• F comme Feu (l'élément)

    Pour allumer le feu, sujet de ce billet, mais afin de ne pas faire feu de tout bois, je n’ai pris en considération que des exemples concernant le feu en tant qu’élément, en excluant  les métaphores aussi bien que tout symbolisme, qu’il soit de purification ou encore érotique ! Tant pis donc pour les amateurs d’exorcismes et de rites de purification, les érotomanes et tous les autres polissons, qui ne manqueront pas d’exprimer leur frustration en jetant feu et flammes. Mais je prends le risque !

    F comme Feu (l'élément)

    Photo kilmann

    Ceci dit, je mets d’entrée les pleins feux sur Tosca, héroïne de Puccini dont de nombreuses interprètes ont brûlé les planches, au propre aussi bien qu’au figuré :

    Ainsi, le baryton Tito Gobbi raconte dans ses mémoires comment, à la fin du deuxième acte, Maria Callas était sur le point de l’assassiner. Alors que Tosca s’approchait des bougies qui se consumaient sur le bureau de Scarpia, sa perruque a pris feu. L’homme s’est jeté sur elle, a fait mine de l’étreindre et a étouffé les flammes. Le rejetant d’abord par dégout, la Callas lui a chuchoté dans l’oreille: «Merci Tito...» - avant de l’assassiner ! (Source : Le Temps, Samedi Culturel, 2 juin 2001) 

    Voici la  scène en question, toutefois sans effet pyrotechnique distrayant:

    En 1973 à la Staatsoper de Vienne, Galina Vichnevskaïa a été surprise lorsque Kostas Paskalis - qui chantait Scarpia - l’a empoigné par les cheveux au lieu de tomber foudroyé par son coup de poignard. Convaincue qu’il était subitement devenu fou, elle a cherché à se défendre. Jusqu’au moment où elle a vu son postiche, en flammes, choir sur le sol. Heureusement, Placido Domingo était là: il a arrosé l’objet avec une carafe de « vin » posée par hasard sur la table de Scarpia. (Source : Le Temps, Samedi Culturel, 2 juin 2001)

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    Galina Vichnevskaïa

    Dans une autre production, toujours de la Tosca, c’est le metteur en scène par contre qui a joué avec le feu - et qui a provoqué des effets collatéraux plutôt inattendus :

    Lors de la pré-générale de la nouvelle production 2009 de l’Opéra National de Bordeaux, le metteur en scène Anthony Pilavachi a prévu une mise à feu de décors à la fin du premier acte. Pendant que Scarpia, interprété par Jean-Philippe Lafont, opérait un strip-tease dans l’église Sant’Andrea della Valle, le portrait de la Madone devait subitement prendre feu (ce qui n’a rien étonnant, puisque jamais auparavant la pauvre n’a été confronté à une telle abomination. Mais pardon, je voulais pourtant éviter tout symbolisme et toute métaphore) -

    tellement bien d’ailleurs que les alarmes incendies se sont déclenchées, ce qui a rendu indispensable l’évacuation de la salle. (Source : aqui.fr/cultures/une-grande-tosca-a-l-opera-de-bordeaux)

    Mais contrairement à ce que les exemples précédents pourraient laisser croire, Tosca n’est pourtant pas le seul opéra à jeter du feu, car tout en changeant de rôle et d’accessoire, l’héroïne suivante s’est montré tout autant  tout  feu tout flamme dans son rôle :

    La cantatrice britannique Susan Chilcott (1963-2003) était en train d’interpréter le rôle de Lisabeta dans « La dame de pique » de Tchaikovski quand une bougie, que le jeune officier Hermann utilise pour brûler une lettre d’amour, a mis le feu à la traîne de sa robe. Malgré les cris des spectateurs, elle a continué son air, ignorant le danger qu’elle était en train de courir. Un pompier, qu’elle prenait d’ailleurs pour un intrus, s’est alors avancé sur scène afin d’éteindre le feu avec un extincteur. D’après un porte-parole du Royal Opera House de Londres, l’incident est dû au fait que l’interprète de Hermann avait omis d’éteindre la bougie. Quand à Susan Chilcott, réflexion faite, elle a trouvé cet incident plutôt amusant ! La représentation a continué après une courte pause, et l’annonce « tout danger est écarté » a même provoque des rires dans l’audience !

    D’ailleurs, la compagnie ne renonce pas pour autant à l’utilisation de bougies pendant les spectacles. « Nous nous servons souvent du feu dans nos productions. A la fin du «Don Giovanni», quand celui-ci disparaît en enfer, il y a même une pyrotechnique extraordinaire. Or, nous mettons toujours des procédures très rigoureuses en place ». (Source : news.bbc.co)

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    Susan Chilcott

    Or le feu à l’opéra n’est pas uniquement source de frayeur et de dégâts. Pour certains spectateurs stoïques, il se produit même de façon très opportune. En voici la preuve :

    Le jeudi 6 avril 2010, un petit feu sur la scène du Metropolitan Opera House de New York était à l’origine de la ruée de plusieurs centaines de spectateurs vers les sorties de secours – sans que la représentation soit interrompue pour autant.

    Un spectateur a appelé le 911 parce que le mauvais fonctionnement d’une lampe sur scène a provoqué un dégagement de fumé. Pas moins de 60 pompiers se sont dépêchés sur place, mais leur intervention sur scène s’avérait parfaitement inutile. Selon le porte-parole de la maison, le revêtement en plastique de l’ampoule avait fondu, mais une interruption du spectacle ne s’avérait nullement nécessaire.

    Des centaines de spectateurs, dont de nombreuses personnes âgées avec des déambulateurs, ont pourtant été pris de panique en sentant l’odeur de la fumée et ont quitté la salle en catastrophe. Précipitation collective qu’un spectateur a ensuite commentée avec un brin d’ironie bien britannique : « L’odeur de la fumée a fait fuir un tas de gens. Mais c’était un petit feu de rien du tout. En revanche, par la suite, on avait beaucoup plus de place pour les jambes! (Source : nydailynews.com/ny local)

    Pour de nombreux compositeurs pourtant, le feu a une signification toute autre que seulement anecdotique, et la postérité ne connaîtra malheureusement jamais ni la qualité de certaines de leurs œuvres ni l’étendue de leur talent, puisqu’une partie, voire la quasi-totalité de leur production a sombré dans les flammes. Je vous laisse progressivement (après tout, il n’y a pas le feu au lac…) apprécier les pertes à déplorer. Ceci tout au moins quantitativement, car qualitativement, cela ne sera hélas possible que dans certains cas : 

    La première rencontre du jeune Johannes Brahms avec Robert Schumann, en 1853, a été, pour les parties intéressées, le début d’une phase singulière, mais inspiratoire à de nombreux points de vue. La même année, Schumann a perdu son poste de directeur du Musikverein à Düsseldorf, une des nombreuses irritations qui ont influencé le compositeur mentalement instable et qui ont finalement abouti dans la maladie mentale des années tardives. Schumann a continué à composer, entre autres cinq romances pour violoncelle et piano, dont nous n’avons connaissance que grâce aux descriptions du violoniste Joseph Joachim, qui les mentionne de manière détaillée dans une de ses lettres.

    Or la loyauté de Clara Schumann envers son époux s’est étendue jusqu’à des actes de destruction. Vers la fin de sa vie, après d’âpres discussions avec Johannes Brahms au sujet du contenu de quelques unes des compositions tardives de Robert, dont les cinq romances faisaient partie, elle les a jeté dans le feu afin d’éviter qu’à titre posthume, le souvenir du grand compositeur se trouve entaché par des compositions de moindre valeur. (Source : klassikakzente.de/aktuell/rezensionen/detail/article/75320/0/wahnsinn-und-wirklichkeit)

    Dès lors, et même si la curiosité nous titille, il ne nous reste qu’à accorder une confiance aveugle au jugement de Clara Schumann et Johannes Brahms, qui nous prive définitivement de ces cinq romances, apparemment si peu dignes du talent de Robert Schumann !

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    Clara Schumann, Robert Schumann et Johannes Brahms

    Le norvégien Johan Severin Svendsen (1840-1911) est entré dans l’histoire de la musique et de la littérature grâce à sa troisième symphonie. Après être tombé sur un bouquet de fleurs et une déclaration d’amour d’une admiratrice, son épouse jalouse a jeté le manuscrit fraichement terminé dans le feu. Ce drame familial n’a pas seulement servi de modèle à Henrik Ibsen pour son « Hedda Gabler », qui jette dans le feu la dissertation de son bien-aimé; mais il a également freiné de manière durable les mécanismes créatifs du compositeur : Svendsen, qui a occupé la fonction de directeur musical à l’opéra Royal de Copenhague jusqu’en 1908, n’a rajouté que quatre oeuvres à son répertoire, dans lequel il a attribué des opus à trente-trois titres. (Source : Fono Forum, février 1999)

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    Johann Severin Svendsen

    La musique de Kurt Weill (1900-1950), considérée par les Nazis comme « dégénérée », lui a valu de voir ses partitions condamnées au feu lors de l’autodafé du 10 mai 1933 à Berlin (Bebelplatz). Elles ont été brûlées ensemble avec des ouvrages, entre autres, de Bertold Brecht (co-auteur de « Grandeur et décadence de la ville de Mahagony », de « L'Opéra de quat'sous » et « Les sept péchés capitaux » »). Il n’était dès lors plus question de jouer ses œuvres en Allemagne et Kurt Weil a été contraint de quitter l’Allemagne pour la France puis, à partir de 1935, pour les Etats-Unis. (Source : Wikipedia)

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    Kurt Weill

    Le compositeur Alberic Magnard (1865-1914) est mort héroïquement et tragiquement au début de la guerre de 1914-1918. Il a été tué par des troupes allemandes avancées alors qu'il essayait de défendre sa maison, le manoir de Baron, qui à cette occasion a été réduit en cendres. Beaucoup de ses oeuvres ont alors disparus dans le feu ; tel que le manuscrit de deux des trois actes de « Guercoeur » et tous les exemplaires de « Yolande ». Guy Ropartz, son ami depuis le Conservatoire, a  reconstitué par la suite la partition de « Guercœur » à partir de la réduction pour piano déjà publiée et de ses souvenirs de la représentation du troisième acte qu'il avait dirigée en 1908. « Guercœur » a été représenté pour la première fois en 1931 à l'Opéra de Paris. (Source : Classic CD, septembre 1994 + Wikipedia)

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    La maison incendiée d’Alberic Magnard

    Il y a une raison majeure à la méconnaissance du compositeur norvégien Geirr Tveitt (1908-1981): l’incendie en 1970 de sa maison de campagne a détruit une grande partie de ses œuvres, soit environ 300 manuscrits originaux, pour la plupart non publiés, dont six concertos pour piano et deux concertos pour violon Hardanger (*) et orchestre. Toutes ces partitions étaient réduites en briques de papier roussi, déformés et inséparables. Jusqu’à sa mort, Tveitt ne s’est jamais remis de ce coup dur.

    « Prillar » par exemple, (1931, de Prillarhorn, instrument folklorique norvégien), sur des thèmes norvégiens (mais un folklore sublimé, comme chez Bartok), un vaste opus symphonique de 37 minutes, a été retrouvé dans une grange en 1990 et agencé en 1992 par le musicologue Jon Oivin Ness, alors que la « Symphonie du Dieu Soleil » (ou Rêves de Baldur, 1958) a été reconstituée par le compositeur Kaare Dyvik Husby, à partir d’un vieil enregistrement et les restes de partitions sauvées de la catastrophe. Mais la définition de la source des œuvres de Tveitt pose toujours de nombreux problèmes, car certaines compositions perdues dans le feu doivent être reconstruites sur la base d’enregistrements, alors que Tveitt les a continuellement retravaillées et qu’il en existe souvent plusieurs versions. (Source : Répertoire, juin 2001 + Wikipedia)

    (* Le violon Hardanger appartient au folklore de l'ouest de la Norvège. Seules les cordes mélodiques sont frottées, mais leurs vibrations entraînent celles des cordes sympathiques. Cet instrument accompagne les danses et chants villageois.)

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    Geirr Tveitt

    Je vous laisse découvrir le 3ème mouvement de son concerto N° 2 pour violon Hardanger et orchestre, interprété par Arve Moen Bergset, violon et l’Orchestre Symphonique de Stavanger sous la direction de Ole Kristian Ruud :

     

    Les oeuvres du compositeur tchèque Jan Dismas Zelenka (1679-1745) ont failli périr lors du terrible bombardement de Dresde qui a réduit cette ville admirable (la Florence de l'Elbe) en ruines fumantes la nuit du 13 au 14 février 1945. Les précieux manuscrits ont moins été victime du feu (bien des feuillets, noircis sur les bords, en portent cependant les stigmates) que de l'eau ayant servi à éteindre les flammes, et qui ont réduit à l'état de magma compact nombre de partitions. Par un patient travail de séchage et de radioscopie, on est parvenu à en sauver au moins l'essentiel, mais en cette tragique nuit, Ian Dismas Zelenka a bien failli mourir une seconde fois. (Source : Crescendo, décembre 1995 / janvier 1996)

    A défaut d’une peinture ou d’un croquis (il n’existe malheureusement aucun portrait de ce compositeur trop méconnu), je vous présente un tout petit aperçu de son talent avec le « Miserere » en do mineur ZWV57, interprété Il Fondamento-Paul Dombrecht :

     

    On ne sait que peu de chose du compositeur allemand Philip Heinrich Erlebach (1657-1714) et son œuvre est mal connue, puisque le feu qui a ravagé en 1735 le château des comtes de Schwarzburg-Rudolstadt a également détruit la collection des partitions d’Erlebach, que la cour avait acquise auprès de sa veuve après sa mort.

    Et pourtant, Erlebach était un personnage clef de la musique allemande du 17e siècle, ayant joué un rôle considérable dans le baroque moyen. En 1681, il a été nommé au poste de Kapellmeister de la cour de Thüringen, poste qu’il a tenu pendant plus de 30 ans jusqu’à sa mort en 1714. Pendant ce temps, il a bâti sa réputation comme un des grands compositeurs de l’Allemagne centrale. Malheureusement, après l’incendie de 1735 qui a détruit l’héritage entier, la postérité ne dispose plus que d’éditions publiées, de copies de manuscrits ainsi que d’un testament olographe écrit de la main d’Erlebach comme preuve de ses talents. A en juger d’après la large distribution de copies de manuscrits de la musique d’Erlebach, il a dû être très populaire – près de 90 de ses cantates sacrées existent, sur un total de plus de 400. Le matériel perdu comprenait également 24 messes et au moins 6 cycles complets de cantates pour l’année liturgique de l’église luthérienne. Mais Erlebach était également un auteur fécond de musique vocale profane, et son recueil «Harmonische Freude musicalischer Freunde » (La joie harmonieuse des amis musicaux), publié en 1697, comprends pas moins de 75 airs pour une à quatre voix.

    De même, parmi plus de 120 œuvres instrumentales qu’Erlebach semble avoir produit, seul 13 pièces subsistent, mais qui s’avèrent être des compositions exceptionnelles de par leurs puissantes idées rythmiques et leurs harmonies colorées d’inspiration française. (Source : answers.com/topic/philipp-heinrich-erlebach)

    Je vous laisse écouter « Wer sich dem  Himmel übergeben », cantate interprétée par le contre-ténor Andreas Scholl, accompagné par le Concerto di Viole et le Basel Consort. La visite vaut le détour, car il s’agit d’une voix magnifique et une d’musique véritablement sublime :

     

     

    Mais les accès de jalousie, les autodafés, les purges et les guerres ne sont pas les seules causes à l’origine de la destruction de tant de chefs-d’œuvre. Ainsi, le musicien suivant n’a pas hésité, pour des raisons de non-conformité, de saisir un brandon et de mettre le feu à la totalité de son travail :

    Harry Partch (1901-1974) est un compositeur et constructeur d’instruments de musique américain. Sa rupture décisive avec la tradition musicale européenne a  véritablement été consommée en 1930 lorsqu'il a brûlé l'équivalent de quatorze années de son travail de composition. Cet autodidacte « éclectique et visionnaire » a été parmi les premiers compositeurs du XXe siècle à faire un travail intensif et systématique avec des gammes musicales micro-tonales. Une grande partie de sa musique est destinée à des instruments préparés qu'il fabriquait lui-même, accordés selon une échelle musicale à 43 degrés.

    Son œuvre a influencé l'apparition de la musique minimaliste ainsi que d'importantes figures de la musique populaire comme Tom Waits ou Dr. John. (Source : Wikipedia + brahms.ircam.fr/composers/composer)

    F comme Feu (l'élément)

    Harry Partch

    Encore d’autres par contre, pour des raisons artistiques, ou encore purement vénales, ont carrément  poussé le feu avec des instruments de musique :

    Si le pianiste français René Duchable a choisi, en 2003, comme symbole de la fin de sa carrière « classique », de jeter à deux reprises une carcasse de piano (pas un vrai) depuis un hélicoptère dans les lacs d’Annecy et de La Colmiane (voir mon billet V comme Vol). l’artiste écossais contemporain Douglas Gordon par contre a choisi, en 2012, pour sa création « La fin de civilisation » (The End of Civilisation), de brûler un piano dans un coin perdu de la campagne cambrienne. Non pas une carcasse de piano, mais un vrai, et pas n’importe lequel, mais un piano à queue de la firme allemande Bechstein, dont le nom est, depuis plusieurs générations, synonyme d’excellence et au sujet duquel de nombreux compositeurs tels que Liszt, Wagner, Brahms, Debussy, Rachmaninov etc., ont exprimé leur plaisir à jouer de ces instruments si typiquement germaniques :

    « J’ai voulu créer quelque chose avec un piano dans un paysage d’une certaine signification et je suppose, en tant qu’Ecossais, qu’il n’y a rien de plus signifiant que la frontière. J’ai pensé qu’il est beau de regarder d’un pays dans un autre, et j’ai aimé l’idée que le mur d’Hadrien représente, selon une certaine interprétation, une grande fin de la civilisation. J’étais subjugué de me trouver dans un paysage d’une telle beauté et avec une histoire aussi incommensurable. » - Douglas Gordon –

    Quant au site choisi pour cet évènement, un coin isolé de la campagne cambrienne, au nord-ouest de l’Angleterre, il s’agit d’une étendue de pays d’un vert luxuriant qui surplombe la frontière entre l’Angleterre et l’Ecosse, jadis la frontière de l’Empire romain. Le piano, emblématique de la culture avancée, aussi bien en tant qu’instrument d’une manufacture de précision qu’en tant de bel objet sculptural, est détruit à la frontière primitive de la civilisation. Avec cette déflagration symbolique, Gordon a renoué avec une ancienne tradition locale en allumant des feux de signalisation en tant qu’avertissement ou de communication. Partiellement inspiré par les 2012 torches olympiques à travers les iles britanniques, « Fin de civilisation » est à la fois une célébration et un avertissement – le feu en tant que symbole d’optimisme et d’espoir, mais également en tant de risque, danger, et de destruction. (Source : gagosian.com/exhibitions/douglas-gordon--september-08-2012)

    Voici une vidéo de ce spectacle, projeté sur deux écrans, dont l’un montre le piano en flammes de près, depuis la mise à feu jusqu’à la réduction en cendres, tandis que sur l’autre défile le paysage environnant avec, occasionnellement, des bouts de flammes ou des panaches de fumée qui envahissent l’écran, unique indication que le paysage apparemment serein se trouve à proximité immédiate d’un incendie violent :

     

    Dans le peu d’espace qu’il s’est accordé dans la maison (de la banlieue de Tours), Jean Jude (collectionneur de pianos anciens) a placé en évidence la couverture encadrée du Petit Journal du 12 juin 1904. Intitulée « Autodafé de pianos », elle illustre et dénonce l’action des facteurs américains qui, en 1903, au congrès d’Atlantic City, ont fait l’acquisition de centaines de pianos anciens qu’ils ont érigé en pyramide avant d’y mettre le feu. Ces inconscients pensaient ainsi relancer l’industrie du piano neuf. (Source : Piano, Le Magazine,  N° 13 novembre/décembre 1999)

    F comme Feu (l'élément)

    L’anecdote suivant relate le cas d’un musicien contemporain qui a failli ne pas faire long feu du tout et de disparaître bien avant d’avoir pu composer sa première oeuvre :

    Une grande partie de l’enfance du pianiste et compositeur anglais John McCabe (1939-) était un combat contre la maladie, causée par un accident qui a failli lui être fatal: « Quand j’avais près de trois ans, je suis tombé dans le feu et j’ai été gravement brûlé. A la maison, nous avions une cheminée avec un immense pare-étincelles - qui était bien plus grand que d’habitude. Néanmoins, je l’ai escaladé et je suis tombé dans le feu, alors que personne ne se trouvait dans la pièce. J’ai donc été bien rôti et on m’a emmené à l’hôpital. Comme résultat, ma résistance aux infections a été complètement détruite. On m’a toujours dit qu’il suffisait que quelqu’un avec un rhume marche de l’autre côté de la rue pour que je l’attrape. » (Source: Classic CD, septembre 1999)

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    John McCabe

    Par contre, comme j’ai le feu aux trousses pour terminer ce billet, je cède maintenant la parole à Woody Allen, ceci malgré qu’il prête aux mélomanes (dont je suis) de bien mauvaises intentions:

    Au soir du 29 janvier 1996, vers 21 h 15, la Fenice a pris feu à cause, semble-t-il, d'un court-circuit. En une heure et demie, il ne restait plus du temple vénitien fermé pour travaux depuis plusieurs mois qu'une façade couverte de suie. Le toit du bâtiment s'est  écroulé sous les yeux de pompiers impuissants: l'assèchement provisoire des canaux entourant le théâtre autant que la déficience du dispositif anti-incendie (ironiquement en cours de réinstallation) ont eu raison de l'Opéra de Venise. La charge émotionnelle est lourde: victime, déjà, de deux sinistres, la Fenice subissait fin janvier le même sort que les théâtres de Bari et Barcelone.

     Le seul commentaire ironique au lendemain du désastreux événement, on le doit à Woody Allen. A l'occasion du Carnaval, le cinéaste était affiché pour un concert de réouverture le 1er mars prochain: « Etant donné que je devais bientôt y jouer de la clarinette, je ne vois qu'un mélomane pour avoir mis le feu à la Fenice »... (Source : Les larmes de Venice, Diapason, mars 1996)

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    Tout en étant, moi, mélomane jusqu’au bout des oreilles, tout chaviré tout bouleversé par autant de mauvaise foi et de médisance, je vous dis tout de même :

    A tout bientôt.


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  • Commentaires

    1
    Mardi 22 Janvier 2013 à 09:32

    Bonjour
    Je découvre ce blog par les biais des consultants de celui de MarioB ; je ne connais (presque) rien à la musique classique et je ne joue pas aux échecs, mais une rapide (pour l'instant) balade ici montre un homme cultivé (et ami de l'orthographe), c'est rare et j'aime ce monde. Par ailleurs, nous avons un point commun, même si je ne le pousse pas comme vous : vos titres à vous, alphabétiques, relèvent d'une contrainte carrément oulipienne ... je me contente, quant à moi, de plus simple, même si l'alphabet y est tout aussi fondamental.
    Bonne journée.

    2
    Mardi 22 Janvier 2013 à 22:06

    Merci,

    Nikole,

    de votre visite et de votre commentaire. Votre remarque au sujet de l'orthographe me ravit, car n'ayant appris le français qu'à l'âge de 25 ans, tout ne coule pas toujours forcément de source! Aussi, je fais doublement attention afin de ne pas heurter la sensibilité de tous ceux qui attachent une certaine importance (ou une importance certaine) à ce point (avec raison d'ailleurs). Quant à la contrainte oulipienne, elle s'est imposée tout naturellement, car je ne voyais tout simplement pas comment présenter autrement les anecdotes et faits divers réunis depuis des années. Sur mon blog précédent, l'ordre alphabétique de mes billets n'était pourtant pas respecté, car je ne voyais pas encore la nécessité. Or maintenant que je dois tout transférer sur EklaBlog par un fastidieux copier-coller (une migration n'était pas possible et la plateforme précédente a été liquidée en 3 semaines) - et acquérir en même temps une toute nouvelle audience (de mes 2000 lecteurs mensuels, une infime partie seulement a pu me suivre, faute d'avoir été informé à temps!),  l'occasion m'est donnée de présenter les 26 premiers billets dans leur ordre alphabétique, de A à Z. Et de les rafraichir et compléter. Tenez-moi les pouces très fort afin que tout celà ne soit pas peine perdue!

    Quant à votre blog, il est très attrayant pour la simple raison que je suis sensible autant aux textes qu'aux photos - et le tout chez vous est très recherché et très esthétique. Vous m'y verrez fréquemment!

    Bien à vous.

    Kilian

    3
    Pascal.Daleki
    Lundi 4 Février 2013 à 01:11

    Votre blog est une mine d'or pour les fans de musique classique, et vos articles sont très bien écrits...
    si je revois ce violoniste de rue j'essayerai de faire une vidéo pour avoir le son qui va avec la photo

    très bonne soirée à vous

    4
    Mercredi 13 Février 2013 à 17:38

    Merci de tout coeur, Pascal, pour votre commentaire encourageant. Au plaisir de vous revoir bientôt - chez vous ou chez moi!

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