• M comme (Musique) Mécanique

    En rédigeant ce billet, il n’était pas dans mon intention d’élaborer un traité de la musique mécanique, mais simplement d’y faire figurer le plus grand nombre d’instruments et d’œuvres concernés, les compositeurs ainsi que tout ce qui est touché de près ou de loin par ce terme un peu barbare de « mécanique », en m’efforçant toujours de ne jamais perdre le fil rouge de ce blog – qui est la musique classique.

    J’espère que vous prendrez plaisir à lire ce qui suit :

    A partir du moment où il a disposé des moyens techniques nécessaires à leur réalisation, l’homme a aussitôt commencé à construire des appareils capables de reproduire mécaniquement des sons, voire de jouer de la musique sans la présence d’un musicien.

    Ainsi, l’invention de l’orgue hydraulique, le premier orgue de l’histoire, est attribué à Ctésibios d'Alexandrie, un ingénieur né au IIIe siècle av. J.-C. D’autres savants de la même époque ont inventé des systèmes hydrauliques de production musicale, et les Grecs ainsi que les Romains auraient déjà construit des fontaines musicales imitant par exemple le chant des oiseaux. (Source : Wikipedia)

    Les premiers vrais instruments de musique mécanique ont été fabriqués à la cour du calife de Bagdad, au 9e siècle. Les Arabes, au contact avec les Grecs, ont appris les théories d’Archimède, puis développé et utilisé le cylindre équipé de pointes comme support musical. Et au 13e siècle, des marins hollandais ont apportés de Chine les premiers carillons, mis en vibration par un cylindre à pointes. (Source : aaimm.org/histoire)

    Plus tard, au 17e - 18e siècle, de nombreuses horloges ont été équipées avec des mouvements à flûtes ou à carillon; on a commencé à utiliser des serinettes afin d’apprendre des mélodies courtes aux serins (d’où son nom !) et autres oiseaux siffleurs, et les premiers orgues de Barbarie à tuyaux et à soufflets font leur apparition, fonctionnant aussi avec un cylindre pointé. (Source : larousse.fr/encyclopedie/musdico)

    En 1725, le français Basile Bouchon a inventé le papier perforé. Peu de temps après, en 1728, Jean-Baptiste Falcon a amélioré le système sous forme de cartes perforées reliées entre elles, qui ont d’abord été utilisées pour les métiers Jacquard et ensuite pour divers automates, en particulier les orgues de Barbarie et les pianos mécaniques. (Source : Wikipedia)

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    (Photo kilmann, prise au musée Baud, L’Auberson/VD)

    Un horloger Suisse, Antoine Fabre, a dépose en 1796 le brevet du peigne métallique, système de lames de différentes longueurs, accordées au son de la gamme et mises en vibration par le cylindre à pointes. Il a ainsi donné naissance à un nouvel instrument de musique automatique: la boîte à musique. (Source : musique.mecanique)

    Le succès de la musique mécanique a atteint son apogée au XVIIIe siècle. Des boîtes à musique, des montres, des horloges, des tabatières et de nombreux objets musicaux de plus en plus petits ont été réalisés à cette époque.

    A la fin du 19e et au début du 20e siècle, un nombre considérable d’instruments de musique différents a été mécanisé (pianos pneumatiques tel que le Pianola, violons, harpes, banjos, harmoniums, orgues à anches, accordéons, orgues etc.), qui ont repris les airs à la mode, classiques ou populaires, en utilisant toujours le même principe des bandes de carton ou de papier perforé. Une foule de ces instruments ont alors été installés avec un grand succès dans des lieux publics (cafés, salles de danse, fêtes foraines, etc.) et ont souvent été équipés d’un système à monnayeur pour leur mise en route.

    Pourtant, entre 1920 et 1939, les perfectionnements du phonographe électrique et la diffusion de la radio ont progressivement relégué ces instruments de musique mécanique dans l’ombre.

    Heureusement, des collectionneurs passionnés et des restaurateurs font revivre cette musique mécanique pour notre plus grand bonheur, et bon nombre de musées tant en France, en Allemagne et en Suisse exposent des boîtes à musique, des serinettes, des jeux de flûtes, des orgues de Barbarie, des pianos mécaniques et autres « machines à musique » en parfait état de marche. (Source : musique.mecanique.pagesperso-orange.fr)

    D’ailleurs, d’illustres compositeurs tels que Mozart père et fils, Haydn et Beethoven ont écrit des pièces spécialement adaptées à la reproduction mécanique :

    Ainsi, Leopold Mozart (1719-1787), père de Wolfgang Amadeus, publie en 1759 un bref historique d’un gros orgue à cylindre appelé le « Taureau de Salzbourg », pour lequel lui ainsi qu’un autre compositeur du nom de Johann Ernst Eberlin avait été chargés quelques années auparavant de noter 12 mélodies sur un cylindre. La partition des 12 airs notés, dans une transcription pour piano, accompagne ce texte. On apprend également que cet orgue commençait matin et soir par émettre un puissant accord qui ressemble au mugissement d’un taureau (d’où son surnom), produit par 138 tuyaux, avant de faire entendre sur un autre jeu de 125 tuyaux l'une des douze mélodies de son cylindre.

    Le « Taureau de Salzburg », qui a récemment été restauré, est installé dans la forteresse de Hohensalzburg. Son histoire remonte à 1502 et il s’agit probablement du plus vieil instrument de musique automatique du monde encore joué tous les jours. (Source : aaimm.org/spip/spip.php)

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    Léopold Mozart

    Quant à son fils, Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), il a composé en 1790 pour le comte Deym-Müller, qui possédait un orgue mécanique, la « 1ère Fantaisie en fa mineur », intitulée « Ein Orgelstück für eine Uhr », KV 594, le « Andante en fa » (für eine Orgelwalze), KV 616 et la fantaisie « Ein Orgelstück für eine Uhr », KV 608. (Source : orguesdevanves.org/saison-2010-2012)

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    W. A. Mozart

    Franz Joseph Haydn (1732-1809), maître de chapelle à la cour du comte Esterhazy, est l’auteur de 12 pièces intitulés « 12 Stücke für eine Flötenuhr », composés pour une horloge à flûte construite par le père Joseph Niemecz, alors bibliothécaire du même comte Esterhazy et inventeur amateur à ses heures perdues. (Source : uh.edu/engines/epi)

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    Réplique de l’horloge à flûte Haydn/Niemecz de 1792

    (Modèle MC-17 de Holmberg)

    La «Victoire de Wellington » op. 91 de Ludwig van Beethoven (1770-1827) a initialement été composée pour le Panharmonicon, un instrument mécanique reproduisant le son d’un orchestre entier, inventé par Johann Nepomuk Maelzel, musicien, ingénieur et inventeur allemand qui, en 1816, a également breveté le métronome traditionnel à pulsation audible. Maelzel, qui avait déjà rencontré Beethoven et crée différents outils pour l’aider dans son audition défaillante, lui a demandé en 1813 une composition pour l’inauguration de son Panharmonicon, afin de célébrer la récente victoire du duc de Wellington sur les armées napoléoniennes à Vitoria, en Espagne. Le succès de cette pièce était tel que Beethoven l’a retravaillé pour orchestre et publié quelque temps après avec le titre « Victoire de Wellington », op. 91. Cette partition pittoresque est ponctuée d’effets spéciaux qui imitent les bruits que l’on pourrait entendre sur un champ de bataille, en particulier 194 coups de canon. Beethoven a franchement reconnu qu’il s’agissait de musique de programme de la pire espèce, mais malgré sa médiocrité, cette œuvre était pourtant une des plus célèbres du musicien de son vivant.

    Beethoven s’est brouillé avec Maelzel quand ce dernier a imprimé fin 1813 des posters prétendant que cette « Symphonie de bataille » était sa propriété – un cadeau de Beethoven ! Et quand il a appris que Maelzel tentait même de s’approprier la partition orchestrée, il lui a intenté un procès, qui n’a d’ailleurs pas abouti, puisque Maelzel avait quitté Vienne entretemps.

    Maelzel est mort lors d’une tournée aux Etats-Unis. Le bateau sur lequel il se trouvait, un brick nommé « Otis », a sombré entre la Havane et Philadelphia, entraînant Maelzel ainsi que l’un des exemplaires du Panharmonicon dans les profondeurs. Quant au dernier exemplaire, qui a été conservé au Musée Industriel de Stuttgart jusqu'à 1942, il a été détruit lors un bombardement.

    A défaut d’un enregistrement de la version originale pour Panharmonicon, voici un extrait (la « Sieges-Sinfonie », Symphonie de la victoire) de la version retravaillée pour orchestre, enregistrée par l’Orchestre Philharmonique de Berlin, sous la baguette de maestro Karajan :

     

    L’Orchestrion de concert est un autre instrument de musique mécanique, qui peut imiter un orchestre complet à partir de rouleaux de papier perforé. Le plus célèbre est celui que Michael Welte, de la maison allemande Welte et fils, exposé en 1862 à l’exposition mondiale de Londres. Il jouait des symphonies de Beethoven, des ouvertures d’opéra, mais également des marches et de la musique de danse. (Source : Wikipedia)

    Basé sur les développements ultérieurs du Pianola, la même maison a produit en début du 20e siècle le piano reproducteur Welte-Mignon, appelé également « piano-fantôme », qui permettait d’enregistrer la musique jouée par un pianiste, en capturant le détail aussi bien que la dynamique, et de la reproduire telle que l’artiste l’avait physiquement interprétée, ceci aussi fidèlement qu’il était techniquement possible à cette époque. Et fait non négligeable –

    les pianistes avaient pour la première fois la possibilité de se réentendre!

    De nombreux enregistrements historiques de ces rouleaux existent aujourd’hui sur CD, nous permettant d’écouter des compositeurs du siècle dernier interprétant leurs propres œuvres, tels que Claude Debussy, Manuel de Falla, George Gershwin, Gustav Mahler, Ignace Paderewski, Sergei Prokofiev, Maurice Ravel, Camille Saint-Saëns, et des pianistes légendaires tels que Wilhelm Backhaus, Edwin Fischer, Joseph Hofmann ou Vladimir Horowitz, pour ne mentionner que les plus célèbres. (Source : Wikipedia)

    Dans ce contexte, un enregistrement très peu connu mérite d’être mentionné ici :

    En 1976, le chef d’orchestre américain Michael Tilson-Thomas a enregistré chez Columbia, avec la Columbia Jazz Band, une version de la « Rapsodie in Blue », en utilisant pour la partie piano la bande perforée de piano mécanique que le compositeur George Gershwin avait lui-même enregistré en 1925.

    Un système identique au piano reproducteur a d’ailleurs été produit quelques années plus tard pour orgue, sous la marque Welte Philharmonic Organ, sur lequel des organistes-compositeurs célèbres tels que Max Reger et Eugene Gigout ont également réalisés des nombreux enregistrements.  (Source : Wikipedia)

    Aussi, de nombreux compositeurs contemporains ont eu recours à des instruments de musique mécanique pour leurs œuvres, souvent avant-gardistes d’ailleurs:

    L'oeuvre la plus célèbre du compositeur d’avant-garde américain George Antheil (1900-1959), « Le Ballet mécanique », date de 1924. Le terme de « ballet » est quelque peu usurpateur, car le compositeur n’a pas prévu de chorégraphie à proprement parler sur sa musique, qui était initialement prévue comme bande sonore d’un film du même nom par le dadaïste français Fernand Léger et le cinéaste Dudley Murphy. Mais comme Antheil et les producteurs du film travaillaient séparément, ils ne se sont rendu compte que lors des premières séances de synchronisation que la musique durait deux fois plus longtemps que le film. Le projet a donc été abandonné. La première du film a eu lieu en 1924 à Vienne, sans la musique d’Antheil, bien que référence a été faite au « synchronisme musical de Georges Antheil » !

    Quant à la partition d’Antheil, la première version de 1924 a été écrite pour 16 pianos mécaniques, jouant 4 parties différentes, 4 grosses caisses, 3 xylophones, 1 tam-tam, 7 cloches électriques, une sirène, 3 hélices d’avion de différentes dimensions, ainsi que 2 pianos conventionnels. Mais jusque dans les années 1990, cette version n’a jamais été jouée, puisque la technologie pour relier et synchroniser plusieurs pianos mécaniques, bien que possible en théorie, s’est avérée irréalisable dans la pratique.  

    Afin de parer aux difficultés techniques, Antheil a donc rapidement remanié les parties pour piano, comprenant un multiple non spécifié de deux pianos conventionnels et un piano mécanique. Cette version, présentée en 1926 à Paris avec 10 pianos conventionnels, était un succès, mais en 1927, lors d’un concert fatidique au Carnegie Hall à New-York, elle a provoquée un tel fiasco technique et musical qu’elle n’a plus jamais été rejouée pendant plus de 60 ans. En 1953, après s’être établi comme compositeur de films à Hollywood, Antheil a révisé cette partition une nouvelle fois, en utilisant un ensemble très différent de 4 pianos, 4 xylophones, 2 cloches électriques, 2 hélices d’avion, des timbales, un Glockenspiel et une section de percussion. Cette version, plus resserrée et plus courte que les versions antérieures, est relativement souvent jouée et a plusieurs fois été enregistrée. Mais la carrière de George Antheil, en tant que compositeur « sérieux », n’a jamais vraiment été rétablie depuis la  débâcle de New-York.

    La première mondiale de la version originale du « Ballet mécanique » a finalement eu lieu, 75 ans après sa composition et 40 ans après la mort du compositeur, dans le hall de concert de l’Université de Massachussetts Lowell, le 18 novembre 1999, avec 16 Disklaviers Yamaha, commandés par un ordinateur avec séquenceur MIDI!  (Source : Wikipedia)

    La vidéo suivante réunit le film de Fernand Léger et la musique de George Antheil ; malheureusement, aucune mention n’est faite au sujet de la provenance de la bande sonore :

     

    Dans son « Etude N° 1 pour piano mécanique et bande magnétique » (Study N° 1 for Player Piano and Tape), l’inventeur et compositeur canadien Hugh Le Caine (1914-1977) compare le magnétophone et le piano, tous deux des appareils de reproduction musicale, du point de vue de leur traitement de la hauteur, du volume et du timbre. Le Caine a conçu une série de permutations de six motifs coupés dans le rouleau d'un piano mécanique à l'aide d'un scalpel. Les motifs, dont les hauteurs sont déterminées par une série de douze sons, sont joués dans le sens original et à rebours sur le piano mécanique et le magnétophone et sont transformés au moyen de changements de la vitesse de défilement de la bande. (Source : hughlecaine.com/fr/biography.)

    Les partitions du compositeur américain naturalisé mexicain Conlon Nancarrow (1912-1997) sont d’une telle complexité rythmique qu’un beau jour, il a décidé de se débarrasser des interprètes et de ne plus composer que pour une machine -  il n’avait tout simplement plus envie de se soucier de ce qui était jouable ou non par un instrumentiste.

    Après un séjour en Europe, ou il a travaillé en tant que trompettiste de jazz, et son engagement dans la Brigade Abraham Lincoln, constituée par des volontaires des Etats-Unis qui ont combattu pour la République espagnole contre Franco, Nancarrow a été déclaré persona non grata par les Etats-Unis, alors en plein maccarthisme. Il a donc émigré au Mexique et s’est installé à Mexico. Avec le pécule que lui a légué son père, il a acheté un piano mécanique comme il en avait connu et aimé dans son enfance et il a aménagé un atelier, dans lequel il a commencé à perforer lui-même les notes sur de longs rouleaux de papier dont il alimentait son automate. Reclus virtuel dans son atelier poussiéreux, ignoré du reste du monde, il a travaillé sur sa pièce maitresse: les «37 Etudes pour piano mécanique» (1950-1968), dont chaque étude est un exercice virtuose de contrepoint, influencé par Bach, Stravinski et le jazz, une partition éminemment savante que jamais aucun pianiste, aussi habile qu’il soit, aurait pu exécuter. Chacun des milliers de trous du rouleau de piano mécanique devait être perforé manuellement, et Nancarrow a estimé que dix heures de perforation correspondaient à huit secondes de musique.

    Nancarrow est devenu internationalement connu dans les années 70, après que Ligeti a entendu un microsillon avec sa musique et qu’il l’a désigné comme le plus grand des compositeurs vivants.

    Son nom reste associé à celui de la musique mécanique et à son unique interprète, un piano mécanique Ampico de 1927, restauré et amélioré par lui-même. A sa mort, il avait écrit 50 compositions. (Source : nancarrow.de)

    Jürgen Hocker, un des experts mondiaux d’instruments mécaniques et de leur musique, a interprété les « Etudes pour piano mécanique » avec son Ampico Bösendorfer Grand, restauré sous la supervision de Nancarrow,  dans toute l’Europe. Voici l’Etude N° 47 pour piano mécanique :

     

    « Les Noces », sous-titrées « Scènes chorégraphiques russes avec chant et musique », ont été composées par Igor Stravinski (1882-1971) entre 1914 et 1917, mais l'instrumentation n'a été achevée qu'en 1923. Généralement, c’est la dernière version de 1923 qui est présentée dans les salles, et dans laquelle Stravinsky utilise un ensemble de 4 pianos et 6 percussionnistes.

    Mais en réalité, cette œuvre existe en 3 versions, dont la première date de 1914-1917 et pour laquelle Stravinsky avait choisi 4 voix solistes (soprano, mezzo, ténor, basse), un chœur mixte ainsi qu’un grand orchestre comprenant plusieurs instruments à vent, quelques cordes, un grand nombre d'instruments de percussion et d'autres à cordes pincées ou frappées (cymbalum, harpes, piano, clavecin).

    En 1919 cependant, le compositeur a remis cette œuvre sur le métier et s’est alors tourné vers une instrumentation totalement différente. Il a maintenu le chœur et les 4 solistes, mais y a adjoint un petit ensemble formé d'un harmonium, deux cymbalums, un pianola (piano reproducteur) et des instruments à percussion. Pourtant, l’utilisation d’instruments mécaniques l’a confronté à des difficultés insolubles avec les moyens techniques de l'époque : « J'ai commencé une partition comportant des blocs polyphoniques entiers. Piano mécanique et harmonium mus à l'électricité, un ensemble de percussions et deux cymbalums hongrois. Mais là je me heurtai à un nouvel obstacle, à la grande difficulté pour le chef d'orchestre de synchroniser les parties exécutées par les musiciens et les chanteurs et celles des instruments mécaniques. Aussi bien cela me fit renoncer à cette idée, bien que j'eusse instrumenté de cette façon les deux premiers tableaux, travail qui me pris beaucoup de force et qui me demanda une grande patience, et tout cela en pure perte. »

    Ce n’est qu’en 1921 que Stravinsky, pressé par Serge de Diaghilev, mécène russe et fondateur des Ballets russes, a repris cette partition en main et qu’il a changé une nouvelle fois son instrumentation. Et c’est cette troisième mouture qui a finalement été présentée en 1923 à Paris, par les Ballets russes, dans une chorégraphie de Bronislav Nijinska (sœur du fameux Nijinski), sous la direction du chef d’orchestre suisse Ernest Ansermet - sans orchestre et sans instruments mécaniques, mais avec 4 pianos et 6 percussionnistes. (Source : Wikipedia)

    M comme (Musique) Mécanique

    Igor Stravinski

    Et voici quelques œuvres  qui sont soit inspirés par la musique mécanique, soit par la mécanique tout court, ou qui comprennent tout au moins le terme « mécanique » dans leur titre :

    La « Grand Pianola Music », une composition de l’américain John Adams (1947-) qui date de 1981-1982, est une œuvre pour trois voix de femmes amplifiées, 2 pianos, percussion, instruments à vent et cuivres. Il s’agit d’une synthèse créative de divers styles musicaux, dont la technique d’écriture pianistique lui a été suggérée par le fonctionnement de la bande magnétique et par l’effet « digital delay », grâce auquel un son peut être répété électroniquement en une fraction de seconde. La version pour deux pianos, sur lesquels deux pianistes jouent sensiblement le même matériel, mais l’un en décalage léger par rapport à l’autre, soit un seizième ou un huitième de note en retard, permet d’obtenir de l’écriture pianistique cet effet unique.

    De la « Grand Pianola Music », l’extrait suivant présente  le 3ème mouvement ;  tout simplement grandiose :

    Le romancier britannique Anthony Burgess (1917-1993), auteur du célèbre roman de science-fiction « Orange mécanique » (A Clockwork Orange), a d’abord été compositeur et s’il n’a pas obtenu, de son vivant, la consécration en tant que musicien, il n’en a pas moins toujours continué à composer. Il a laissé à sa mort un nombre impressionnant d’œuvres tels que des symphonies, des poèmes symphoniques, des concertos, des sonates, des opéras etc.

    L’adaptation filmée de l’ « Orange mécanique » de Stanley Kubrick, sortie sur les écrans en 1971, accorde à la musique classique un rôle extrêmement important, et on peut notamment entendre des extraits d’œuvres de Beethoven, Elgar, Purcell et Rossini. Les puristes rétorqueront aussitôt qu’une grande partie de ces œuvres est constituée d’arrangements ou même de compositions « à la manière de » de Walter (Wendy) Carlos et interprétée sur un synthétiseur. Mais même en excluant ces « pastiches », il reste toujours « La pie voleuse » de Rossini, le second et le quatrième mouvement de la « 9e Symphonie » de Beethoven, l’ouverture de « Guillaume Tell » de Rossini.

    L’introduction (ou le trailer, si vous préférez) du film « Orange mécanique » (en VOST) que j’ai pu dénicher est malheureusement coupée de manière très brutale – un peu à l’image du film d’ailleurs, qui ne fait pas dans la dentelle :

     

    Mais il y a mieux encore, car après la version de Kubrick, Antony Burgess a écrit en 1986 sa propre version musicale de L'Orange mécanique pour la scène, en s'inspirant, comme il se doit, de Beethoven, et qui se compose de 15 morceaux chantés par Alex et d'autres protagonistes du roman. Cette adaptation n'a été publiée qu'en 1987. Burgess entendait alors proposer une version plus satisfaisante que les nombreuses adaptations "sauvages" dont il avait entendu parler, et une version qui reprenne l'intégralité de son roman – ce que Kubrick n'avait pas fait.

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    Antony Burgess

    La « Symphonie mécanique » est un film expérimental de Jean Mitry (de son vrai nom Jean René Pierre Goëtgheluck Le Rouge Tillard des Acres de Presfontaines), crée en 1955, dont la bande sonore n’est pas constitué de musique mécanique, mais d’une œuvre électroacoustique très peu connue de Pierre Boulez (1925-), qui accompagne un ballet musical obtenu au moyen de formes mécaniques en mouvement. Le film a fait partie de la sélection officielle au Festival de Venise 1958 :

     

    Qualifié en son temps de « Symphonie mécanique  et visuelle », le film «La roue» d’Abel Gance (1923) est un des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma muet, pour lequel le compositeur suisse Arthur Honegger (1892-1955) avait écrit une partition dont est issu le mouvement symphonique « Pacific 231 », considéré comme l’une des première œuvres musicales dites urbanistes (ou futuristes), c’est-à-dire inspirées par la révolution technologique du début du XXe siècle.

    La vidéo suivante constitue un ingénieux montage d’éléments visuels de différentes sources, de bruitage sonore et de la musique de Honegger, interprétée par le Utah Symphony Orchestra sous la direction de  Maurice Abravanel :

     

    Mais la « Symphonie Mécanique » est également un spectacle imaginé en 2004 par François Delarozière, fabuleux inventeur de machines de spectacle de rue, et le compositeur Mino Malan. Il s’agit d’un concert extraordinaire où des machines à musique répondent à un véritable orchestre. En tentant d'ajouter une nouvelle famille d'instruments et d'interprètes à l'orchestre classique, ils façonnent, domptent et transforment ces machines en véritables musiciens. Cette œuvre musicale originale, accompagnée de musiciens plus « traditionnels », mêle ainsi différentes sonorités, des tons classiques de nos instruments habituels aux timbres plus mécaniques de ces engins endiablés. Cette étonnante symphonie s'installe en plein air ou sous un bâtiment industriel, et fait intervenir un nombre croissant de machines, toutes construites à partir de matériaux de récupération, actionnées par des techniciens comédiens, et des musiciens classiques de la ville d'accueil. On rencontre ainsi un surprenant Pastissophone, une Fontaine de cymbales et ses tringleries, une Centrale batterie, un Bassorobo, ou encore un Xylo à coudre... Outre des diffusions dans le monde entier, ce spectacle a été présenté à la Villette tout le mois de septembre 2008 –

    dont voici un extrait :

     

    Or le piano mécanique n’est pas seulement source d’inspiration pour de nombreux compositeurs, il a également mené un compositeur fort inventif sur la voie secrète du codage des transmissions :

    Ensemble avec son ami, le compositeur George Antheil (Ballet mécanique), la célèbre actrice américaine Hedy Lamarr (Extase, Angoisse, Samson et Delilah, La Dame sans Passeport) a déposé sous le nom de Hedy Kiesler Markey le brevet d'un système de codage des transmissions appelé étalement de spectre (Frequency-Hopping), pour lequel la commande des pianos mécaniques avait fourni l’idée. Ce système était alors proposé pour le radio-guidage des torpilles américaines durant la Seconde Guerre mondiale, mais le brevet disparaissait alors pour longtemps dans les tiroirs secrets de l’armée US. (Brevet des USA 2,292,387)2. La technique réapparut dans le domaine militaire dans les années 1960. De nos jours elle est par exemple utilisée par les systèmes de positionnement par satellites (GPS), les liaisons cryptées militaires, les communications de la Navette Spatiale avec le sol, et plus récemment dans les liaisons sans fil Wi-Fi 3. (Source : Wikipedia)

    M comme (Musique) Mécanique

     

    Hedy Lamarr et George Antheil

    D’autre part, ce même piano mécanique  continue à inspirer – même des peintres :

    L’artiste française Catherine Arnaud recherche entre autres l’interaction entre la peinture et la musique. Elle collabore avec des compositeurs tels que Costin Miereanu, dont les compositions sont transférées sur des rouleaux de partitions de piano mécanique. En même temps, Catherine Arnaud reproduit sur des surfaces peintes la structure géométrique et colorée des partitions qui ont en commun le fait d’être des créations pour piano mécanique. Au final l’œuvre s’entend et se voit. Et quand musique et peinture ne font qu’un, la mission de Catherine Arnaud est accomplie. (dont voici le iien: http://www.catherine-arnaud.com/index.php?option=com_content&view=article&id=7&Itemid=27)

    Mais pour clore ce billet, voici un petit hommage à celui qui a été le plus « mécanique » parmi les grands interprètes :

    On sait que le pianiste légendaire Arturo Benedetti Michelangeli ne jouait que lorsque toutes les conditions étaient réunies afin de lui permettre de donner le meilleur de lui-même. Aussi, il a annulé bon nombre de ses concerts, parfois en plein milieu, souvent parce que le piano n’était pas au niveau souhaité. En les comparant à des machines agricoles,  il ne cessait de ronchonner que « les bons pianos n'existent pas dans ce bas monde, ils sont peut-être au paradis. » Il a donc fini par transporter partout ses deux magnifiques Steinway que, tout au moins au début, il accordait lui-même (plus tard, il avait son propre accordeur et un assistant).

    On dit aussi qu'il le démontait comme le ferait un garagiste d'un moteur de voiture, et certains chefs d'orchestre se souviennent de pianos « littéralement en pièces détachées ». (Source : (FEMINA:  Musique; Arturo Benedetti Michelangeli)

    M comme (Musique) Mécanique

     

    Arturo Benedetti Michelangeli

    Sur ce, je vous dis, non pas mécaniquement, mais de manière tout à fait volontaire,  réfléchie et chaleureuse :

    A bientôt.

     


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