Joseph Canteloube

    Paul Dukas (1865-1935), déjà citée précédemment pour son unique opéra « Ariane et Barbe-Bleue », est pourtant en danger perpétuel de n’être vraiment connu que pour une seule (autre) œuvre : habile orchestrateur, il a connu une gloire immédiate dès 1897 avec son célèbre scherzo « L'Apprenti sorcier », inspiré par « Der Zauberlehrling » de Goethe (et depuis connu du grand public grâce aux films « Fantasia » et « Fantasia 2000 » des studios Disney). A cette période, il a pourtant composé également une symphonie et ses deux grandes oeuvres pour piano écrites pour le pianiste Édouard Risler, qui en a assuré la création (une grande sonate, et des variations sur un thème de Rameau). Il s’est consacré ensuite à son unique opéra « Ariane et Barbe-Bleue », sur un livret de l'écrivain belge (et prix Nobel) Maeterlinck. Et sa dernière grande composition publiée a été le ballet « La Péri », qu'il a cependant failli brûler avant la première représentation en 1912. (Source : Wikipedia)

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    Paul Dukas

    Constant Lambert, compositeur et chef d’orchestre britannique (1905-1951) est également l’homme d’une seule oeuvre : dans son cas, le « Rio Grande » (1927). Il s’agit bien entendu d’une pièce merveilleuse, qui surgit encore régulièrement au Proms et occasionnellement ailleurs. Il s’agit de la mise en musique d’un poème de son ami Sacheverell Sitwell, qui mélange effervescence et mélancolie et qui fait brillamment usage des idiomes de jazz. Ce n’est pourtant pas la seule oeuvre que Lambert a écrit et le reste de sa faible production vaut la peine d’être exploré: son « Concerto pour piano solo et neuf musiciens », une autre oeuvre influencée par le jazz, mais plus sombre, dédiée à son sinistre ami Philip Heseltine,  mieux connu en tant que compositeur Peter Warlock, qui s’est suicidé en 1930. (Source : BBC Music Magazine, novembre 1995)

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    Constant Lambert

    Henry Litolff (1818-1891), d’origine alsacienne, est un autre exemple fâcheux d’un compositeur prolifique dont on ne connaît plus qu’une seule pièce. Il s’était d’abord fait un nom comme pianiste virtuose parcourant le monde, puis comme éditeur éclairé et en troisième lieu comme compositeur. Son ouverture « Robespierre » survécut quelque temps dans des programmes pour orchestre, de même qu’un « Spinnlied », op. 81, comme bis pour piano, mais il ne reste maintenant qu’un Scherzo de son « Concerto symphonique N° 4 » qui est régulièrement entendu. (Source : Wikipedia)

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    Henry Litolff

    Otto Nicolai (1810-1849). Enfant prodige, il a appris dans un premier temps le piano avec son père. A l'âge de seize ans, il a fugué et s’est rendu à Berlin pour étudier auprès de Carl Friedrich Zelter. Il a connu plusieurs succès en Allemagne, par ses compositions (avec sa Première symphonie en 1831) et, dans des concerts publics, par ses dons d'interprète. En 1833, il a été nommé organiste à la chapelle de l'ambassade de Prusse à Rome, puis Kapellmeister à Vienne en 1837, dont il est rapidement devenu une figure importante de la vie musicale. Le 9 mars 1849, son chef-d'œuvre, l'opéra « Les Joyeuses commères de Windsor » a été représenté au Hofoper de Berlin. Nicolai a voulu innover en créant un opéra débarrassé des influences italiennes et prussiennes. Le 11 mai de la même année, deux jours après avoir été nommé Hof-Kapellmeister du Berlin Staatsoper, il est décédé d'une attaque. Le même jour, il avait été élu membre de l'Académie royale de Prusse. Auteur de cinq opéras, de lieder, de musique d’église et pour orchestre jugée conventionnelle, il n’est finalement connu du grand  public que par « Les Joyeuses commères de Windsor ». (Source : Wikipedia)

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    Otto Nicolai

    Mais il y  a aussi les compositeurs d’un seul et unique instrument -

    tel que Frédéric Chopin (1810-1849), dont toute la vie a tourné autour du piano. Il était le médium à travers lequel le génie polonais exprimait ses pensées et sentiments les plus intimes, qui était son confident et sa soupape de sécurité - et le reposoir de ce qui est indiscutablement le plus grand ensemble de musique jamais conçu pour un seul instrument. Des centaines de pièces qu’il a composés, depuis de vastes sonates et concertos à des miniatures terriblement compressées, le piano est prééminent. Quasiment unique pour l’un des plus grands compositeurs de tous les temps, son œuvre ne comprend ni symphonies, ni opéras, ni quatuors pour cordes, ni œuvres chorales. Toujours entraîné par une quête de toute une vie « d’aller au cœur de notre musique nationale » (ou peut-être plus simplement sa propre psyché créative), Chopin a souvent exprimé d’avantage en une demi-minute que beaucoup de ses contemporains ont réussis en une demi-heure. (Source : Classic CD, décembre 1999)

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    Frédéric Chopin

    Ainsi que des compositions uniques pour un instrument unique :

    La « Sonate pour arpeggione et pianoforte » D 821 a été composée par Franz Schubert en 1824 pour un de ses amis, guitariste amateur, du nom de Vincent Schuster, qui s’était passionné pour un nouvel instrument, l’arpeggione. Cet instrument très rare, qui a connu une existence très brève et que l’on appelle parfois «guitare d’amour», est un compromis entre le violoncelle et la guitare. Du violoncelle il a à peu près la taille, le jeu avec un archet et la tenue entre les jambes, mais normalement sans la pique; de la guitare, il a les frettes et les six cordes accordées comme elle. On attribue l’invention et la construction de cet instrument à J. G. Staufer, à Vienne en 1823, qui était l’un des plus célèbres fabricants de guitares du XIXe siècle. Faute de succès, il a pourtant disparu assez rapidement et l’œuvre de Schubert est interprétée aujourd’hui au choix au violoncelle ou plus rarement au violon alto.

    On connaît l’existence d’un autre concerto pour arpeggione et orchestre d’un certain H.A. Birnbach, à peu près contemporain de la sonate de Schubert, mais dont on a perdu la trace, si bien que cette dernière reste, à ce jour, la seule œuvre ancienne connue pour cet instrument. (Source : Agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/les-instruments-bizarres)

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    Arpeggione

    Et finalement une œuvre à exécution unique :

    En 1957, Edgar Varese s'est installé pour plusieurs mois à Eindhoven, aux Pays-Bas, où il a travaille au « Poème électronique » destiné au pavillon Philips de l'Exposition universelle de 1958 à Bruxelles (l'architecte en sera Iannis Xenakis, seul compositeur vivant à avoir subi l'influence profonde de Varèse). D'une durée de huit minutes, ce « Poème électronique », dont le matériel comporte des voix humaines, des cloches, de l'orgue et des sons électriques produits par des oscillateurs et des générateurs, a été projeté depuis quatre cent sources situées tout autour des visiteurs du pavillon conçu par Le Corbusier. Varèse a donc pu réaliser une fois au moins son grand rêve de musique spatiale, rêve mort-né, car l'oeuvre n'a pas survécu à l'architecture pour laquelle elle a été conçue (le pavillon fut détruit après l'exposition), et la version qu'on peut entendre aujourd'hui n'est qu'une réduction en stéréophonie à deux pistes. (Source : Le Monde de la Musique, avril 1996)

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    Edgar Varese

    Ou encore une œuvre qui n’est composée que d’un unique son:

    La Symphonie monotone de l’artiste français Yves Klein. Klein est considéré comme l'un des plus importants protagonistes de l'avant-garde artistique d'après-guerre. Il est notamment connu pour son bleu (IKB pour International Klein Blue), mis au point en 1956, enregistré en 1960 à l'Institut national de la propriété industrielle et qu'il a appliqué sur de nombreuses œuvres. En 1960, Klein a organisé une soirée dans la galerie internationale d’art contemporain à Paris, devant une centaine d’invités dont des artistes, des critiques, des amateurs d’art ou encore des collectionneurs. Neuf musiciens ont alors entamé la Symphonie monoton-silence, composée par Klein en 1949 (et qui sera reprise par Pierre Henry sous le nom de symphonie monoton-silence N° 2, offerte à Klein en cadeau pour son mariage), une seule et même note continue de vingt minutes suivies de vingt minutes de silence. Pendant ce temps-là, trois femmes ont commencées à se badigeonner les seins, le ventre et les cuisses de couleur bleue. Elles ont réalisé ensuite diverses anthropométries dont la plus connue est intitulée «Anthropométrie de l'époque bleue» (Source : Wikipedia)

    Puis une œuvre unique, dédiée à un unique amour :

    En 1892, Eric Satie a réalisé ses premières compositions et, en 1893, il a entamé une relation avec la peintre Suzanne Valadon. Bien qu’il l’ait demandée en mariage après leur première nuit, le mariage ne s’est pas fait, mais Valadon s’est installée rue Cortot dans une chambre près de Satie qui se passionne pour elle, rédigeant des notes passionnées sur « tout son être, ses beaux yeux, ses mains douces et ses pieds minuscules ». Il a composé pour elle ses « Danses Gothiques » tandis qu’elle a fait son portrait. Six mois plus tard, leur rupture a laissée Satie le cœur brisé, « avec une solitude glaciale remplissant la tête de vide et le cœur de tristesse ». On ne lui connaît pas d’autre relation intime. Comme pour se punir lui-même, Satie a alors composé « Vexations », un thème construit à partir d'une mélodie courte, qu'il faut répéter 840 fois, selon ses notes. La première exécution intégrale en Europe par un seul pianiste, Thomas Bloch (plus connu pour être un interprète spécialiste des ondes Martenot, du glassharmonica et du cristal Baschet) a eu lieu en juin 1984, à la Galerie d'art Jade à Colmar (France). Elle a duré 24 heures, de midi à midi ! (Source : Wikipedia)

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    Eric Satie

    Une technique d’exécution absolument unique en son genre mérite également d’être citée ici :

    En 1967, Steve Reich a composé « Piano Phase », une pièce pour deux pianos. Il s’agit de son premier essai d’appliquer la technique du déphasage, qui consiste en l’exécution, par deux pianistes qui jouent à l’unisson, d’un motif musical rapide de douze notes en boucle, mais avec un décalage entre les voix, décalage qui augmente et diminue au cours de la pièce. Bien que cette pièce a été écrite pour deux pianistes, elle peut également être interprétée par un seul musicien qui joue simultanément sur deux pianos, technique absolument unique et qui requiert une concentration exceptionnelle, pourtant réalisée par le pianiste russe Peter Aidu au Baldwin-Wallace College, en 2004. (Source : Wikipedia)

    Je vous laisse le plaisir d’apprécier cette performance époustouflante sur la vidéo suivante :

    Quant à devoir choisir entre la performance de Peter Aidu et celle qui suit, je dois vous avouer, à ma grande honte, que j’accorde ma préférence à Emmanuel Pahud (mais vous savez bien que les goûts et les couleurs…), le flûtiste franco-suisse né en 1970 à Genève qui, à 22 ans déjà, a été nommé flûtiste principal à l’Orchestre Philharmonique de Berlin, sous Claudio Abbado. Sa discographie comprend plus de 20 CD qui ont tous été acclamés par la critique spécialisée en France, en Allemagne et au Japon.

    Et ce qu’Emmanuel Pahud a d’unique, c’est son contrat :

    Il est le seul flûtiste au monde à avoir signé un contrat d’enregistrements solo avec une compagnie d’enregistrement, couvrant tout à la fois les répertoires du concerto, du récital et de la musique de chambre  (EMI Classics, Biographie, janvier 2001).

    Je vous laisse alors savourer sa performance dans l’Andante du « Quatuor avec flûte » en ré majeur, KV 285, de Wolfgang Amadeus Mozart :

    Mais c’est avec un orchestre vraiment unique que j’aimerais clore le sujet:

    Il va de soi que les aficionados des grandes phalanges n’éprouveront aucune difficulté à situer le LSO à Londres, le CSO à Chicago et le HKPO à Hong Kong. Je parie par contre que même parmi les connaisseurs, un très petit nombre seulement sait à quel pays il faut attribuer l’OSK. Et pourtant cette formation est unique au monde, car il s’agit du seul orchestre symphonique noir du monde, de l’Orchestre Symphonique Kimbanguiste.

    Né de l’idée de « Papa Armand Diangienda », un pasteur de l’église kimbanguiste qui a transformé la fanfare accompagnant les offices en un véritable orchestre, cette formation ne comprend que des musiciens amateurs : le pharmacien joue du tuba, la couturière le second violon, le propriétaire d’un petit pressing fait du violoncelle, le laborantin de l’hôpital est au basson et l’étudiante en informatique joue de la clarinette. Les instruments proviennent d’un lot important très bon marché, chinois et de mauvaise qualité, le crin manquant pour les archets des violons est remplacé par du fil de Nylon pour canne à pêche et les cordes par des câbles de frein de vélo, un pour le mi, deux pour le la, trois pour le ré et quatre pour le sol. Un autre handicap de taille à surmonter est la formation. Car, à Kinshasa, capitale de l'un des plus grands pays d'Afrique, il n'y a pas de professeur de hautbois, de tuba, de flûte traversière. Alors les musiciens ont abordé le jeu instrumental d'une manière tout à fait inhabituelle : après le passage par le solfège imposé par Papa Armand, c'est tout seul qu'ils ont appris à découvrir, puis à maîtriser leur instrument. Un travail par mimétisme en écoutant des disques ou en visionnant des interprétations.

    A l'occasion de la Fête de l'indépendance du Congo, l’orchestre s’est produit la première fois devant un large public en plein air,  et c'est un véritable triomphe qui a accueilli un programme composé de Dvorak, Beethoven, Verdi, Carl Orff et Haendel. L'orchestre a gagné son pari. Et le temps d'un soir, la musique classique a été un événement populaire à Kinshasa. (Source : lefigaro.fr/lefigaromagazine/2009/07/25)

    A bientôt.


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  • Commentaires

    1
    hamdibey
    Vendredi 22 Mars 2013 à 19:59

    Bonsoir Kimann, j'ai adoré ton article et surtout , le flûtiste  Emmanuel Pahud, merci..!

    2
    Vendredi 22 Mars 2013 à 23:11

    Mais de rien!

    L"Andante" ci-dessus est hélas coupé un peu abruptement, mais Emmanuel Pahud reste Emmanuel Pahud - un grand parmi les grands! Je possède plusieurs CD de lui, les quatuors avec flûte et les concerti de Mozart, les concerti de Haydn, de Telemann et de Vivaldi - un pur régal, que du bonheur!

    Avec toutes mes amitiés.

    3
    hamdibey
    Samedi 23 Mars 2013 à 08:23

    Bonjour Kilmann,

    Tes articles me captiivent et me passionnent...Ils m'offrent une collection fascinante de récits autour de la musique classique et des musiciens. Ce ne sont pas des simples anecdotes ou des faits sybillins, mais des oeuvres importantes qui retracent avec pertinences les moeurs musicales des célebrités avec bien sûr énormément de virtuosité et d'humour...

    Avec ma cordiale sympathie, je te souhaite un Bon weekend

    4
    Dimanche 24 Mars 2013 à 12:29

    Bon Dimanche .

    5
    Dimanche 7 Avril 2013 à 18:39

    Merci hamdibey pour tes visites régulières et tes commentaires bienveillants.

    Je te souhaite une bonne semaine.

    6
    Dimanche 7 Avril 2013 à 18:43

    Merci recollets05 d'avoir déposé du rameau sur mon site, accompagné par tes bons voeux - j'apprécie la gentillesse de ce geste.

    Amicalement.

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