• N comme Nez

     

     

    Comme la publication d'un nouveau billet me pendait au nez depuis quelques jours, j’ai fourré mon nez dans mes archives et je suis tombé nez à nez – devinez avec quoi ?

    Avec un nez !    

     

    N comme Nez   

    Non pas avec celui de Cyrano de Bergerac, ni même avec celui de Cléopâtre, mais avec celui de Chostakovitch. Et non pas avec la saillie médiane de son visage, qui est enterré depuis belle lurette avec tout le reste, mais avec son opéra « Le Nez ».

    Et comme ce nez me paraissait - à vue de nez, je l’avoue -  un sujet intéressant et varié (à vous d’en juger), j’ai donc creusé un peu plus loin (non pas dans le nez, mais dans le sujet), afin de pouvoir vous présenter toute une série de personnages qui, d’une manière ou d’une autre, se sont distingués par leur nez :

      

    Frédéric Chopin (1810-1849), pourtant complexé par son nez, a débordé d’humour en déclarant : « Les mouches se posent continuellement sur mon nez proéminent, mais cela n’a rien de neuf, ces insupportables bestioles en ont l’habitude. Les moustiques me tourment mais qu’importe, ils ne s’attaquent pas au nez ! ». Il y avait chez lui une joie de vivre, de drôlerie, même dans les dernières années de sa vie. Une joie mal connue de par la légende qu’on lui attribue : le triste poète romantique…(Source :canalacademie.com/ida5485-Chopin-vu-par-Chopin)

     

     

     N comme Nez

     

    Frédéric Chopin

    Portrait de Maria Wodzińska (1836) 

      

    Dans « Histoire de la Musique française », de J. Gaudefroy-Demombynes, l’auteur dit à propos du portrait de Jean-Baptiste Lully (1632-1687) peint par Nicolas Mignard :

     

    « Lully a un énorme nez sous deux énormes noirs et bouffis, des sourcils épais et mal arqués, de grosses lèvres retroussées, le menton creux et proéminent, carré du bout : une physionomie repoussante. » (Source : Histoire de la Musique française », de J. Gaudefroy-Demombynes, Editions Payot Paris)  

     

    N comme Nez 

     

    Quant au nez suivant, il a dû coûter cher à mettre en couleur, bien plus cher encore au propriétaire qu’au peintre :

     

    Quand le peintre Ilia Repine a commence le portrait du composteur russe Modeste Moussorgski (1839-1881), ce dernier, suite à des attaques cardiaques et sa santé complètement dégradée par l’alcool, avait été admis dans un hôpital militaire, où il commençait à se rétablir.

    Or, comme Moussorgski avait bu de l’alcool en cachette, en croyant fêter son anniversaire qui, en réalité, avait eu lieu une semaine auparavant, il est mort, le 16 mars 1881, d’un arrêt cardiaque.

    Le fameux portrait de Repine, peint durant les derniers jours du compositeur, a capturé les moindres détails de la personnalité de celui-ci, et reflète la réalité sans aucune concession – c’est sans aucun doute la présentation la plus bouleversante qui soit d’un compositeur – les cheveux et la barbe emmêlés, un regard perdu, le visage rougeaud et bouffi et un nez en forme de tubercule. Et dire que cette épave était réputée, dans sa jeunesse, pour avoir été une sorte de dandy ! (Source : Classic FM 1997 - Wikipedia)

      

    N comme Nez

      

    Portrait de M. Moussorgski,

    Peint par I. I. Repine en 1881

     

    Que ce soit par accident ou suite à une maladie disons « mystérieuse », toujours est-il que le musicien suivant, s’il n’a pas perdu tout son latin, il a en tout cas perdu le bout de son nez :

     

    Le compositeur tchèque Josef Myslivecek (1737-1781), auteur d’une trentaine d’opéras, s’est installé en Italie en 1763, pays qu’il n’a plus jamais quitté et ou il a remporté de grands succès, qui ont duré près de 15 ans. C’est d’ailleurs à Bologne, en 1770, qu’il a rencontré Wolfgang Amadeus Mozart et son père Léopold, avec lesquels il s’est très vite lié d’amitié et a entretenu une correspondance très riche.

    En 1777, sur l’invitation de Maximilien III Josef de Bavière afin de composer un opéra pour la saison de carnaval de cette année, il s’est rendu à Munich. Au cours du voyage, son carrosse s’est renversé. Myslivecek s’en est sorti avec le nez cassé. Mais suite à un mauvais traitement, la plaie s’est infectée et la gangrène s’est installée. Peu de temps après, Myslivecek s’est retrouvé défiguré à tout jamais, avec un trou béant à la place du nez.

    Dans une lettre à son père, écrite le 11 octobre 1777 depuis Munich, W. A. Mozart mentionne l’intervention d’un chirurgien incompétent, qui aurait brûlé le nez de Myslivecek en essayant de traiter une maladie mystérieuse. Or dans une lettre du 1er octobre 1777 à son fils, Léopold Mozart parle de cette mystérieuse maladie comme d’une chose honteuse, pour laquelle Myslivecek méritait l’ostracisme social. Or la réputation de Myslivecek pour la promiscuité sexuelle, les insinuations de Leopold et la référence de Wolfgang au défigurement facial, font immanquablement penser aux symptômes de la syphilis tertiaire. Compte tenu de ces faits, l’explication donnée par Myslivecek à Wolfgang, un cancer des os causé par un accident de carrosse, est tout simplement ridicule. Myslivecek est décédé le 4 février 1781 à Rome, abandonné, malade, oublié. Il n'avait que quarante quatre ans et en faisait vingt de plus. Son élève de Grande Bretagne a organisé pour son maître de somptueuses funérailles. Josef Myslivecek alias Giuseppe Venatorini est enterré à l'église San Lorenzo in Lucina à Rome. (Source :radio.cz/fr/rubrique/celebres/josef-myslivecek + Wikipedia) 

     N comme Nez

     

    Le fantasque compositeur et pianiste français Eric Satie (1866-1925) a fait publier dans le journal « La Lanterne japonaise » du 23 mars 1889, sous le pseudonyme de femme Lengrenage », la lettre suivante (qu’il s’est en fait adressé lui-même) :

     

    Monsieur,


    depuis huit ans, je souffrais d'un polype dans le nez, compliqué d'une affection du foie et de douleurs rhumatismales.

    À l'audition de vos Ogives, un mieux sensible s'est manifesté dans mon état; quatre ou cinq applications de votre Troisième Gymnopédie m'ont radicalement guérie.
    Je vous autorise, Monsieur Erik Satie, à faire de cette attestation l'usage qu'il vous plaira.


    En attendant, recevez les remerciements de votre reconnaissante

     

    Femme Lengrenage

    Journalière à Précigny-les-Balayettes

    (Source : lexpress.fr/informations/satie-le-dada-des-lettres)

     

    Malgré un nez cassé, qui a changé un tant soit peu sa physionomie, la carrière de cette soprano lyrique suédoise n’a guère été affectée :

     

    La chanteuse d’opéra suédoise Christine Nilsson (1843-1921) a fait ses débuts à Paris en octobre 1864 dans Violetta de « La Traviata », puis dans la reine de la nuit dans la « Flûte enchantée ». En 1868, elle a participé à la création de « Hamlet » d’Ambroise Thomas. L’année suivante, elle chante « Lucie de Lammermoor » au Covent Garden.

    Après une tournée en Amérique, elle a abandonné les rôles d’agilité pour ceux de soprano lyrique. Elle est retourne à New York pour inaugurer le nouveau Metropolitan le 22 octobre 1883 dans le rôle de Marguerite de « Faust ».

    Elle a épousé en secondes noces le comte Vallejo y Miranda, chambellan du roi d’Espagne en 1887 et pris une retraite définitive en 1891.

    Christine Nilsson est brièvement mentionnée dans la nouvelle « Anna Karenina » de Leon Tolstoi.

    Issue d’un milieu très modeste (son père s’était engagé comme journalier), on rapporte d’elle qu’elle était brave et gaillarde, comme un garçon. Et si on la prenait pour un garçon, alors on faisait son bonheur. Elle était téméraire aussi et quelques aventures ont mal tourné. Une fois elle a reçu en pleine face un sabot dont la semelle était renforcée d'acier - le nez en était presque arraché « A partir de ce jour mon profil sera différent suivant les angles » aurait-elle laconiquement commenté le résultat de cet accident. (Source : cnsallskapet.se/franska)

     

    Si la grande Maria Callas était (presque) aussi réputée pour son nez -  qu’elle portait long et fier - que pour sa voix, il lui est arrivé de vouloir manger le nez d’autrui :

     

    En 1942, Maria Callas (1923-1977) a fait ses débuts dans « Tosca » à l’Opéra d’Athènes. Le soir de la première, Elle est entrée en scène avec un œil au beurre noir. Elle venait de se jeter sur un homme, non pas pour le dévorer des yeux, mais pour lui déchirer le visage. Résultat : un nez cassé: « Cette grosse putain n’y arrivera jamais » aurait-il déclaré peu avant le spectacle. Cette anecdote, le Times Magazine l’a publié quatorze ans plus tard - en 1956! - dans un article qui a fait le tour du monde. Selon le journal américain, le rôle n’était pas destiné à la Callas, mais à une vieille cantatrice d’Athènes qui, tombée malade, s’était désistée. Haïssant la Callas, elle aurait dépêché le mari pour réparer son honneur. La « tigresse » de l’opéra a démenti l’anecdote. Elle a envoyé une lettre au journal américain, où elle a déclaré: « Cet opéra a été monté pour moi, et nous avons répété pendant plus de trois mois... » (Source : Le Temps, Samedi culturel, 2 juin 2001; Julian Sykes: L’opéra catastrophe par excellence)

     

    Malgré quelques prédispositions anatomiques favorables, (alors qu’un grand nez n’a jamais gâté un beau visage), et bien qu’elle a chanté Massenet, la Callas n’a pourtant jamais interprété le rôle de Cléopâtre, rôle titre de l’opéra écrit pour une mezzo-soprano, il est vrai, mais qui a été présenté, lors de la première à Monte-Carlo, par une soprano, Maria Nikolaïevna Kouznetsova (qui, en secondes noces, est devenue l’épouse d’Alfred Massenet, neveu de Jules Massenet).

     

    Mais à défaut de chanter le rôle de Cléopâtre sur scène, la diva du jet set internationale  a incarné le personnage avec panache lors d’un bal costumé au Waldorf Astoria, organisé par la chroniqueuse Elsa Maxwell (qui a d’ailleurs présenté la Callas à Onassis). A cette occasion, la Callas a porté une couronne d’émeraudes d’une valeur de plus d’un million de dollars. 

      

      

    Dans le cas suivant, un nez raté est à l’origine d’un avenir professionnel fortement compromis :

     

    La soprano canadienne d’origine grecque Teresa Stratas (*1938) a engagé des poursuites judiciaires contre deux chirurgiens à qui elle reproche d’avoir raté une opération de son nez. Depuis cette opération, qui a eu lieu en septembre 1995, l’artiste soutient qu’elle souffre le martyre et qu’elle subit « la perte de sa carrière de chanteuse professionnelle ». Selon son avocat, Maître Harley, cette opération a considérablement réduit sa capacité respiratoire, indispensable pour une chanteuse internationale. Elle peut encore chanter, mais de manière limitée et ne peut plus interpréter les rôles qui l’ont rendue célèbre. (Source : Répertoire, juin 1998, Les indiscrétions de Stéphane Haïk)

     

    Le violoncelliste Mstislav Rostropovich a dit une fois à un élève : « Joue avec le nez, ça m’est parfaitement égal, mais tu dois atteindre l’expression suprême ».

    Ceci dit, je ne connais pas de violoncelliste qui joue avez le nez, par contre, il paraît que certains pianistes l’ont fait, et même très bien :

     

    Ainsi, l’anecdote veut que, lorsqu’il ne parvenait pas à plaquer un accord trop large, Franz Liszt a penché sa tête pour se servir de son nez comme d’un onzième doigt.

     

    Le mythique Glenn Gould  (1932-1982) a déclaré à la presse : « Mon agent est Walter Homburger. Il passe son temps à me dire qu’on a l’impression que je joue du piano avec mon nez, et il est ravi lorsque les journaux critiquent mes manières. (Source : sites.radiofrance.fr/francemusique/em/grandes-figures)

     

     N comme Nez

     

    Glenn Gould

     

    Plaisanterie à part (mais pas une certaine ambiguïté, vous comprendrez pourquoi), il existe un pianiste qui utilise réellement son nez pour travailler. Et je crois que le cas est unique au monde :

     

    Il s’agit du pianiste français d'origine marocaine Christophe Dies. Après l'obtention d'un premier prix de piano au conservatoire de Casablanca à l'âge de quinze ans, il a auditionné pour intégrer l'Ecole Normale Supérieure de Musique de Paris où il a étudié la musique auprès de grands professeurs (France Clidat, Danielle Laval) et obtenu avec succès ses prix de piano, musique de chambre et d'harmonie. Lauréat du concours international de jeunes pianistes de Mekhnès en 2001, il se produit à l'étranger, ainsi qu'à Paris comme en 2003 dans la célèbre salle Gaveau, invité par une association de jeunes musiciens et lors de soirées privées. Installé à Paris depuis dix ans, sa vie est rythmée par les concerts, les concours et l'enseignement. Son vaste répertoire s'étend de Bach à Messiaen avec une affection toute particulière pour l'oeuvre de Liszt. Avec l'encouragement du site KissKiss BankBank et l'enregistrement dans les studios du célèbre violoniste Didier Lockwood, il a vu, fin 2011, l'aboutissement de son album intitulé « Vision » - l’un  des premiers projets dans le monde de la musique classique entièrement financé par les internautes en 38 jours ! 

    Or Christophe Dies utilise son nez – non pas à la manière de Liszt comme onzième doigt au piano, mais en tant que - créateur de parfum. En effet, parallèlement à la musique, il a entrepris des études en parfumerie dans une prestigieuse école de la banlieue parisienne et travaille, parallèlement à sa carrière de pianiste, pour de grandes maisons de luxe – comme nez ! (un parfumeur, aussi appelé compositeur parfumeur ou nez) (Source : christophedies.blogspot.ch/)

     

    Si on connaît un tant soit peu de la littérature française, et qu’on parle du nez (que ce soit en nasillant ou pas n’a aucune importance), on pense immanquablement à Cyrano de Bergerac. Et comme Cyrano avec son nez anormalement grand est devenu, sous la plume d’Edmond Rostand, un archétype humain au même titre que Hamlet ou Don Quichotte, quoi de plus naturel alors que les compositeurs d’opéra se soient emparé de ce personnage au grand -  cœur :  

     

    Ainsi, Walter Damrosch (1862-1950), connu essentiellement comme chef d’orchestre du New York Symphony Orchestra et pour avoir crée le « Concerto en fa » ainsi que le « An American in Paris » de George Gershwin, a présenté en 1913, au Metropolitan Opera de New York, son « Cyrano », basé sur un livret de W. H. Henderson. Cet opéra, ainsi que ses autres œuvres, ne sont que très rarement jouées.

     

    Le compositeur italien Franco Alfano (1875-1954), est surtout connu pour avoir complété, en 1926, les deux dernières scènes de « Turandot », le dernier opéra de Giacomo Puccini. Alfano, l’un des compositeurs italien les plus francophiles qui fût, avait choisi d’écrire un opéra en français et son « Cyrano de Bergerac », l'un des derniers opéra de l'école vériste, sur un livre d’Henri Cain d'après Edmond Rostand, a été composé en 1935 et présenté, sous la direction de Tulio Serafin, en janvier 1936 à Rome, au Teatro Reale. Régulièrement repris depuis quelques années, notamment avec Placido Domingo dans le rôle-titre, cette oeuvre a été jouée en 2005 au Met de New York, en 2006 au Royal Opera House de Londres, en 2007 à Valence, en 2008 à la Scala de Milan et en 2009 au Châtelet de Paris. Mais son jeune collègue Roberto Alagna aussi s’est emparé de ce rôle pour le faire découvrir au Français, dans sa version originale de 1935, d’abord sur CD et DVD en 2003, puis à Montpellier en 2006 et à Séville en 2010 – en campant un personnage univoque, un peu trop Fanfan la Tulipe, très cape et épée, mais par contre suprêmement dit et chanté.

    (Source : Wikipedia)

     

    L’extrait suivant a été enregistré au Théâtre du Châtelet de Paris en 2009 avec, dans le rôle-titre, Placido Domingo, à qui le nez sied comme un gant, accompagné par l’Orchestre Symphonique de Navarre sous la direction de Patrick Fournillier :

      

      

     

     

    L’estonien Eino Tamberg (1939-2010) a écrit, en 1974, son opéra romantique « Cyrano de Bergerac » à l’aide d’un livret de Jaan Kross, d’après la pièce d’Edmond Rostand, en suivant la structure du début de l’opéra baroque.

     

    L’américain David DiChiera (*1935) compositeur et directeur général du Michigan Opera Théâtre, est l’auteur d’un « Cyrano » basé sur un livret de Bernard Uzan, présenté en 2007 par le Detroit Opera House en première mondiale, puis à Philadelphie en 2008 et au Florida Grand Opera en 2011.

     

     

    Quant à Cléopâtre, l’histoire de cette séductrice antique autoritaire et fine politique, comme chacun le sait, ne se termine pas bien - n’empêche que son nez, même s’il ne joue pas un rôle prédominant dans les œuvres qui lui sont consacrées, n’a pas fini de faire rêver :

     

    Carl Heinrich Graun (1704-1759), chanteur et compositeur allemand de musique baroque, a été nommé maître de chapelle par Frédéric le Grand en 1740. Il est l’auteur de « Cleopatra e Cesare », oeuvre qui a été présentée lors de l’inauguration de l’Opéra Italien de Berlin.

     

    « Cléopâtre », du fécond Jules Massenet (1842-1912), auteur de 25 opéras, a été crée à l'Opéra de Monte-Carlo le 23 février 1914, près de deux ans après la mort du compositeur. Bien que ce rôle ait été écrit pour la mezzo-soprano Lucy Arbell, il a été présenté en première à Monte-Carlo par la soprano Maria Nikolayevna Kouznetsova. L’opéra est peu joué et peu d’enregistrement sont disponibles.

     

    Hector Berlioz (1803-1869), a concouru 4 fois pour le prix de Rome, les quatre fois avec une cantate sur un texte donné par le jury. Il a échoué trois fois, en 1827 avec « La mort d’Orphée », en 1828 avec « Herminie », avec laquelle il a obtenu le second prix, avec « Cléopâtre » en 1829, mais le premier grand prix n’a pas été attribué cette année-là et Berlioz n’a remporté aucun prix. Avec « Sardanapale » par contre, en 1839, il a finalement obtenu le premier prix.

    Par la suite, Berlioz a détruit presque complètement les partitions de deux de ces cantates, « Orphée » et « Sardanapale » et réutilisé la musique de ses 4 cantates dans d’autres de ses oeuvres.

    Ironie du sort, un regain d’intérêt est apparu pour ces cantates à la fin du XXe siècle, particulièrement pour « Cléopâtre » qui est même devenue un classique pour les voix soprano et mezzo-soprano. (Source : Wikipedia)

     

    La scène lyrique « La mort de Cléopâtre » d’Hector Berlioz, sur un poème de Pierre Ange Vieillard, est interprétée par la grande mezzo-soprano Janet Baker. Le London Symphony Orchestra joue sous la direction d’Alexander Gibson. Cet enregistrement date de 1969.

      

      

      

    « Cléopâtre », à l’origine appelé « Une nuit en Egypte », est un ballet du danseur et chorégraphe russe Michel Fokine (1880-1942), créé en 1909 pour les Ballets russes, sur des musiques d’Anton Arensky, Alexandre Glazounov, Mikhail Glinka, Modeste Moussorgski, Nikolai Rimski-Korsakov, Sergei Taneyev et Nikolai Tcherepnine et des décors et costumes de Léon Bakst. L’oeuvre, qui a été présenté par Diaghilev au Théâtre du Châtelet avec les trois ballerines les plus célèbres de l’époque, Anna Pavlova, Ida Rubinstein et Tamara Karsavina, est restée au répertoire des Ballets russes jusqu’en 1929.

    (Source : myloc.gov/Exhibitions/balletsrusses/FokinesCleopatre)

     

    C’est en 2008, au cours du 44e festival d’opéra de Macerata, qu’a été représentée et filmée la rare « Cleopatra », un des opéras tardifs (1876) de Lauro Rossi (1810/1811 ou 1812-1885), qui a eu beaucoup de succès en son temps mais qui n’a quasiment plus jamais été joué pendant plus d’un siècle.

     

    « Antony and Cleopatra » de l’américain Samuel Barber (1919-1981) était une commande pour l’ouverture, en 1966, du nouveau Metropolitan Opera au Lincoln Center. La production élaborée de Franco Zeffirelli a été perturbée par de nombreux incidents techniques et a écrasée et obscurcie la musique de Barber, décriée par la critique comme étant sans énergie et sans originalité. Le rejet, par la critique, de cette musique que Barber a considéré comme étant parmi ses meilleures, a été à l’origine d’une profonde dépression du compositeur. Une version révisée, à laquelle son ami Menotti a collaboré, a reçu un succès modéré. (Source : Wikipedia)

     

    Et n’omettons pas, même si son nom ne figure pas dans le titre de l’oeuvre, la Cléopâtre de « Giulio Cesare in Egitto » de Georg Friedrich Haendel, l’un de ses opéras les plus brillants et ambitieux, crée à Londres en 1723 par la Royal Academy of Music, et dont la partition contient certains de ses plus précieux joyaux, comme les airs de Cléopâtre, tour à tour chants de séduction ou de lamentation.

     

    Mais venons donc au fameux nez de Chostakovitch, avec un petit détour cependant par une oeuvre antérieure qui a obligé le compositeur de  boucher son organe olfactif :

     

    La première oeuvre symphonique, écrite par Dimitri Chostakovitch (1906-1975) pour le concours de fin d'études, a été acclamée lors de sa création à Leningrad en 1926. L'année suivante, le gouvernement de l'URSS lui a commandé une symphonie pour fêter le dixième anniversaire de la Révolution d'octobre. Chostakovitch a accepté. Ainsi est née la deuxième symphonie appelée aussi « Dédicace à la Révolution d'octobre ». Cependant, Chostakovitch s’est plaint de la mauvaise qualité du texte qu'il a été censé mettre en musique : « ... j'ai reçu les vers de Bezymenski et ils m'ont fichu le moral à zéro. Ils sont très mauvais. Mais j'ai quand même commencé à composer en serrant les dents et me bouchant le nez » (lettre à un ami). Mais il est devenu par là-même un compositeur « officiel ».

    (Source : ac-creteil.fr/lycees/93/odegougesnoisyls/tpe_art_et_politique/chostakovitch)

     

    Tirée de la nouvelle éponyme de Nicolas Gogol, l’opéra « Le Nez » en 3 actes de Dimitri Chostakovitch (1906-1975), sur un livret de Ievgueni Zamiatine, Georgui Ionine, Alexander Preis et du compositeur, a été créé le 18 juin 1930 au Théâtre Maly de Leningrad. L'argument narre les mésaventures d'un fonctionnaire de Saint-Pétersbourg auquel son nez fausse compagnie pour mener sa propre existence. L'opéra a été écrit entre l'automne de 1927 et juillet 1928. En 1929, il a été critiqué par l'Association russe des musiciens prolétaires pour son « formalisme » (en jargon stalinien, son élitisme), et les premières critiques ont généralement été mauvaises. Il n'y a pas eu plus de seize représentations, et l'œuvre ne devait plus être jouée en Union soviétique avant 1974, quand Guennadi Rojdestvenski et Boris Pokrovsky l’ont réhabilité.

    Aujourd'hui, « Le Nez » est reconnu comme un chef-d'œuvre de la période futuriste du compositeur. Il contient un entracte entre le deuxième et le troisième tableau du premier acte qui est une pièce pour percussions seules, une des toutes premières de la musique occidentale, juste après la « Danse du crâne » (Schädeltanz) de « Ogelala » (1925) de Erwin Schulhoff, mais avant « Ionisations » (1929-1931) d'Edgard Varèse. (Source : Wikipedia)

     

    Voici l’intégrale de cet opéra, présenté par le Théâtre Mariinsky en octobre 2004, avec Vladimir Samsonov dans le rôle du major Kovalev. Direction musicale : Valery Gergiev, chef d’orchestre Pavel Smelkov :

      

      

     

     

    L’histoire suivante sort tout droit de l’imagination d’un auteur tchèque, néanmoins elle n’est pas moins crédible que bon nombre d’anecdotes qui circulent au sujet des musiciens et compositeurs – et qui souvent ne sont guère vérifiables :

     

    Le dernier livre achevé de l’écrivain tchèque Jiri Weil, « Mendelssohn sur le toit », a été publié une année après sa mort, en 1960. Durant l’occupation de Prague par les Nazi, Weil brosse le portrait d’un ambitieux officier S.S. qui a reçu l’ordre d’enlever la statue du juif Félix Mendelssohn du toit de la salle de concert de Prague. Toutefois, le toit était rempli de nombreuses statues de compositeurs renommés, mais aucune était étiquetée ou identifiée par un nom. Il devait donc déceler la statue de Mendelssohn. L’officier s’est alors rappelé de ce qu’il avait appris lors des cours de science raciale, soit que les juifs avaient tous de grands nez. Il a alors donné comme instructions aux ouvriers d’enlever la statue avec le plus grand nez. En assistant à la chute de la statue avec le plus grand nez du toit de la salle de concert, il a paniqué car il a découvert, malheureusement trop tard, qu’il s’agissait de la statue de personne d’autre que du fameux compositeur allemand Richard Wagner.

    Cette histoire cache une double ironie. Non seulement, Wagner n’était pas juif, il était au contraire un antisémite fanatique, qui a écrit d’impitoyables attaques contre les juifs, et en particulier contre les musiciens juifs. Rien de surprenant dès lors que Wagner était le compositeur préféré de Hitler.

    Dans ses écrits prolifiques, Wagner a même fait des commentaires forts dénigrants au sujet de Félix Mendelssohn. Il a essayé de prouver que la vie et le travail de Mendelssohn démontraient clairement qu’aucun juif, aussi talentueux, cultivé et honorable qu’il soit, pouvait créer un art capable d’émouvoir l’âme et le cœur.

    Ce qui est tragiquement apparent dans l’évaluation de Mendelssohn par Wagner, c’est que Mendelssohn, lui, était durant la plus grande partie de sa vie, un Luthérien pratiquant, alors qu’il est né de parents juifs, mais convertis  au christianisme.

    (Source :jewishvirtuallibrary.org/jsource/biography/Mendelssohn2.html)

     

    Et si vous n’avez toujours pas plein votre organe d’odorat de ces histoires de nez, continuons avec le plus célèbre parmi eux - celui de Pinocchio, personnage de fiction, héros d'un conte de fées moderne, dont l’entrée dans le monde de l’opéra est assez récente :

     

     

     N comme Nez

     

    L’organiste et compositeur italien Pierangelo Valtinoni (*1959) a composé en 2001 un « Pinocchio » sur un livret de Paolo Madron, une commande de l’Orchestre du Théâtre Olympique de la ville Vicenza, présenté au Théâtre Olympique de Vicenza. En 2006, une nouvelle version en allemand a été produite par le « Komische Oper » de Berlin, joué 13 fois pendant la saison 2006-2007, 9 fois pendant la saison 2007-2008 et 6 fois la saison suivante, puis dans une nouvelle production au « Staatsoper » de Hambourg, ensuite à Pala Bassano, au Opera Estate Festival Veneto et au Teatro Regio di Torino.

    (Source : boosey.com/cr/composer/Pierangelo+Valtinoni&ttype=Biography)

     

    « Les aventures de Pinocchio » est un opéra en 2 actes de Jonathan Dove (*1959), sur un livret d’Alasdair Middleton, basé sur le livre de Carlo Collodi. La production initiale a été présentée au Grand Théâtre de Leeds en 2007 ; elle comprenait quelques effets de scène très ingénieux et a eu recours à un orchestre symphonique, comprenant deux accordéons, un piano et des percussions. La première allemande a eu lieu à Chemnitz en 2008, la première en Amérique du Nord au Minnesota Opera en 2009 et la première russe au Teatr Sats de Moscou en 2011. (Source : Wikipedia)

     

    Tout le monde connaît « Pinocchio », le pantin de bois né de l’imagination du menuisier Gepetto : sa désobéissance, le chagrin qu’il cause à son père, ses mauvaises rencontres, son séjour dans le ventre de la baleine ou sa transformation en âne, avant qu’il ne devienne enfin un enfant sage. Mais c’est bien la première fois que l’on a tiré de ce chef-d’œuvre de la littérature italienne du XIXe siècle une version lyrique jazz qui se veut résolument contemporaine. Les quarante-deux jeunes adolescents, interprètes du Chœur de Scène du Créa (Centre d’éveil artistique) d’Aulnay-sous-Bois, s’emparent de la partition du compositeur, pianiste et chef d’orchestre Thierry Lalo et du livret de Christian Eymery pour vivre une quête incroyable faite de personnages improbables et de lieux insolites…

    Ce nouvel opéra-jazz s’est installé fin janvier-début février 2013 à l’Opéra de Paris, le temps de 5 représentations.

    (Source : theatresqy.org/saison/fiche_spectacle/pinocchio)

     

    Mais voici une dernière avant de s’endormir (si ce n’est pas déjà fait depuis longtemps !) :

     

    Un spectateur se présente pendant l’entracte chez le chef d’orchestre et lui raconte : « Pendant le concert, l’un de vos trompettistes s’est décrotté le nez ! »

    Alors le chef d’orchestre lui répond  laconiquement: « Vous voyez bien que chacun de nous sort le meilleur de lui-même. »

     

    A bientôt.

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    hamdibey
    Jeudi 14 Février 2013 à 19:46

    Bonjour Kilmann, merci pour ce voyage interessant sur le nez, j'aime bien ton style d'écriture, bravo.

    2
    hamdibey
    Dimanche 17 Février 2013 à 07:59

    Bonjour Kilmann, Non je ne savais pas...! Merci de m'avoir éclairé les idées. Je dirais que je n'ai pas "un bon nez" "rire"  Les plus beaux nez sont les moins visibles...Passes une belle journée du dimanche

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