• R comme Refus

    Il n’y a pas de refus plus absolu que celui qui aboutit dans l’acceptation ! (kilmann)

     

    R comme Refus

    Photo kilmann

    Dans la vie quotidienne, refuser quelque chose à quelqu’un est une action relativement fréquente, assez banale en sorte et qui souvent ne tire pas à conséquence. Mais il existe des refus aussi qui blessent profondément, qui engendrent des répercussions inattendues, qui sont lourds de conséquence - alors que d’autres représentent de véritables coups de chance !

    Voici un recueil de dénis, d’oppositions et de rejets anecdotiques avec,  parfois les causes, parfois les conséquences, mais toujours du monde de la musique classique :

    Si certaines de ces anecdotes peuvent provoquer un sourire de complaisance, quelques unes par contre laissent véritablement songeur, alors que d’autres encore donnent inévitablement la nausée !

    C’est selon !

    Pour commencer, penchons-nous sur quelques œuvres de la musique classique qui se sont avérées être des succès immédiats, ou qui sont devenues célèbres ultérieurement, alors qu’ils ont été refusées par leur dédicataire :

    La « Sonate pour violon n° 9 » en la majeur de Ludwig van Beethoven, op. 47, est une oeuvres pour violon et piano en trois mouvements, composée entre 1802 et 1803 et publiée en 1805 avec une dédicace au violoniste le plus réputé d’Europe de l’époque, Rudolphe Kreutzer, d'où sa fameuse appellation de « Sonate à Kreutzer ».

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    Rudolphe Kreutzer

    Il s'agit de la plus célèbre sonate pour violon de Beethoven. C'est aussi la plus longue (40 minutes environ) et la plus difficile dans sa partie violinistique.

    Cette sonate était d'abord dédiée au violoniste afro-polonais George Bridgetower (1778-1860), avec la bienveillante moquerie « Sonata per un mulattico lunatico » et a été présentée au public le 24 mai 1803 au théâtre « Augarten », avec Beethoven au pianoforte et Bridgetower au violon. Mais après que Bridgetower a insulté une femme qui s’est avérée être une amie de Beethoven, ce dernier a rompu tout contact avec lui et a changé la dédicace de cette nouvelle sonate en faveur du virtuose Rudolphe Kreutzer. Comble de l’ironie, Kreutzer a toujours refusé de jouer cette sonate, d’une part parce qu’elle avait déjà été jouée en public et d’autre part, parce qu’il la jugeait trop difficile ! (Source : Wikipedia)

    L’enregistrement de la première partie de cette sonate pour violon et piano N° 9 date de 1970, avec Yehudi Menuhin au violon et Wilhelm Kempff au piano –et  il s’agit tout simplement de LA référence absolue !

    Il a fallu moins d’un mois à Piotr Ilitch Tchaikovski pour écrire son « Concerto pour piano N° 1 », mais quand, vers la fin de l’année 1874, il a présenté la partie de piano au pianiste, compositeur et proche ami Nikolai Rubinstein, un monde s’est écroulé. Dans un silence glacial, Rubinstein a joué le concerto jusqu’au bout, pour le refuser sans réserve. Son jugement définitif était: « injouable ».

    Par chance, Tchaikowski a refusé de suivre le conseil de Rubinstein et de remanier le concerto. Bien au contraire, moins d’un mois plus tard il a terminé l’orchestration et a comme prévu fait imprimer la partition. Et il n’était pas plus question de la dédicacer à Rubinstein que de lui accorder la première. Par contre, Tchaikovski s’est adressé au pianiste et chef d’orchestre allemand Hans von Bülow, qui a joué le concerto pour la première fois en octobre 1875 - non pas en Europe, mais à Boston. Malgré la critique de Rubinstein, le succès de l’oeuvre était immédiat. Et fait à ne pas passer sous silence: même Rubinstein a manifesté plus tard son enthousiasme. (Source : BBC Music Magazin, janvier 1996; Edward Geenfield: Concerto N° 1 de Tchaikowski)

    Pour l’interprétation du premier mouvement de ce concerto, je me suis fait plaisir en choisissant le fameux pianiste américain Van Cliburn, lauréat (en pleine guerre froide) du concours international Tchaikovski de 1958 à Moscou –

    et qui vient de décéder, le 27 février 2013, à l’âge de 78 ans, à Fort Worth au Texas.

    Qu’il repose en paix !

    Dans ce document qui, dû aux restrictions d’antan de Youtube (max. 10 minutes), est malheureusement tronqué, Van Cliburn est accompagné par l’Orchestre Philharmonique de Moscou, sous la direction de Kirill Kondrashin :

    Ce concerto a par la suite  été enregistré,  toujours avec Kirill Kondrachine, par RCA et couplé avec le concerto N° 2 pour piano de Sergeï Rachmaninov – premier album classique à remporter un disque de platine et à être vendu depuis à plus de 3 millions d’exemplaires.

    Mais ce n’est pas pour sa seule qualité d’interprète que je m’attarde encore un peu sur ce pianiste de légende -  c’est également sur Van Clburn le refuseur,  choix qui lui appartenait bien entendu, mais qui nous laisse tout de même à tout jamais sur notre faim :

    Si Van Cliburn a été le seul et unique musicien classique à bénéficier de la traditionnelle « ticker-tape parade » de New York en 1958, à son retour de Moscou, qu’il a conquis une célébrité planétaire et connu le statut d’une véritable vedette dans les années 1960, cette carrière très remplie l’a physiquement épuisé, il s’est éloigné de la scène en 1978 – et la gloire s’est hélas tassée par la suite. En partie piégé par ses propres choix de répertoire et son refus de l'étendre plus largement au-delà des grands concertos romantiques, Van Cliburn est demeuré avant tout le jeune pianiste texan adulé par les foules, au sourire un peu figé sur les couvertures des vieux disques Living Stereo ! (Source : bons-plans-classique.blogspot.ch/2013/02/van-cliburn)

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    Van Cliburn pendant la « ticker-tape parade »

    Mais revenons à Tchaikovski :

    Le « Concerto pour violon » en ré majeur a été composé au printemps 1878 à Clarens, ou Tchaikovski se remettait de sa dépression causée par son mariage désastreux avec Antonina Miliukova. N’étant pas violoniste, le compositeur a fait appel aux connaissances de son ancien élève, le violoniste Iosif Kotek, pour terminer les parties soliste. Son intention première était alors de dédier ce concerto à Kotek, mais celui-ci a refusé de la jouer, persuadé que l’oeuvres sera mal accueilli par le public et pourrait ainsi nuire à sa carrière. Tchaikovski a alors pensé à Léopold Auer, pour qui il avait déjà écrit la « Sérénade mélancolique », mais il a essuyé un second refus. De nombreuses sources ont prétendu qu’Auer aurait jugé cette œuvre injouable, version que le grand violoniste a réfuté dans une interview dans le « Musical Courier » : « J’ai simplement déclaré que certains passages n’étaient pas adaptés au caractère de l’instrument.et que même s’ils étaient parfaitement rendus, ils ne sonneraient pas comme le compositeur l’avait imaginé. » Auer est d’ailleurs revenu plus tard sur sa décision de ne pas jouer ce concerto, mais en modifiant certains passages de la partie soliste.

    Les honneurs de la création, en 1881 à Vienne sous la direction de Hans Richter, et de la dédicace de ce concerto sont finalement revenus au jeune Adolph Brodsky, alors professeur au conservatoire de Moscou. Et l’œuvre est devenue un des concertos pour violon les plus populaires qui soit ! (Source : Wikipedia)

    Anne-Sophie Mutter, accompagnée par les Wiener Philharmoniker sous la direction d’André Prévin, joue le mouvement final de ce concerto pour violon avec une musicalité prodigieuse :

    Puis continuons avec une série d’œuvres refusées par leur commanditaire (Je n’ai toutefois pas réussi à savoir si le compositeur a quand même été dédommagé pour sa prestation) :

    En 1940, Benjamin Britten a exécuté une commande du gouvernement japonais pour une œuvre en l’honneur du 2600ème anniversaire de la dynastie du Mikado. Ce travail, la « Sinfonia da Requiem », a toutefois été refusée avec indignation par le gouvernement japonais qui a déclaré que l’utilisation par Britten des références liturgiques chrétiennes était une insulte (ceci bien que l’autorisation de les utiliser lui avait été accordée). Dès lors, il est plus probable que c’est le contenu sinistre de la pièce qui a rendu l’œuvre inacceptable à ses commanditaires.

    La première a donc eu lieu en mars 1941 avec le New York Philharmonic Orchestra, sous la direction de John Barbirolli. L’œuvre, en ré mineur/ré majeur, est dédiée aux parents de Britten. (Source : chandos.net/pdf)

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    Benjamin Britten

    Commandée par Jessie Norman, qui a renvoyé la partition au compositeur quelques jours seulement avant la première mondiale (sans doute effrayée par les incandescents mélismes de la partie soprano, particulièrement ardue), la cantate « Byzantium » de Michael Tippett (1905-1998) a néanmoins été créée par Faye Robinson, soprano favorite du compositeur, et Sir Georg Solti, l’un de ses défenseurs les plus fidèles. A la fois brillante et rude, violente et statique, la cantate repose, fait rare chez Tippett, on l’a dit, sur un poème de toute beauté de l’Irlandais Yeats, dont l’« intensité cristalline » stimule magnifiquement l’inspiration du compositeur, à la fois quasi improvisant et très savamment agencée. (Source : Répertoire, juin 1998, Pascal Brissaud: Michael Tippett, Le nouveau Monde)

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    Michael Tippett

    Pendant que Richard Wagner a séjourné à Wurzbourg où il a fait ses premières armes comme chef de chœurs et où il est tombé amoureux d'une certaine Minna, l'Opéra de Leipzig lui a commandé une oeuvre, la première qu'il aura achevé. Nous sommes en 1833.

    Pour son livret, Wagner s'est inspiré de « La Femme serpent » (1726), une comédie de Carlo Gozzi, qui est aussi l'auteur de « Turandot », dont Puccini a tiré son opéra du même nom, et de « L'Amour des trois oranges », mis en musique par Prokofiev.

    Mais l'ouvrage a été refusé.

    « Les Fées » n’auront été jouées pour la première fois qu'en 1888, à Munich, alors que Wagner était mort depuis cinq ans - une création qui a été rendue possible grâce à l'intervention de Richard Strauss, et en dépit du veto de Cosima Wagner, la veuve de Wagner.

    En France, seule une version en concert a été donnée complètement incognito il y a une cinquantaine d'années. La création en 2009, au Théâtre du Châtelet, sous la baguette de Marc Minkowski, a donc été un évènement pour tous les wagneromaniaques et les lyricophiles curieux. (Source : blogs.rue89.com/droles-de-gammes/2009/03/29/les-fees-wagner-comme-on-ne-la-jamais-vu-vraiment)

    Je vous laisse découvrir ici le premier air de la fée Ada, interprété par la soprano berlinoise Christiane Libor :

    Il faut croire pourtant qu’en 1833, année où son opéra « Les fées » a été refusé, Wagner a visiblement manqué d’aplomb, dont il a fait la preuve éclatante quelques années auparavant. Ou que sa seconde lettre n’a pas, elle non plus, portée ses fruits :

    « L’un de ses premiers opéras, écrit à l’âge de 18 ou de 19 ans, Wagner l’a envoyé à plusieurs théâtres, dans l’espoir d’être sélectionné. Quand la partition est revenue, accompagné d’un refus, il était si furieux qu’il a écrit à nouveau, en disant : « Vous commettez une grossière erreur, car je suis l’un des plus grands compositeurs de tous les temps. Si vous refusez de jouer mes œuvres, vous allez le regretter pour toujours ! » (Source : opb.org/artsandlife/article/npr-jonas-kaufmann-on-wagner-its-like-a-drug-sometimes)

    Le Metropolitan Opera de New York s'est lancé dans l'entreprise de conquérir un nouveau public en commandant l'écriture d'opéras inédits à divers artistes. Parmi les heureux élus figurait Rufus Wainwright, célèbre auteur-interprète originaire d'Amérique du Nord. Hélas, le Met vient de refuser « Prima Donna », l'œuvre qu'il a créée, au motif que le livret était écrit en Français.

    Le directeur du Met, Peter Gelb, s'explique : « Présenter au Met un nouvel opéra qui ne soit pas en Anglais, alors qu'il pourrait l'être, est une entrave immédiate au succès potentiel qu'il peut remporter auprès du public. J'espérais qu'il change d'avis, mais il était déterminé à le faire en Français ». Une raison compréhensible bien qu'elle fasse fi de la sensibilité propre à un artiste dont on connaît le goût pour la langue de Molière.

    En effet, Rufus Wainwright a interprété par le passé diverses chansons en Français, de « La Complainte de la Butte » (entendue dans le film musical Moulin Rouge) à des reprises d'Arlety. « Prima Donna », dont il a déjà écrit la majeure partie du livret, relate une journée de la vie d'une chanteuse d'opéra vieillissante, dans le Paris des années 1970.

    La première a finalement eu lieu en juillet 2009 au Palace Théâtre de Manchester, durant le Manchester International Festival, et d’autres représentations ont été données en 2010 à Londres et à Toronto. Toujours en langue française ! (Source : telegraph.co.uk + Wikipedia)

    Pourtant, le champion dans l’art de refuser des œuvres reste néanmoins le pianiste manchot autrichien Paul Wittgenstein (1887-1961), issu d’une famille d’industriel fortunée et qui a perdu son bras droit pendant la première guerre mondiale.

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    Paul Wittgenstein

    De nombreuses créations, écrites par d’illustres compositeurs du 20e siècle, ont ainsi été refusées par cet homme qui pouvait se permettre de commanditer des œuvres sans jamais les jouer publiquement et les faire disparaître pour des décennies, et peut-être même plus, dans ses tiroirs :

    Sergueï Bortkiewcz a écrit son « Concerto N° 2 pour piano pour main gauche uniquement » op. 28 à la demande de Paul Wittgenstein, qui semblait beaucoup apprécier cette œuvre, donnée en première le 29 novembre 1923 à Vienne, sous la direction d’Eugen Pabst, et qu’il a joué ensuite de nombreuses fois en public avant la seconde guerre mondiale (Hambourg 1924, Vienne 1928, 1929 et 1932, Munich 1929, Budapest 1929, Berlin 1930). Par contre elle n’a jamais été publiée et après la mort de Bortkiewicz en 1952 et celle de Wittgenstein en 1961, elle est tombée dans l’oubli. On sait toutefois que le pianiste est-allemand Siegfried Rapp, après avoir essuyé un  refus catégorique de la part de Wittgenstein, a réussi à obtenir une copie de la partition de la Bortkiewicz Gemeinde et qu’il l’a joué en public à Reichenhall en 1952 et en 1953 à Dresde, avec la Dresdener Staatskapelle sous la direction de Kurt Striegler.

    En 1930, Wittgenstein a recontacté Bortkiewicz pour un autre concerto, commande que le compositeur a honoré avec la « Rhapsodie russe pour piano et orchestre » op. 45 (pour la main gauche), mais avec laquelle le concertiste n’a pas trouvé son compte -le manuscrit entier se trouve toujours dans ses archives privées, dans l’hypothétique attente d’être révélé au public ! Plus tard, Bortkiewicz a réécrit de sa « Rhapsodie russe » une version pour 2 mains, qui se trouve maintenant dans les archives de l’Institut de musique néerlandais. (Source : ingp0040.home.xs4all.nl)

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    Sergueï Bortkiewcz

    En mai 1928, Leopold Godowsky (1870-1938) a composé sa 4ème paraphrase sur une musique de Johann Strauss II – les « Métamorphoses Symphoniques » sur des thèmes de la valse « Schatz » du « Baron tsigane » pour main gauche. Cette œuvre était destinée au pianiste manchot Paul Wittgenstein, dont les prouesses techniques n’ont pas toujours été à la hauteur de la musique inspirée qu’il a commanditée à différents compositeurs : « C’est de la bonne musique » a écrit Godowsky dans une lettre à un ami, « très probablement trop bonne pour Wittgenstein ». Et comme Wittgenstein a refusé de jouer cette œuvre, Godowsky l’a finalement re-dédiée au pianiste Simon Barere. (Source: godowsky.com/Biography/humor)

    La « Klaviermusik mit Orchester » (Musique de piano avec orchestre) op. 29 de Paul Hindemith (1895-1963), oeuvres « pour la main gauche », était un mystère depuis des décennies. Composée en 1923 pour Paul Wittgenstein, qui avait refusé de la jouer mais qui en avait acquis le droit exclusif, la pièce ne pouvait être ni éditée, ni confiée à l’interprétation d’un autre pianiste. En plus, alors qu’elle figurait bien au catalogue du compositeur et qu’elle avait un numéro d'opus, personne ne pouvait dire où elle se trouvait, pas même la famille de Paul Wittgenstein qui, en tant que commanditaire, était propriétaire du manuscrit. Pendant des années, alors que le pianiste Leon Fleisher ne pouvait jouer qu'avec la main gauche, il avait fait des recherches et son collègue Gary Grafman avait fait de même. Mais ce n'est qu'en 2003, à la mort de la veuve de Wittgenstein, que la partition a été retrouvée dans sa maison de Pennsylvanie, parmi les mémoires du pianiste. Dès que l'oeuvre a été authentifiée, grâce aux esquisses conservées à l'Institut Hindemith de Francfort, Schott, l'éditeur des oeuvres d'Hindemith, a proposé à Fleisher d'en donner la première audition. Ce qu’il a fait avec le Philharmonique de Berlin et Simon Rattle en décembre 2004. (Source : journal-laterrasse.com/print2 + sites.radiofrance.fr/chaines/orchestres/journal)

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    Paul Hindemith

    Le « Concerto pour piano N° 4 » op. 53 de Serguei Prokofiev (1891-1953) date de 1931 ; il est le seul parmi les 5 que Prokofiev (qui, rappelons-le, était lui-même un pianiste prodigieux) n’a pas composé pour son propre usage, mais pour Paul Wittgenstein. Or quand ce dernier a reçu la partition, il l’a promptement retourné à son auteur avec un petit billet : « Je vous remercie pour votre concerto, mais je ne comprends pas une seule note et je ne vais pas le jouer ». L’œuvre a alors été rangé dans un tiroir et n’a jamais été joué du vivant de Prokofiev.

    Prokofiev était d’ailleurs impitoyable envers Wittgenstein, devenu un des plus fameux pianistes du 20e siècle alors qu’il paraît peu évident qu’il avait le talent qui mérite une telle réputation : « Je ne vois aucun talent spécial dans la main gauche (de Paul Wittgenstein). Il se peut que son malheur ait tourné en son avantage et qu’en tant que manchot, il est unique alors qu’avec deux mains, il ne serait peut-être pas sorti du lot de pianistes médiocres ».

    Mais Wittgenstein possédait deux atouts de taille : il avait une histoire à présenter, celle de l’horreur de la guerre - et les poches bien remplies !

    Le pianiste est-allemand Siegfried Rapp, manchot comme Wittgenstein mais de la seconde guerre mondiale, avait connaissance des œuvres pour la main gauche qui se trouvaient en possession de Wittgenstein et dont une partie n’avait jamais été jouée en public. Suite à la demande de Rapp, Wittgenstein lui a répondu le 5 juin 1950 : « Vous ne construisez pas une maison juste pour que quelqu’un d’autre puisse y vivre. J’ai commandité et payé ces œuvres, et l’idée était la mienne (…). Mais ces œuvres, pour lesquelles je possède toujours les droits exclusifs, vont rester les miennes aussi longtemps que je me produis en public, ce qui est de bonne guerre. Une fois que je serais mort et que je ne donnerais plus de concerts, alors ces œuvres seront accessibles à tout le monde, car je ne désire pas, au détriment du compositeur, qu’ils se couvrent de poussière dans des étagères. »

    Rapp a alors eu l’idée de contacter, trois années après la mort du compositeur, la veuve de celui-ci, qui lui a promptement accordé le droit de présenter cette œuvre en première mondiale, en 1956 à Berlin-Est, sous la direction de Martin Rich. (Source : Wikipedia + americansymphony.org/concert_notes/piano-concerto-no-4-left-hand-alone-and-orchestra)

    Le « Concerto pour la main gauche » a été composé presque en même temps que le concerto en sol, réclamant à Maurice Ravel des mois d'acharnement. Le compositeur n’a jamais entendu son œuvre jouée dans sa version pour piano et orchestre. Il a assisté à la création par Paul Wittgenstein, dans une version arrangée pour deux pianos, à Vienne en novembre 1931. Cette création pour le moins houleuse a mis un terme à la collaboration entre les deux hommes. Le pianiste avait en effet pris la liberté d’effectuer quelques « arrangements » dans l’œuvre (en fait de profonds remaniements) pour que celle-ci soit mieux à sa convenance. « Je suis un vieux pianiste et cela ne sonne pas », avait-il déclaré à Ravel pour justifier ces libertés. Ravel a répliqué : « Je suis un vieil orchestrateur et cela sonne ! » Le compositeur a précipitamment quitté Vienne et s’est même opposé un moment à la venue de Wittgenstein à Paris. Ce dernier ayant l'exclusivité du Concerto pour six ans, il était beaucoup trop tard pour Ravel lorsque l’œuvre a été créée à Paris dans sa forme originelle par Jacques Février sous la direction de Charles Munch, le 19 mars 1937.  

    Bien plus tard, Wittgenstein a regretté ses paroles et a rendu justice à Ravel :

    « Cela me prend toujours du temps d'entrer dans une musique difficile. Je suppose que Ravel en fut très déçu et j'en fus navré. Mais on ne m'a jamais appris à faire semblant. Ce n’est que plus tard, après avoir étudié le concerto pendant des mois, que je commençai à en être fasciné et que je réalisai de quelle grande œuvre il s’agissait. » (Source : Wikipedia)

    La première partie de ce concerto est interprété ici par Jacques Février, qui a assuré en 1937 la création à Paris dans sa forme originelle. Il est accompagné par l’Orchestre National de la Radiodiffusion Française, dirigé par Georges Tzipine :

    Et si le cœur vous en dit, voici encore un extrait dece même concerto, version « Wittgenstein », enregistré en 1937 avec Paul Wittgenstein au piano et Bruno Walter à la tête du Concertgebouw Orchestra :

    Pour de nombreuses compositions, il a suffi d’un seul et unique refus afin que celles-ci disparaissent pour très longtemps au fond d’un tiroir ou dans une bibliothèque, pour renaître plus tard. Quelques unes semblent même avoir disparu à tout jamais. Et pour un compositeur au moins, le refus du fruit de son travail a même été fatidique :

    Après ses études de musique à Leipzig, le compositeur allemand Hugo Distler (1908-1942) a occupé le poste d’organiste à Lübeck, puis, dans les années 1937-1940, il a enseigné la composition et l’orgue au conservatoire de Stuttgart. A partir de 1941, il a occupé le même cours en charge à Berlin et a été nommé directeur du Domchor de Berlin. Sa musique chorale sacrée, polyphonique et fréquemment mélismatique, lui a valu une certaine renommée, particulièrement dans le domaine de la musique religieuse protestante. Toutefois, ses œuvres ont été refusées par la  politique culturelle officielle du régime Nazi et considérées comme « Entartete Kunst » (art dégénéré). Déprimé par cette proscription, la perte de ses amis sur le front et la menace d’une proche mobilisation, Distler s’est suicidé en 1942 en inhalant du gaz. (Source : Wikipedia)

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    Hugo Distler

    Une reconnaissance tardive : le timbre de 100 Pfennig émis en 1992.

    .Igor Markevitch (1912-1983), célèbre chef d’orchestre, a été un compositeur admiré et fécond dans l’entre-deux-guerres. Toutes ses oeuvres ont vu le jour sur la Riviera vaudoise, où sa famille s’était installée. Le mystère de cette créativité stoppée au cours de la guerre (1941) reste une énigme, même pour ceux qui l’ont connu. (...) Il est difficile de comprendre qu’une oeuvres d’une qualité telle que « L’envol d’Icare », ayant fait autant de bruit dans les années trente, soit aujourd’hui quasiment tombée dans l’oubli. Or, au cours de la guerre, Markevitch s’est senti « mort entre deux vies »; il a définitivement abandonné la composition pour devenir rapidement un chef d’orchestre très renommé, occultant complètement son oeuvres passée, refusant même de la jouer (soi-disant pour ne pas profiter de sa position privilégiée pour favoriser sa production personnelle). Il est donc en grande partie responsable de l’ombre jetée sur ses oeuvres. Son frère Dimitry se souvient que, lorsqu’il était violoncelliste au Philharmonique de New York, Leonard Bernstein avait dirigé « Icare », et Igor en avait été très fâché. A la fin de sa vie, Igor Markevitch a cependant accepté d’exécuter ses travaux de jeunesse et d’en préparer la réédition. Il a alors eu l’impression « d’assister à (sa) propre résurrection », comme il l’a écrit dans son autobiographie « Etre et avoir été », parue en 1980 aux éditions Gallimard. (Source : 24 Heures, mardi 26 mai 1998; Matthieu Chenal: le nouvel envol d’Igor Markevitch).

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    Igor Markevitch

    Par cinq fois, Maurice Ravel a tenté d’emporter le prix de Rome, tant recherché parmi les jeunes compositeurs français ; mais chaque fois, ses compositions ont et refusées comme étant trop avant-gardistes.

    Ce prix de l’académie des beaux arts à Rome a été fondé en 1803 par le gouvernement. Il assure au gagnant une bourse pendant cinq ans, dont un séjour de 3 ans dans la villa Medici à Rome pendant lequel il est libéré du souci de gagner sa vie.

    Or les cinq échecs de Ravel (1900, 1901, 1902, 1903, 1905) se sont dessinés sur fond de querelle entre académiques et tenants du modernisme. Éliminé aux épreuves préparatoires en 1900, Ravel n'a obtenu qu'un Deuxième Second Grand prix en 1901(derrière André Caplet et Gabriel Dupont) pour sa cantate « Myrrha » inspirée du « Sardanapale » de Lord Byron, malgré les éloges de Saint-Saëns auquel le compositeur paraissait « appelé à un sérieux avenir ». Ce fut la seule récompense obtenue par Ravel, qui a échoué de nouveau en 1902 (cantate « Alcyone » d'après « Les Métamorphoses » d'Ovide) et 1903 (cantate « Alyssa » sur un texte de Marguerite Coiffier) avant d'être exclu en plein concours en 1905 pour avoir dépassé de quelques semaines la limite d’âge. Cette dernière affaire, appuyée par la presse, a provoqué un scandale qui a suscité, par-delà le monde musical, un courant de sympathie pour le compositeur. Théodore Dubois a démissionné de la direction du Conservatoire de Paris et a été remplacé par Fauré en juin 1905. Ironiquement, au-delà du tapage médiatique, ce qu'on a alors appelé « l’affaire Ravel » a contribué à faire connaître le nom du musicien et a marqué le début de sa décennie la plus fructueuse en tant que compositeur.

    Déçu par le refus de ses compositions - d’ailleurs remarquables - au prix de Rome,  Ravel les a fait disparaître et elles n’ont jamais été jouées. (Source : cantusbasel.ch/Rueckblick/Werke/ravel + Wikipedia)

    La découverte du compositeur Hans Rott (1858-1884), dans les années 1990, a été considérée à juste titre de sensation musico-scientifique. Rott a vu le jour à Vienne, ou il a visité le gymnase et une école de commerce avant d’entrer, en 1874, au conservatoire pour y étudier avec Franz Krenn et Anton Bruckner. A cette époque est née la « Symphonie pour cordes » (1874) et le « Prélude pour Jules César » (1877). Le premier mouvement de la « Symphonie N° 1 » en mi majeur a été composé en 1878 pour un concours de composition à Vienne, avec Johannes Brahms dans le jury. Cette composition a été refusée en raison de sa réminiscence évidente de Wagner. L’extrait pour piano de cette symphonie était déjà édité en octobre 1879 et était connu des amis de Rott. Toutefois, la symphonie n’a été terminée qu’en 1880. Rott a essayé de la déposer au ministère, afin d’obtenir une bourse. Mais il a essuyé un nouveau refus et de ce fait, la symphonie n’a jamais été jouée de son vivant. Souffrant de la manie de la persécution, il a été interné dans une clinique psychiatrique en 1881, ou il est mort à l’âge de 26 ans. Sa « Symphonie en mi majeur » a été redécouverte en 1980, publiée et jouée pour la première fois aux USA, en 1989. Il s’agit d’une œuvre étonnement moderne, qui anticipe sur des éléments des symphonies de Mahler. (Source : theater.augsburg.de/content.php)

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    Hans Rott

    Ecoutez le premier mouvement « Alla breve », interprété par le Radio Sinfonieorchester Wien sous la direction de Dennis Russell Davies :

    Sans ignorer l’influence de Wagner sur cette symphonie, influence de laquelle Rott se serait inévitablement détaché avec le temps pour trouver sa propre voie, on ne peut que rêver des œuvres que ce grand talent beaucoup trop vite disparu nous aurait réservé.

    Quant à l’anticipation de Rott sur des éléments de symphonies de Mahler, certaines langues bien pendues prétendent que Mahler connaissait bien cette symphonie, qu’il la magnifiait -

    et qu’il en a emprunté des parties entières pour les intégrer dans sa première symphonie, sortie 8 ans plus tard - alors que Rott était déjà mort !

    En dehors de toutes ces œuvres rejetées en bloc, il y a celles encore dont la réorchestration a été refusée :

    L’opéra « Norma » de Vincenzo Bellini a été crée au carnaval de Milan en 1831. Mais le rôle titre était trop élevé pour la soprano Giuditta Pasta et la première s’est soldée par un échec. « Solenne fiasco ! » a déploré Bellini. Après transposition d'un demi-ton, la quatrième représentation a toutefois été un triomphe.

    Or « Norma » n’a pas d’avantage plu aux Parisiens, en 1835, au point même qu’un éditeur français a demandé à Georges Bizet de réorchestrer l’œuvre. Mais Bizet a découvert que la tâche (une orchestration plutôt complexe) n’était ni possible ni nécessaire d’ailleurs, et il a refusé. (Source : Répertoire, mai 2001; Jean Vermeil)

    … ou alors l’interprétation :

    En 1936, trois ans après son exil aux États-Unis, Arnold Schoenberg a composé le « Concerto pour violon »  op. 36, un concerto si complexe que son premier exécutant, le désigné Jascha Heifetz, soucieux de préserver sa réputation, a prestement refusé de le jouer, en argumentant que l’œuvre exigeait du violoniste rien moins qu’un doigt supplémentaire ! Or quelques années plus tard, le 6 décembre 1940, sans sixième doigt mais avec une plus grande audace, le soliste Louis Krasner a livré une première interprétation, éblouissante, avec l’orchestre de Philadelphie, dirigé par Leopold Stokowski.

    Quant à Heifetz, celui-ci se vantait en privé, dit-on, d’être celui à qui Schoenberg avait pensé pour créer ce concerto ! (Source : lamediatheque.be/mag/taz/classique + grammophone/net)

    Le « Concerto pour violon » de Johannes Brahms en ré majeur, op. 77. est une des œuvres les plus célèbres de ce compositeur. Composé durant l'été 1878 pour et avec Joseph Joachim, il a été exécuté pour la première fois par celui-ci le 1er janvier 1879, accompagné par l'orchestre du Gewandhaus de Leipzig sous la direction du compositeur.

    Le second mouvement, l’Adagio, en fa majeur, débute par un prélude où seuls les vents jouent, et où le hautbois expose le thème qui sera ensuite repris par le soliste. Or le violoniste espagnol Pablo de Sarasate a toujours refusé de jouer ce concerto en public, considérant absurde la longueur du thème confié au hautbois dans un concerto pour violon. De plus, l'œuvre est particulièrement difficile pour le soliste, à tel point que lors de sa création, le chef d'orchestre Hans von Bülow l'a qualifié de « concerto contre le violon ». (Source : Wikipedia)

    … ou dont un tel a été enclin à les diriger, mais s’est catégoriquement opposé à les enregistrer :

    Compte tenu du fait que la musique ne se laisse vivre que dans l'espace réel, et qu'aucun enregistrement, aussi parfait qu'il soit, n'est capable de saisir entièrement tous les épiphénomènes qui se produisent pendant que la musique retentit réellement, Sergiu Celibidache s'est toujours résolument opposé au travail en studio. Selon lui, la musique exige un renouvellement permanent et ne peut s'entendre qu'une seule fois, dans un cadre précis. Elle ne peut donc être reproduite. D'ailleurs, le commerce de la musique, entrave à sa quête de l'absolu, ne l'intéressait pas.

    Pendant les dix-huit années de collaboration entre Celibidache et l'Orchestre Philharmonique de Munich, des enregistrements de concert d'environ 200 oeuvres ont néanmoins été réalisés et dont les héritiers ont accepté une publication par EMI Classics. Serge Ioan Celibidache, le fils du chef d'orchestre, garantit qu'aucun collage de deux concerts ne soit publié et que les bénéfices de vente soit versés à deux fondations; une musicale et une humanitaire. (Source : FONO FORUM, août 1997; Magazin; Digitales Denkmal für Sergiu Celibidache)

    Viennent ensuite les refus qui ont failli aboutir en peine de prison, ou pire encore, qui ont carrément été convertis en telle :

    En 1714, Johann Sebastian Bach a été nommé Konzertmeister (maître de concert) par son employeur Guillaume II, duc de Saxe-Weimar. A ce poste, il devait écrire des cantates pour les services de la chapelle du duc, mais c’est là également qu’il a composé l’essentiel de son œuvre pour orgue, dont la plus connue, la célèbre « Toccata et Fugue » en ré mineur BWV 565. Or en 1717, le prince Léopold d’Anhalt-Köthen lui a proposé un emploi dans la ville de Köthen, avec un appointement plus avantageux. Insatisfait de son emploi actuel, Bach n’a pas hésité et il a aussitôt rédigé sa lettre de démission - que son patron a formellement refusée. Bach s’est entêté, il a insisté et le duc, furieux et sans autre forme de procès, l’a fait jeter en prison. Mais à cette époque, Bach avait déjà acquis une certaine réputation et le duc n’avait pas d’autre choix que de le libérer (après un mois) et d’accepter sa démission. (Source : Wikipedia)

    La seule année 1806 a vu la composition du « Concerto pour piano no 4 », des trois « Quatuors à cordes » no 7, no 8 et no 9 dédiés au comte Razumovsky, de la « Quatrième Symphonie » et du « Concerto pour violon ». À l’automne de cette année Ludwig van Beethoven a accompagné son mécène le prince Carl Lichnowsky dans son château de Silésie et a fait à l’occasion de ce séjour la plus éclatante démonstration de sa volonté d’indépendance. Lichnowsky ayant menacé de mettre Beethoven aux arrêts s’il s’obstinait à refuser de jouer du piano pour des officiers français stationnés dans son château (la Silésie était alors occupée par l’armée napoléonienne depuis Austerlitz), le compositeur a quitté son hôte après une violente querelle et lui a envoyé un billet qui se passe de tout commentaire (octobre 1806) :

    « Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis par moi. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Mais il n’y a qu’un Beethoven. » (Source : Wikipedia)

    …,  puis des refus  pour des raisons éthiques :

    « Découvrant avec stupeur son nom parmi la promotion du 14 juillet 2010 de la Légion d'honneur », l’organiste mondialement connu Jean Guillou, 80 ans, nommé chevalier, « a pris la décision de refuser cette distinction qu'il n'a jamais sollicitée », a écrit dans un communiqué l'association AUGURE-Autour de Jean Guillou, porte-parole de l'artiste.

    « Il lui apparaît que sa dignité de musicien impose de repousser cet accessoire honorifique », poursuit cette association assurant la promotion de l'oeuvre et des activités de Jean Guillou, titulaire depuis 1963 du grand orgue de l'église Saint-Eustache à Paris. « Son indépendance viscérale l'a toujours maintenu hors des circuits officiels, et l'ironie veut que l'Etat lui confère un brevet de reconnaissance à l'occasion de ses 80 ans, comme si son talent se trouvait majoré par ce chiffre rond », ajoute le texte signé par la présidente de l'association, la musicologue Sylviane Falcinelli.

    « Mais la seule consécration qui vaille pour un artiste est la diffusion publique des fruits les plus innovants de son imagination : or on continue d'ignorer dans les cités françaises ses compétences organologiques -alors que l'Europe se couvre d'instruments originaux conçus par lui, et les programmations des scènes nationales tardent à reconnaître la diversité de son oeuvres de compositeur, pourtant accueillie dans les grandes salles de concert étrangères. » (Source : culture.france2.fr/musique-classique/actu)

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    Jean Guillou

    Le pianiste autrichien, iconoclaste et anticonformiste musical Friedrich Gulda avait horreur du « star system », il fuyait les grandes cérémonies, au point même de refuser l'anneau du bicentenaire de Beethoven que l'Académie de musique de Vienne lui a offert en 1970. Accepter une récompense de la part de « personnes qui ne connaissent absolument rien à ma manière de jouer » lui était impossible ! (Source : ramifications.be/Archives/Textes/breves)

    Le pianiste italien Arturo Benedetti Michelangeli était réputé pour bon nombre d’annulations de concerts, parfois même en plein milieu, souvent parce que le piano n’était pas au niveau qu’il souhaitait. Il a par exemple refusé de se produire lors d’un concert à guichets fermés, à Londres, parce qu’il a appris qu’un entrepreneur italien avait réalisé un bénéfice substantiel en achetant 500 tickets en bloc et en organisant un vol charter de Rome à Londres.

    Eugene Ormandy, alors chef de l’Orchestre de Philadelphie, a refusé de serrer la main d’Herbert von Karajan (eu égard à son passé « pro-nazi »).lors d’une visite de ce dernier aux Etats-Unis  Ce dont l’orgueilleux Autrichien a pris ombrage. Quoi de plus naturel en sorte que Karajan ait tout essayé par la suite pour qu’Ormandy ne puisse pas venir travailler en Europe ?

    Jean Guillou n'est d’ailleurs pas le premier compositeur à avoir refusé la Légion d'honneur. Longtemps avant lui, en 1920, Maurice Ravel avait fait de même, sans toutefois expliquer son rejet. Le facétieux Erik Satie en avait d’ailleurs profité pour ironiser sur cette décision: « Ravel refuse la Légion d'honneur, mais toute sa musique l'accepte. » (Source : culture.france2.fr/musique-classique/actu/jean-guillou)

    … ainsi que ceux dus à des convictions politiques et idéologiques :

    La légèreté avec laquelle le compositeur et chef d’orchestre Leonard Bernstein, dans ses jeunes années, a prêté son nom à de nombreuses causes gauchistes, lui a pourtant donné bien du fil à retordre. Soupçonné d'activités subversives et d’adhésion au parti communiste, on lui a refusé la direction du Boston Symphony et le Ministère de l’extérieur a même refusé, en 1953, de lui renouveler son passeport. Bernstein a du recourir aux services d’un célèbre avocat avec de sérieuses références anti-communistes et signer un document attestant qu’il n’était pas communiste, afin d’obtenir le renouvellement. Ce qui n’a pas calmé le FBI pour autant, désormais sur les traces d’un éventuel parjure !

    Dans un moment d’intimité, Bernstein a avoué avec des ricanements que dans sa jeunesse, il aurait rejoint n’importe quel mouvement, que ce soit pour la liberté des Grecs, des Polynésiens, des Eskimos ou des Transylvaniens, ceci pour autant qu’on imprime son nom. (Source : laphil.com/philpedia/piece-detail)

    Dans la période difficile des années d'avant et d'après la Seconde Guerre mondiale, le violoncelliste espagnol Pablo Casals (1876-1973) est resté inflexible sur ses idéaux, quelles qu'en soient les conséquences pour sa carrière. Ardent supporteur du gouvernement républicain espagnol, il s’est exilé en France après la défaite de celui-ci, dans le village de Prada de Conflent à la frontière espagnole, et il a refusé de retourner dans son pays natal jusqu’à la restauration de la démocratie. De même, il a refusé dès 1933 de se produire en Allemagne, et son opposition au régime dictatorial de Franco était telle qu’il a refusé également de se produire dans tous les pays qui ont reconnu le gouvernement autoritaire espagnol.  (Source : Wikipedia)

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    Pablo Casals

    Le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler, dont les rapports avec Adolf Hitler et son attitude envers les nazis ont occasionné de nombreuses polémiques, a pris position très tôt, dès 1933, face à la politique culturelle et musicale du régime : contre l’éviction de musiciens influents, considérés indésirables, comme Klemperer, et pour la musique contemporaine jugée « entartet » (dégénérée) par les dignitaires nazis (Hindemith). Face à un Führer qu’il a surnommé « camelot chuintant », le chef s’est opposé, autant que possible, à l’application de la politique raciale dans ses orchestres, à Vienne et à Berlin ; il a entre autres refusé de jouer en pays conquis. Certes, il a été nommé par les dirigeants nazis Staatsrat et vice-président de la Reichsmusikkammer, mais il a démissionné de tous ses postes en 1936. De plus, près de 80 personnes ont témoigné, après guerre, avoir été sauvées ou aidées dans leur émigration par Furtwängler, dont Flesch, Hindemith, Knappertsbusch, Pfitzner et même Bruno Walter ! (Source : classiquenews.com)

    Pour rester avec Furtwängler,  voici une autre anecdote à son sujet :

    Après la guerre, Furtwängler est allé diriger au Concertgebouw d'Amsterdam. À la fin du concert, les auditeurs ont refusé d'applaudir. Dans le très lourd silence la voix du chef d'orchestre s'est alors élevée, seule : « Je comprends que vous refusiez de m'applaudir, a-t-il dit, mais exprimez au moins votre reconnaissance aux musiciens qui viennent de jouer pour vous. » (Source : erudit.org/culture/liberte)

    Citoyen américain à compter de 1925, le violoniste Jascha Heifetz a poursuivi sa carrière internationale sur les cinq continents. Refusant de se laisser dicter le contenu de son programme par des considérations politiques, il a échappé à une tentative d'assassinat (en 1953) commise par un extrémiste juif de Jérusalem suite à sa décision de persister à jouer une pièce de Richard Strauss, malgré l'hostilité du gouvernement israélien envers ce compositeur soupçonné de sympathies avec le nazisme. Blessé au bras droit à coups de barre de fer, Heifetz a dû annuler son dernier concert et n’a plus jamais mis les pieds dans le pays pendant des décennies, bien qu'il fût de confession israélite. (Source : livemusiccompany.com)

    Après l’Holocauste, durant lequel il a perdu toute sa famille de Pologne, le pianiste Arthur Rubinstein a refusé à jamais de se produire sur le sol allemand et selon son autobiographie, il n’a même plus jamais joué en Allemagne après le commencement de la guerre en 1914. Il a toutefois donné des concerts aux frontières de l’Allemagne pour le peuple allemand qui appréciait son art. (Source : Wikipedia)

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    Artur Rubinstein

    Qui refuse d’être sérieux !

    D'origine juive même s'il en a peu pratiqué les traditions, le violoniste Isaac Stern était un musicien engagé qui n’a jamais hésité à mettre la musique au service de ses convictions. Ainsi, il a refusé toute sa vie de jouer en Allemagne depuis l'Holocauste (et, comme Izthak Perlman, de jouer au concert avec Herbert von Karajan à cause de son passé nazi), même s'il a accepte en 1999 d'y donner des master classes. Il a refusé également à se produire en Union Soviétique quand les artistes y étaient prisonniers et a annulé des concerts en Grèce quand la junte militaire a pris le pouvoir. (Source : ramifications.be/Archives/Textes/breves)

    Les refus de l’antifasciste convaincu Arturo Toscanini n’étaient pas seulement nombreux – ils étaient également très courageux :

    Au moment du fascisme naissant, ses racines républicaines (son père a été un fervent partisan de Garibaldi) se renforcent. Ainsi, lors de la création de « Turandot » de Puccini, le 25 avril 1926 à la Scala de Milan, il a refusé de jouer l’hymne du parti national fasciste « Giovinezza » (Jeunesse).

    Pendant une tournée en Italie, il s’est fait attaquer et malmener par des fascistes à Bologna, en 1931; les autorités lui ont temporairement confisqué son passeport et le parti fasciste a fait surveiller sa maison à Milan par des carabinieri. En même temps, il a subi de nombreuses attaques de la part de la presse fasciste pour ses points de vue sans compromis. Dès lors, Toscanini a refusé de diriger en Italie pendant le règne de Mussolini.

    Son goût pour Wagner était exclusif : de sa première saison à la Scala de Milan en 1898, à sa dernière apparition en public en 1954, il n’a pas cessé de diriger les oeuvres du compositeur allemand. Une passion sans borne qui a amené Hitler à lui proposer de prendre la direction du Festival de Bayreuth créé par Wagner. Ce que Toscanini, antifasciste convaincu, a catégoriquement refusé. Il a même envoyé un télégramme à Hitler en personne, lui exposant son point de vue, ce à quoi Hitler a répondu en interdisant toute future vente et diffusion de ses enregistrements !

    Toscanini s’est alors replié sur Salzbourg, dont il est devenu un habitué entre 1934 et 1937, pour ne plus jamais mettre les pieds à Bayreuth. Pendant le festival d’été de 1937, il a dirigé 4 opéras : « Fidelio », « La flûte enchantée », « Falstaff » et « Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg » qui étaient ses dernières apparitions à ce festival, puisqu’après l’Anschluss (l’annexation de l’Autriche par l’Allemagne nazie), il a refusé également de retourner dans cette ville. Et bien qu’il ait vécu encore pendant 20 ans, et qu’il est resté extrêmement actif en tant que chef d’orchestre, il n’a plus jamais dirigé une représentation complète d’un opéra sur scène. (Source : classicalcdreview.com/atmeist + rense.com/general77/master)

    Toutefois, une des nombreuses ironies de l’histoire de la musique reste quand-même que l’antifasciste convaincu Toscanini entretenait avec ses musiciens des rapports si autoritaires qu'on les qualifierait aujourd'hui sans exagération de -

    fascistes !

    Mais il y a des refus aussi  pour des raisons beaucoup plus terre à terre, pour ne pas dire vénales :

    En 1836, le Ministère de l’intérieur avait passé commande d’une messe de Requiem à Hector Berlioz, contre la promesse d’un honoraire de 3000 francs. Lorsque le compositeur a demandé à toucher son dû, on lui a poliment répondu que le crédit avait été utilisé autrement, mais qu’on lui proposait, en échange, royalement la plus haute distinction de France, la Légion d’honneur. Berlioz, qui n’avait nulle intention de faire une croix sur l’argent de la prestation, se serait alors écrié : « Je me fous de cette croix, donnez-moi mon argent ! » Et il aurait fait un tel raffut qu’il a fini par obtenir satisfaction.

    Comme disait Eric Satie : « Il ne suffit pas de refuser la Légion d'Honneur ; encore faut-il ne pas la mériter ! »

    Car :

    Berlioz pressentait-il à ce moment là qu’il finirait de toute façon par l’avoir, et sans contrepartie, ce fameux ruban rouge ? Toujours est-il qu’en 1864, il est devenu Officier de légion d’honneur, ce dont atteste d’ailleurs un tableau peint en 1865 par Melchior Blanchard et où le compositeur arbore fièrement à la boutonnière de sa redingote cet insigne.

     

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    Hector Berlioz

    - ou alors pour des raisons d’ego, ou de mécontentement :

    On ne rigole pas avec l’ego de Gennady Rozhdestvensky. En effet, le chef russe, ancien patron du Bolchoï de 1965 à 1970, qui devait diriger le prestigieux BSO (Boston Symphony Orchestra) il y a quelques jours a renoncé à sa mission lorsqu’il a découvert la campagne marketing de la phalange américaine dans laquelle le violoncelliste Lynn Harrell, soliste pour cette série de concerts, était en haut de l’affiche !

    En épluchant la brochure du BSO, Rozhdestvensky a par ailleurs découvert qu’il ne figurait guère dans les rubriques « Chefs de renom » et « Artistes qui inspirent »…

    Le site du BSO s’est simplement contenté d’indiquer que Gennady Rozhdestvensky « était dans l’impossibilité de diriger l’orchestre »… Le Russe furieux âgé de 77 ans a pourtant déclaré au quotidien Boston Globe qu’il était « tout à fait prêt à diriger ces concerts. Et comment ! »

    C’est finalement Julian Kuerti, chef assistant de l’orchestre bostonien, qui a remplacé au pied levé son homologue moscovite. (Source : qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/CURIOSITES/Histoire-d-ego-au-BSO)

    A 26 ans, le pianiste bulgare Evgeni Bozhanov a déjà récolté une belle moisson de trophées, des Etats-Unis (finaliste du 13e concours Van Cliburn, en 2009) à la Russie (premier prix au concours Sviatoslav Richter, à Moscou), en passant par l'Italie (premier prix du concours Alessandro Casagrande, à Terni, en Ombrie). Mais ce sont les premiers prix qu'on lui a refusés en 2010, au concours Reine Elisabeth, à Bruxelles, et surtout au concours Chopin, à Varsovie, qui, de façon indirecte et paradoxale, rendent peut-être encore mieux justice à la personnalité et au talent hautement singuliers de cette bête à concours - jeune fauve trop rebelle et imprévisible pour ces sages ménageries. A Varsovie, dépité de ne se voir attribuer, contre toute équité, que le quatrième prix, Evgeni Bozhanov s'est même refusé à aller le recevoir - rappelant le scandale déchaîné par l'élimination d'Ivo Pogorelich à la finale de ce même concours, en 1980. (Source : telerama.fr/music/musique)

    Mais la misogynie aussi peut causer bien des vetos :

    Ce n’est qu’en 1997 que le dernier orchestre européen, la Philharmonie de Vienne, qui jusqu’à présent a toujours catégoriquement refusé les musiciennes dans ses rangs, a enfin accepté la première femme.

    Et l’exemple suivant démontre a quel point que la différence d’appréciation des musiciens féminins par la société est encore appliquée de nos jours: Le nom de Clara Schumann pour une école allemande a été refusé, parce que la compositrice n’a guère consacré de temps à l’éducation de ses enfants! (Source : (FONO FORUM, février 1988; Peter P. Pachel: Femmes fortes)

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    Clara Schumann

    La clarinettiste Sabine Meyer a débuté sa carrière au Bayerischer Rundfunk Symphony Orchestra et au Berliner Philharmoniker, ou son engagement comme l’un des premiers membres féminins a suscité bien des controverses. Herbert von Karajan, directeur musical de la Philharmonie, a engagé Sabine Meyer en septembre 1982, mais les musiciens ont refusés son engagement définitif à la fin de sa période d’essai par 73 voix contre 4. L’orchestre a insisté sur le fait que son timbre ne s’accordait pas avec celui des autres musiciens de sa section, mais d’autres observateurs, y compris Karajan, étaient persuadés que la vraie raison résidait dans le fait qu’elle était une femme. En 1983, après neuf mois, Madame Meyer a quitté l’orchestre pour poursuivre une carrière de soliste à plein temps. (Source : Wikipedia)

    … au même titre d’ailleurs qu’une certaine forme d’excentricité :

    Le pianiste aux dons exceptionnels Glenn Gould (1932-1982), considéré comme l’un des plus grands pianistes du 20e siècle, a débuté sa carrière en 1955, à New York. La même année, il a enregistré les « Variations Goldberg » de Bach, interprétation qui lui a immédiatement valu les louanges de la presse et du public, à tel point que depuis, son nom est indissociablement lié à cette oeuvre (qu’il a enregistré encore 3 fois par la suite) et dont il en est devenu la référence.

    Or, après de nombreuses tournées en Europe et en Union soviétique, toutes couronnées de grands succès, Gould a soudainement refusé, à partir de 1964, de se produire en public. Les raisons avancées pour expliquer ce choix très inhabituel pour un artiste d’aussi haut niveau ont été multiples : son aversion phobique du public et des avions, qui le faisaient terriblement souffrir, mais son idée aussi que le concert est une institution rendue désuète par les possibilités offertes par les technologies d’enregistrement et de communication.

    Indiscutablement un virtuose de très haut niveau, loué par la presse du monde entier, Gould est pourtant devenu une cible de choix pour une certaine presse avec son comportement social très difficile et ses choix très « originaux » (non seulement dans la musique) : 

    De peur des microbes, il a refusé de serrer la main des gens qu’il a rencontrés, prétextant ne pas vouloir contracter de maladies ou encore avoir peur qu'on lui écrase les mains.

    Il a refusé de jouer les grandes œuvres de Liszt ou de Rachmaninov, sorte d'exercice imposé à tous les pianistes virtuoses, ce qui a déclenché parfois les railleries de la critique.

    Dû à sa sensibilité extrême (certains avancent les syndromes d’une forme d’autisme, la maladie d’Asperger), il avait l’habitude de trop se vêtir, au point de porter un pardessus, un tricot, une écharpe et un bonnet de laine même durant les jours les plus chauds de l'été, qu’il refusait d’enlever même en studio. Maladivement frileux, il lui est arrivé de jouer en concert avec des radiateurs autour de lui pour palier le manque de chauffage de la salle. De même, il a refusé des concerts dans la mesure où les hôtels n’étaient pas équipés d’un chauffage central.

    Il avait un comportement social très difficile, et refusait l'interaction humaine au point de préférer la compagnie des animaux

    La chaise pliante dont il avait scié les pieds, et qui était ainsi bien plus basse qu'une banquette de piano, l'a accompagné toute sa vie durant. Même lorsqu'elle a été dans un état de délabrement total, il a refusé de s’en séparer et a continué à l'emporter partout où il devait jouer. Devenus les symboles de Gould, cette chaise ainsi que le piano Steinway CD318 sont d’ailleurs dans les collections d'un musée d'Ottawa. (Source : lamediabxl.wordpress.com + pianobleu.com)

    Mais quoi qu’il en soit de ses excentricités et ses manies, c’est avec ses interprétations que Glenn Gould a définitivement marqué l’histoire de la musique. Aussi, c’est avec l’enregistrement intégral en studio, en 1981, des « Variations Goldberg » que je  vous laisse un (bon) moment (47’20’’) en sa compagnie :

    Quant aux refus qui ont contrarié ou retardé un mariage, voici deux exemples éloquents :

    Pauvre Maria Callas, très pieuse, qui rêvait d'un mariage avec orgue, marche nuptiale, fleurs et robe blanche. C'est dans la sacristie de l'église des Filippini, à Vérone, que Maria et Battista Meneghini se sont dit oui pour la vie, avec, comme seule assistance, un prêtre, un sacristain et deux témoins. La curie épiscopale de Vérone leur a refusé le droit à une cérémonie solennelle, parce que Maria était orthodoxe et que le couple de concubins vivait en état de « péché notoire ». (Source : lexpress.fr/informations)

    Le 13 septembre 1837, Robert Schumann a demandé officiellement à Friedrich Wieck la main de sa fille Clara (qu’il a connu alors qu’elle n’avait que huit ans, et lui dix-sept) - et il a essuyé un refus brutal. Schumann a insisté, la correspondance entre les deux hommes a continué, et Wieck a alors eu recours au chantage affectif, à l'intrigue, même à la calomnie. Alors que tout cela n’a fait qu'intensifier la romance entre les deux jeunes amoureux.

    Puisque Wieck n’a voulu consentir à un mariage qu’à la condition que le couple vive en-dehors de la Saxe, Robert est donc parti pour Vienne en novembre 1838, où Clara était déjà une virtuose. Il a tenté d'y établir sa revue musicale, mais a du capituler devant la censure de Metternich et de son chef de police Sedlnitzky. Il est donc retourné à Leipzig en avril 1839. À l'automne de la même année, Clara (qui se trouvait à Paris, défendue par son avocat) et Robert ont porté plainte contre Wieck pour refus de consentement de mariage. Schumann est parvenu à convaincre le tribunal de la solidité de ses finances, a présente des certificats de moralité et le titre de docteur que l'université d'Iéna lui a conféré le 24 février 1840. Le jugement favorable a été rendu le 1er août 1840 et le mariage a eu lieu le 12 septembre, la veille du vingt-et-unième anniversaire de Clara. Et en avril 1841, Friedrich Wieck a été condamné lors du procès en diffamation que Schumann lui a intenté. (Source : Wikipedia)

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    Clara et Robert Schumann

    Chose plus rare par contre - celle d’un cas de refus de patronyme :

    Felix Mendelssohn était Juif de naissance, dont le célèbre grand-père Moses (le grand philosophe allemand des Lumières, l’ami et le modèle de Lessing) n’avait parlé jusqu’à sa sortie du ghetto à vingt ans que le yiddish ou l’hébreu. Pour bien des Juifs allemands du 19e siècle encore, le baptême, pour citer le mot célèbre de l’un d’entre eux, Heinrich Heine, était surtout un « passeport pour la civilisation ». C’est dans cet esprit qu’Abraham Mendelssohn avait fait baptiser toute sa famille, et il est hors de doute que son fils Felix fut un chrétien sincère, à la foi ardente et profonde, toute sa musique religieuse nous le dit. Mais lorsque son père lui enjoignit de s’appeler désormais Felix Bartholdy et de changer ses cartes de visite en conséquence, car « un Mendelssohn chrétien, ce n’était pas crédible », le compositeur refusa fermement de renoncer à un patronyme que son admirable aïeul Moses le philosophe avait illustré avant lui.  (Source : Crescendo N° 31, novembre 1997: Harry Halbreich: Mendelssohn l’inconnu).

    N’empêche que l’un des plus ardents défenseurs du refus « toute catégorie » reste incontestablement le chef d’orchestre Carlos Kleiber :

    Carlos Kleiber, fils du chef Erich Kleiber et chef d’orchestre mythique, aura réussi à se faire un nom, aussi grand dans le cœur des mélomanes que ceux de Toscanini et de Karajan, tout en fascinant les jeunes musiciens (et en décevant les aficionados) par ses refus catégorique du studio, des médias et autres vanités de ce monde qui font habituellement rêver. (« C’est un génie, mais il ne dirige que quand son frigo est vide » : la phrase de Karajan est restée célèbre). Kleiber était réputé pour son répertoire restreint, ses apparitions sporadiques, et aussi pour son exigence radicale et un perfectionnisme exacerbé, mais ses rares interprétations étaient chaque fois de purs diamants. On ne peut pas parler non plus de Carlos sans mentionner son père, Erich, lui-même un très grand chef d’orchestre, autocratique et dont l’image omnipotente a parait-il fait souffrir son fils toute sa vie durant  Alors, à force de refus de travailler avec un agent (il traitait lui-même tous ses contrats), de voyager (pour autant que faire se pouvait car il s’est tout de même rendu de nombreuses fois au Japon pour y donner des concerts), de concerts, de poste permanent (pressenti pour succéder à Karajan, à la tête de l’orchestre philharmonique de Berlin, il a refusé l’offre), de soliste (il a refusé, d’un instant à l’autre, toute future collaboration avec Arturo Benedetti Michelangeli sous prétexte que son visage ne lui revenait pas), d’enregistrements et d’interviews, et à force aussi d’exiger un nombre de répétitions aussi démesuré que ses prétentions financières, il est devenu un des chefs d’orchestre les plus mythiques et les plus mystérieux du 20e siècle. A tel point que sa nationalité réelle reste toujours un mystère, et que son décès n’a été communiqué à la presse qu’une semaine plus tard, alors qu’il avait déjà été inhumé. (Source : Wikipedia).

    Alors que son legs musical tient tout simplement de la légende !

    Voici donc une pépite, jamais gravée sur disque : « Ein Heldenleben » (Une vie de héros) op. 40 de Richard Strauss, avec la Philharmonie de Vienne, enregistré en 1993 dans la salle du Musikverein de Vienne :

    Mais pour terminer ce billet en beauté et avec le sourire à la fois, voici deux refus aussi inclassables qu’impayables :

    A Limoges, une pianiste (dont la discrétion oblige à taire le nom) a refusé de jouer les glissandi indiqués sur la partition. Pourquoi ? Parce que la musique d’opérette lui a paru indigne de son talent d’instrumentiste classique. « Vous savez ce qu’elle a fait ? » à demandé le chef d’orchestre André Martial, écœuré. « Elle est arrivé à la répétition les doigts boudinés dans du sparadrap : « Je suis blessée, je ne pourrais pas jouer les glissandi. » Comment vous trouvez ça ? » (Source : medecine-des-arts.com/Psychopathologie-du-quotidien)

    La justice russe a refusé de satisfaire la requête d’une Moscovite qui demandait le retrait de l’opéra «Rouslan et Ludmila» du programme du Bolchoï, dont la mise en scène, selon elle, évoque «la débauche sexuelle» et «bafoue la culture russe ».
    Le tribunal d’un district de Moscou a rejeté la plainte de Svetlana Voronina qui réclamait également un million de roubles (25000 euros) de dédommagement « pour les souffrances morales » qu’elle a éprouvée au cours du spectacle. (Source : news.infos-tele.fr/trop-de-sexe-dans-un-opera-la-justice-refuse-d-interdire-rouslan-et-ludmila)

    A  bientôt.


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  • Commentaires

    1
    AilectronLibre
    Samedi 27 Avril 2013 à 19:24

    J'aurais volontiers dit "R" comme rubato mais finalement ce "refus" est l'un de vos articles les plus longs. Ce blog est passionnant, je reviendrais car je le mets dans mes liens pour ne pas perdre l'adresse !

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