• E comme Echec (et mat)

    Initié aux échecs par son père, Magnus Carlsen (né en 1990) a participé, à huit ans, à son premier tournoi. La percée est survenue en 2004: il n'avait que 13 ans quand il a battu l'ex-champion du monde Anatoli Karpov, acculé Garry Kasparov au nul, et qu’il est ainsi devenu Grand Maître. Alors, comme le cubain José Raul Casablanca avant lui (à l'âge de 12 ans, celui-ci a remporté un match contre le champion cubain Juan Corzo y Príncipe), ou encore comme l’américain Bobby Fischer (qui a remporté en 1956 le championnat des États-Unis junior, ce qui a constitué son premier réel succès, à 11 ans), la presse a unanimément désigné Magnus Carlsen comme le nouveau « Mozart des échecs ».

     Mais au fait, pourquoi le « Mozart » des échecs ?

     

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    Photo kilmann

     

    Les échecs, la musique et la mathématique sont les trois domaines dans lesquels surgissent depuis toujours des enfants prodiges, des adolescents de 12, 13 ou 14 ans qui font partie des meilleurs de leur domaine. Et Mozart qui, du haut de ses cinq ans, a commençé à composer de petits morceaux et s’est produit sur scène alors qu’il n'avait que six ans, est  incontestablement celui qui, dans la mémoire collective, représente l’archétype même de l’enfant prodige.

     Ceci explique donc delä !

     Une seconde question se pose alors tout aussi naturellement : Mozart était-il un adepte du jeu d’échecs ?

     Sur la base du registre de succession de Mozart, le musée de Vienne a en effet acquis une table pour les jeux de damier, tels que les échecs et le tric-trac. D’autre part, dans la Getreidegasse à Salzbourg, non loin de la maison ou Wolfgang Amadeus est né et ou il a vécu jusqu’à l’âge de 17 ans, se trouvait le fameux café Mozart, fermé en 1994 mais initialement le deuxième café le plus ancien de Salzbourg et qui a  longtemps hébergé le club d’échec le plus connu de la ville, le SSK Mozart.

     Tous ces indices laisseraient donc supposer une possible passion de Mozart pour les échecs.

    Que nenni !

    La manière de relaxation favorite de Mozart était le billard, et dans ses années tardives, dans le grand appartement de la Schulerstrasse, une chambre avait même été spécialement aménagée avec une table de billard (dont il ne subsiste malheureusement aucune trace) qu’il utilisait apparemment quotidiennement. Rapellons à ce sujet qu’une table de billard coutait à l’époque entre 100 et 500 Gulden (3000 – 15000 Euro). Et d’après les témoignages, celle de Mozart était excellente !

     Toujours est-il que si le petit enfant prodige, qui a joué au piano devant la cour de France, est devenu le compositeur le plus accompli de sa génération, il n’a jamais été quelqu’un d’autre que Wolfgang Amadeus Mozart.

    Or, chez les joueurs d’échecs, on peut parfois assister à une transformation pour le moins surprenante, comparable à la métamorphose d’une chrysalide en papillon. Tel a tout au moins été le cas pour Bobby Fischer, couronné « Mozart des échecs » à 14 ans par le Washington Post et qui, selon son biographe Frank Brady, s’est mué en quelques années en  « Beethoven des échecs » (notons en passant que Beethoven aussi vouait aux échecs une vraie passion). Mue spéctaculaire que le professeur Brady justifie avec les mots suivants :

    -          comme Beethoven, il a forcé le respect avec sa capacité créative hors du commun

    -          comme Beethoven, il a cultivé un talent à l’exclusion de tout autre chose

    -          comme Beethoven, il a suivi son propre chemin et entrait en rage quand on le contrait

    -          comme Beethoven, il était antipathique, négligé, méfiant, pas toujours éthique dans les affaires et t

               totalement en manque de contacts humains.

    Dès lors, et compte tenu de toutes les parallèles que Brady a su tirer entre les deux hommes, il est tout de même étonnant qu’il n’ait pas mentionné le fait que Beethoven et Fischer n’étaient non seulement du même rang dans la création de symphonies et leurs équivalants aux échecs, mais également dans leur biochimie alcoolique !

     Mais à part Mozart et Beethoven, il existe une multitude de musiciens et compositeurs férus du jeu d’échec, à tel point que je vais me limiter à un florilège d’exemples les plus intéressants et les plus anécdotiques :

    Paul Badura-Skoda (né en 1927), pianiste autrichien et joueur d’échecs passionné, se souvient de son premier contact avec le grand violoniste David Oistrach : « Oistrach n’était pas seulement un merveilleux violoniste, mais également un scientifique, humaniste, philosophe et un joueur d’échecs magistral. Quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois, il a exigé une semaine de répétitions. J’étais iinterloqué, car comment peut-on répéter une semaine entière pour Mozart seulement. Je me suis préparé en conséquence, finalement j’avais déjà de l’expérience avec des partenaires qui interrompent après chaque troisième note en disant : « Vous avez joué cette note un peu fort – ce rubato ne m’a pas plu – là, vous devez ralentir encore un peu ! » Je m’attendais à des réactions de ce genre, mais il n’en était pas question. Nous avons joué la sonate une fois – puis une seconde fois où je me suis adapté encore un peu plus à lui, et après la troisième fois, il n’y avait plus rien à répéter. Après deux jours, notre programme était prêt et nous avons passé les cinq jours restants à jouer aux échecs, à discuter de Dieu et du monde et de la vie en Union sovietique et en Autriche. (Source: oe-journal.at/Aktuelles)

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    Paul Badura-Skoda

    Le compositeur britannique Arthur Bliss (1891-1975), dont la création du « Concerto pour piano » a été donnée en 1939 à l'exposition internationale de New York avec Solomon au piano, était également un fervent joueur d’échecs. Il a même composé, en 1937, la musique et écrit le scénario en collaboration avec le chorégraphe Ninette de Valois, pour le ballet « Checkmate » (Echec et mat), donné en première au Théâtre des Champs-Elysée en 1937 et dont une production plus récente a été présentée en 1992 par l’ Australian Ballet. (Source: Wikipedia)

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    Arthur Bliss

    Voici un extrait du ballet « Checkmate »,  avec Margaret Barbieri dans le rôle de la Reine Noire et David Bintley dans le rôle du Roi Rouge.

     

    Le jeune Johannes Brahms (1833-1897) a rendu visite.à son protecteur Robert Schumann trois années avant la mort de ce dernier. A la question ce qu’il avait appris de son mentor lors de cette visite, Brahms a répondu en plaisantant: « Rien d’autre que le jeu d’échecs » ! (Source: chessbase.de/nachrichten)

    Le violiniste russe Adolph Brodsky (1851-1929), dédicataire du « Concerto pour violon en ré majeur » de Tchaikovski, originellement écrit pour Leopold Auer, mais que celui-ci a refusé de jouer en raison de sa difficulté, était un joueur d’échecs de première force. Il a déclaré un jour : « Jouer de la musique n’est pas affaire de penser, mais affaire d’émotion. Pour occuper sa matière grise, le musicien joue donc aux échecs, et que pourrait-il faire de mieux ? » (Source : chesshistory.com)

    L’innovateur américain John Cage (1912-1992) était un passionné d’échecs. Alors que dans ses compositions, il se fiait au hasard, aux échecs par contre, il était fasciné par la prévisibilité. En 1968, il a exécuté avec son ami Marcel Duchamp, l’un des meilleurs joueurs d’échecs de France et champion de Haute-Normandie en 1924, une performance nommée « Sightsoundsystem ». L’échiquier utilisé lors de cette performance, appelé « Reunion » et construit par Lowell Cross, compositeur d’œuvres electro-accoustiques et mulitmédia, ingénieur et constructeur d’instruments, possédait des contacts électroniques qui, lors de chaque mouvement, modifiaient la structure sonore d’un morceau de musique relié ou déclenchaient la projection d’une diapo. (Source : zeit.de)

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     Teeny Duchamp, Marcel Duchamp et John Cage à Toronto, 1968

    Le compositeur et chef d’orchestre Max Deutsch (1892-1982), qui a été l’élève d'Arnold Schönberg, à Vienne, avant la Première Guerre mondiale, a suivi ce dernier  à Amsterdam en 1921 et y est devienu son assistant. Le metteur en scène et fondateur du Théâtre d’Art de Moscou, Constantin Stanislavski, alors en tournée européenne, lui a commandé une œuvre: un petit opéra intitulé « Schach » (Echec), présenté à Berlin, puis à Vienne, en 1923, et dont la création française a servie à la réalisation d’un film par Mustapha Hasnaoui, diffusé sur Arte en avril 2000. (Source : concerts.fr)

    Le compositeur hongrois Ferenc Erkel (1810-1893), créateur de l’hymne national de sa patrie, était un joueur d’échecs internationalement reconnu qui, au tournoi de Londres de 1851, a gagné la partie contre le célèbre maître hongrois Joszef Szén. Il a également crée à Pest (aujourd’hui Budapest) le premier club d’échecs. (Source : Wikipedia)

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    Ferenc Erkel

    Le pianiste autrichien Friedrich Gulda (1930-2000) était un véritable fan des échecs. On prétend que lors du tournoi Kortschnoi-Patrossian, en 1980 à Velden, il aurait annulé un concert et laissé en carafe 1800 spectateurs afin de pouvoir admirer les deux matadors de près. (Source : emserchronik.at)

    Les deux frères suisses Paul (1887-1937) et Hans Johner (1889-1975) étaient des musiciens professionnels, mais également d’excellents joueurs d’échecs.

    Paul, violoniste, était six fois champion Suisse. Il a fété son plus grand succès lors du tournoi de Berlin en 1924, ou il a gagné devant les grands maîtres Akiba Rubinstein, Richard Teichmann et Jacques Mieses.

    Quand à Hans, violoniste au Tonhalleorchester de Zurich et enseignant au conservatoire, il a obtenu en 1950 le titre de maître international, était 12 fois maître national, a gagné 5 fois la coupe suisse, représenté son pays lors de 3 olympiades d’échecs et crée plus de 200 problèmes d’échec, en partie primés. (Source : Wikipedia)

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    Paul Johner

    Le pianiste russe Nikolaï Lugansky, né en 1972 à Moscou, est un interprète russe dans la meilleure acception du terme, avec tout ce que cela implique de grandeur expressive, de fiabilité technique et d'aisance musicale. Invité régulier des grandes salles de concert, Lugansky est également un joueur émérite d’échecs, qui a gagné le Championnat d’Echecs des Musiciens à Moscou : « C’est une combinaison de sport, de science et d’art où on transpose des tragédies et des comédies. Les échecs sont, au niveau de l’homme, ce que la musique est au niveau de l’esprit : la preuve absolue de l’existence de Dieu ! » (Source : lugansky.homestead.com/files/Lemonde)

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    Le violoniste et compositeur autrichien Fritz Kreisler (1875-1962) emportait constamment un jeu d’échecs de voyages dans ses bagages afin de pouvoir s’adonner à sa passion dès qu’il en avait l’occasion.

    Enfant prodige, Kreisler savait lire la musique à l’âge de 3 ans ; à 7 ans, il est devenu le plus jeune élève à être admis du conservatoire de  Vienne et à 14 ans, il a effectué sa première tournée aux Etats-Unis, avec Moritz Rosenthal. Cette tournée, bien que couronnée de succès dans l’ensemble, ne lui a pourtant pas apporté la renommée qu’il s’était imaginé. De retour à Vienne, il a alors mis la musique entre parenthèses pour plusieurs années afin de terminer ses études au gymnase des Piaristes, ensuite pour des études de médecine à l’université de Vienne. Selon le musicologue et historien Louis Biancolli, Kreisler avait dans ces jeunes années des idées assez curieues sur sa future carrière, en envisageant d’opérer un patient dans la matinée, de jouer aux échecs dans l’après-midi, de donner un concert dans la soirée et (en anticipant une glorieuse carrière militaire) de gagner une bataille à minuit ! En 1894, Kreisler s’est engagé pour une année dans l’armée autrichienne, et c’est là qu’il est revenu à la musique (pour atteindre la célébrité que l’on sait), car ensemble avec son officer en commande, il a parfois donné des récitals de musique pour les autres officiers ! (Source : encyclopedia.com/doc)

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    Fritz Kreisler

    Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847), qui vivait alors depuis dix ans à Leipzig, a adressé le 21 septembre 1845 l’invitation suivante à des amis musiciens : « Pour autant que je le sache, la répétition a lieu dimanche à l’heure habituelle. En cas de changement, je vous avertirais encore ; si non, tenez-le pour dit. Et nous pourrions peut-être encore jouer une partie d’échecs au Rosenthal! »

    Le violoniste Yehudi Menuhin (1916-1999) était aussi bien considéré comme un enfant prodige de la musique que des échecs. A l’époque où il vivait en France (il s’est installé à Paris en 1927, à 11 ans) il jouait régulièrement aux échecs avec son voisin, le jeune Boris Vian. Et à 12 ans, après un concert à l’opéra de Paris, le jeune Menuhin a surpris les journalistes en donnant des interviews pendant qu’il jouait aux échecs ! (Source : news.google.com/newspapers)

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    Yehudi Menuhin

    Le célèbre pianiste, chef d’orchestre et compositeur Moritz Moszkowski (1854-1925) a donné des concerts dans toute l’Europe et a été invité plusieurs fois à diriger le philharmonique de Londres. Bien qu’il ait récolté le succès et la fortune en tant que pianiste, il a écrit une fois malicieusement dans une lettre adressée à un ami: « Je sais jouer au billard, aux échecs, aux dominos et au violon », puis il a rajouté qu’il savait également imiter les canaris ! (Source : pro-piano.stores.yahoo.net/moszkowski)

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    Moritz Moszkowski

    Francois André Danican Philidor (1726-1795), surnommé le Grand, issu d'une dynastie de musiciens célèbres au XVIIe et au XVIIIe siècle, était un homme de talent. En sa qualité de compositeur de la cour de Louis XV, il a fait partie des musiciens éminents de son temps. On dit de lui qu’il était le premier compositeur à avoir été appelé devant le rideau par le public parisien.

    De surcroît, il était de loin le meilleur joueur d’échecs à l’horizon. Ainsi, en 1747, il a été le brillant vainqueur de Philippe Stamma, dit « le Syrien », ce qui lui a valu d'être considéré comme le premier « Champion du monde », et à 23 ans, il a publié « L’analyse du jeu des échecs », manuel qui a fait référence jusqu’au milieu du 19e siècle.

    Sa célébrité en tant que joueur d’échecs a été telle qu'elle a dépassé les frontières du royaume et qu'il est devenu un invité privilégié, puis un éminent professeur du très fermé «Saint James Chess Club» de Londres, où iI y a gagné sa vie en donnant des tournois, en menant de front plusieurs parties en même temps et en jouant à l'aveugle.

    Mais avec sa musique également, Philidor a réussi à franchir les frontières et à prouver qu’il était à la mode en tant que compositeur. Arbitrairement, je ne mentionnerai comme exemple que son opéra « Tom Jones » dont la première version, basée sur un livret d’Antoine-Alexandre-Henri Poisenet et donnée en première en 1765 à la Comédie Française, a été un échec. La nouvelle mouture par contre, du librettiste Jean-Michel Sedaine, s’est avéré un des opéras comiques les plus populaires de la fin du 18e siècle -

    présenté en 1776 déjà à Lausanne ; ville ou il a de nouveau été mis en scène 230 ans plus tard, en 2006, sous la direction de Jean-Claude Malgloire, à l’opéra de Lausanne! (Source : Wikipedia + Le Temps, janvier 2006)

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    François André Danican Philidor

     Le violoncelliste russe Gregor Piatigorsky (1903-1976), considéré comme le meilleur violoncelliste du monde après Pablo Casals, adorait jouer aux échecs et son épouse Jacqueline a même joué lors de différents championnats américains et représenté les Etats-Unis lors des Olympiades d’Echecs pour femmes. En 1963, les Piatigorsky ont organisé et financé, à Los Angeles, un tournoi international, gagné par Paul Keres et Tigran Petrosian. Deux des plus grands tournois jamais organisés aux Etats-Unis dans les années 60, la coupe Piatigorsky, sponsorisés par la fondation Piatigorsky, qui ont eu lieu en 1963 (Los Angeles) et en 1966 (Santa Monica), étaient considérés comme les plus difficiles depuis New York 1927. Les prix en liquide etaient parmi les plus élevés jamais remis lors d’un tournoi, tous les joueurs étaient assurés d’un prix et tous les frais de voyage et de logements étaient pris en charge ! (Source : Wikipedia)

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    Boris Spassky, Gregor Piatigorsky and Mrs Piatigorsky, Bobby Fischer,

     Piatigorsky-Cup 1966

    Le compositeur russe Sergueï Prokofiev (1891-1953) était non seulement un modèle d’assiduité, qui travaillait tout les jours, de façon régulière, mais également un véritable maniaque des échecs, jeu qu’il avait appris à l’âge de 7 ans déjà. Il prenait toujours plaisir de jouer contre un bon adversaire et était fier de ses victoires, il organisait des compétitions à son domicile à Saint-Petersbourg avec des prix pour les nombreux participants et fréquentait des champions du monde tels que José Raúl Casablanca et Mikhail Botvinnik.

    Dans des parties simultanées, il avait gagné entre autres contre Casablanca (champion du monde de 1921-1927), Lasker (le seul champion du monde allemand – champion du monde de 1894-1921) et Rubinstein (vers 1913 le meilleur joueur monial, le « Spinoza » des échecs).

    En 1937, il a joué un match contre le violoniste David Oistrakh, autre excellent joueur, que ce dernier a gagné de justesse avec 3 ½ - 2 ½.

    Mais Prokofiev a eu d’autres illustres partenaires de jeu, tels que le compositeur Dmitri Schostakowitsch et le chef d’orchestre Kiril Kondrachine. D’ailleurs, l’idée du ballet « Roméo et Juliette » est initialement venue de Sergej Radlov, directeur artistique du Kirov (maintenant le Mariinsky) aux alentours de 1934. Il a développé le scénario ensemble avec le critique de théâtre Adrian Piotrovsky et a commandé la musique à l’un de ses partenaires d’échecs favori : Sergueï Prokofiev, qui jamais auparavant avait composé pour un ballet entier.

    Mais bien que Prokofiev portait le jeu d’échecs en très grande estime et qu’il était un excellent joueur, qui a remporté de nombreuses victoires sur des partenaires de très haut niveau, il est certain qu’il plaçait malgré tout l’art de la musique bien au-dessus de l’art des échecs. La preuve : après que le champion mondial Botwinnik lui a dit une fois qu’à son avis, l’art des échecs équivalait à l’art de la musique, il ne lui a plus adressé la parole pendant une année ! (Source : Wikipedia + sprkfv.net/journal/three02/thegame)

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    Photo emblématique du compositeur Sergueï Prokofiev devant un jeu d’échec,

    avec une de ses partitions au premier plan.

     Peter Petrovich Saburov (Sabouroff) (1880 - 1932) était un maître d’échecs russe et président du réputé club d’échecs de Saint-Petersbourg. A l’âge de 20 ans, il avait terminé son cursus au lycée impérial, de 1901 à 1904, il a été employé au Ministère des Affaires etrangères et les 2 années suivantes dans les bureaux de la chancellerie d’Etat. En 1906, il s’est retiré de la fonction publique et en 1909, il a entamé des études de composition musicale au conservatoire de Saint-Petersbourg.

    Au début du 20e siècle, il a participé à plusieurs tournois à Saint-Petersbourg, à Ostende et à Nuremberg. Il a fait partie des organisateurs des tournois internationaux de Saint-Petersbourg de 1909 et de 1914, gagné par Emanuel Lasker. En 1918, alors président de l’association russe des échecs, il se trouvait toujours en Russie, mais à cause de la police bolchévique, il a du s’enfuir en Suisse où il est mort, en 1932, à Genève.

    Saburov a composé une “Symphonie d’amour” (Love Symphony) pour orchestre, dont la première a eu lieu le 6 mai 1925 au « Concert classique » de Monte Carlo. Le Scherzo (troisième partie) de la symphonie s’appelle « Jeu d’échecs simultanés » (Simultaneous Games of Chess). (Source : Wikipedia)

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    Peter Petrovich Saburov

    Au début de sa carrière, on a conseillé au russe Wassili Smyslow (1921-2010) d’abandonner le jeu d’échec et d’envisager son avenir en tant que chanteur d’opéra au théâtre du Bolchoï à Moscou ! Or Smyslow a tout de même été candidat au championnat du monde à huit reprises (en 1948, 1950, 1953, 1956, 1959, 1965, 1983/84 et 1985) et entre 1952 et 1972, il a remporté dix-sept médailles individuelles ou par équipe (dont treize en or) lors de neuf olympiades qu'il a disputées avec l'équipe d'URSS, devenant ainsi le joueur le plus titré des olympiades. Et il a été champion du monde en 1957 !

    Excusez du peu !

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    Wassili Smyslow

    Le compositeur autrichien Arnold Schoenberg (1874-1951), dont l’influence sur la musique du XXe siècle a été considérable, vouait également une véritable passion aux échecs, a tel point qu’il a crée, en 1920, son propre jeu, l’échec de « coalition », dont il a fabriqué lui-même les figurines ainsi que le plateau. Dans la variante de son invention, les négociations et les alliances entre les grandes puissances sont une partie importante de la stratégie, et il met en jeu les moyens de combat les plus modernes tels que des avions et des sous-marins. Contrairement à l’échiquer traditionnel, celui de Schoenberg est composé de 10 cases sur 10, et les figurines habituelles sont remplacées par des moyens de guerre : Roi, Avion, Sous-marin, Tank, Artillerie, Ingénieur, Motocycliste, Mitrailleuse et Garde. De plus, il y a quatre parties de guerre au lieur de deux, soit en haut, en bas, à droite et à gauche. Ce qui constitue d’ailleurs une référence à la plus ancienne forme hindoue du jeu, le jeu d’échecs à quatre. (Source : freiklick.at)

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    Echec de coalition d’Arnold Schoenberg

    Le compositeur et pianiste allemand Robert Schumann (1810-1856) était un joueur d’échecs enthousiaste. Le musée « Robert-Schumann-Haus » à Zwickau est en possession de son jeu d’échecs de voyage, acquis par la ville de sa fille Marie, en 1926, et de très nombreux documents traitent le thème « Schumann et les échecs ». Dans ses journaux, il a enregistré de nombreuses parties qu’il a joué et son ami Hermann Hirschbach, partenaire de jeu et collaborateur au « Nouveau Journal de Leipzig pour la Musique », est également le fondateur du « Journal allemand des échecs » (1846).

    D’ailleurs, Schumann était d’avis qu’une relation symbolique existait entre les échecs et la musique. Selon lui, la dame, pièce avec la plus grande liberté et la plus grande force, représente la mélodie ; le roi par contre représente l’harmonie et constitue ainsi l’autorité finale.

    De la fascination qu’éprouvait Schumann jusqu’à la fin de sa vie pour ce jeu témoignent également les protocoles médicaux de la maison de santé à Bonn-Endich, ou il a été interné après sa tentative se suicide. (Source : schumannzwickau.de/news)

    Wilhelm Steinitz (1836-1900), admirateur inconditionnel de Wagner,  était un joueur d'échecs autrichien naturalisé américain en 1888 (à cette occasion il a officiellement changé son prénom en William). Il est le premier champion du monde officiel des échecs et il a, le premier, étudié scientifiquement le jeu d'échecs pour en dégager les règles de stratégie. À ce titre, il est considéré comme le père des échecs modernes.

    Un jour, au club d’échecs de Vienne, Steinitz a joué quelques parties avec un inconnu. Quand tard dans la nuit, ce dernier a pris congé de lui en disant qu’il devait se rendre le lendemain matin à Bayreuth où il faisait partie de l’orchestre du festival en tant que violoncelliste, Steinitz s’est écrié : « Alors vous verrez Richard Wagner ! Dites au maître que moi, en tant que champion du monde, je le porte en plus haute estime que Mozart et Beethoven – et même, que je considère sa musique comme le sommet de l’art ! »

    Comme le hasard fait souvent bien les choses, quelques semaines plus tard, les deux hommes se sont à nouveau rencontrés au club d’échecs.

    « Avez-vous transmis mes paroles à Wagner ? » s’est immédiatement enquéri Stamitz. Le violoncelliste répondait alors en faisant un signe de tête : « Oui, et le maître m’a répondu : Votre Steinitz comprend probablement autant de la musique que des échecs ! » (Source : Schachecke.de)

    Le compositeur allemand Richard Strauss (1864-1949) était un très bon joueur d’échecs. Lors d’une partie, en 1906, il a trouvé une combinaison qui aurait fait honneur à un grand maître.

    Le grand maître Mark Taimanov (né en 1926) faisait partie, dans les années 1950, des meilleurs joueurs d’échecs du monde. Parallèlement il formait, avec son épouse Lioubov Brouk, un duo de piano de grande renommée qui a donné, dans les années 1950 et 1960, de nombreux concerts dans les pays du bloc soviétique. Bien que leurs noms soient nettement moins connus à l’Ouest, le fait que Philips + Steinway a édité un double CD avec des enregistrements du duo Brouk-Taimanov dans la série des « Grands Pianistes du XXe siècle » mérite tout de même d’être mentionné ici.

    A la question comment il pouvait poursuivre simultanément deux carrières d’un si haut niveau, Taimanov a répondu : « Je n’ai jamais mélangé mes deux professions, mais j’ai toujours changé entre les deux. Quand je donnais des concerts, je me reposais des échecs, et quand je jouais aux échecs, je me reposais du piano. Ma vie entière n’était donc qu’un unique grand congé !

    La lourde défaite que Taimanov a subi en 1971, lors du match des candidats au championnat mondial contre Bobby Fischer, a terriblement embarassé le gouvernement sovietique, qui a jugé « impensable » que l’on puisse aussi bêtement perdre un match contre un américain sans une « explication politique ». Non seulement « on » lui a alors supprimé son salaire, mais la participation aux tournois en Occident lui a été inderdite et de surcroit, il a été déchu de son titre de Maître ès-sports de l'URSS ; titre qu'il n’a récupéré qu'en 1991 quand les autorités ont enfin daigné lui « pardonner » et de lever les sanctions contre lui ! (Source : chessbase.de/nachrichten + Wikipedia)

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    Mark Taimanov avec Vasiliy Smyslov à Londres

    Une boutade veut que le pianiste, professeur et compositeur allemand Rudolf Heinrich Willmers (1821-1878), à peu près totalement ignoré de nos jours mais un des meilleurs pianistes de son temps, a joué de la musique et composé des problèmes d’échecs ! On dit de lui que lors d’un concert à Copenhague, il s’est arreté soudainement en plein milieu du « Carnaval » de Schumann, a écrit quelque chose sur sa manchette, puis a continué la pièce interrompue. Quand il a été questionné plus tard  au sujet de cet incident, il a expliqué qu’il était occupé depuis une semaine avec un problème d’échec assez difficle et que la solution lui était soudainement apparue comme un flash : « Je devais noter cette idée pour libérer ma tête et pouvoir me concentrer à nouveau sur mon jeu ! » (Source: www.emserchronik.at)

    Le polonais Johannes Hermann Zukertort (1842-1888) était un véritable phénomène du monde échiquéen. Pendant ses études de médecine à l’université de Breslau (il prétendait plus tard avoir obtenu le diplôme, ce qui a pourtant été contesté), il a rencontré le champion du monde officeux Adolf Andersen qui lui a transmis la passion du jeu d’échecs. Dès lors, plus rien d’autre n’a existé pour Zuckertort, alors que de surcroit, il était également un pianiste de grand talent, critique musical pendant un certain temps, extrêmement cultivé et parlait couramment une dizaine de langues.

    Pendant la Guerre franco-allemande de 1870, il a servi comme officier dans un régiment d'infanterie, où il avait la réputation de loger une balle de pistolet dans un as de jeu de cartes à 15 pas! Il a d'ailleurs été décoré pour avoir été le seul officier survivant de son régiment lors de la célèbre bataille de Gravelotte en Lorraine.

    Revenu à la vie civile, il a méné une vie de bohème des échecs en changeant plusieurs fois de nationalité et en collectionnant les victoires en tournois européens: Cologne-1877, Paris-1878, Londres-1883 et 1887. Il a affronté aussi en matches quelques grands joueurs d'Europe qu'il a tous battu. Convaincu qu'il pouvait enfin rencontrer et vaincre le grand Steinitz, devenu son ennemi juré, il a renouvelé son défi en 1886.

    Le match au sommet, considéré comme le premier championnat du monde officiel des échecs, s’est déroulé aux États-Unis et Zukertort était bien prêt de réaliser le rêve de toute sa vie. Mais alors qu'il a mené le match, Steinitz a réussi à le rejoindre petit-à-petit, puis à le battre cruellement dans les deux dernières parties. Zukertort, semble-t-il, ne s’est jamais relevé de cette défaite cuisante (5+ 10- 5=); il est mort deux ans plus tard, ayant complètement changé, donnant l'image d'un homme défait et au moral brisé. (Source : Wikipedia

    E comme Echec (et mat)

    Johannes Zukertort et Wilhelm Steinitz

    Compte tenu du nombre élevé de joueurs d’échecs parmi les compositeurs, rien d’etonnant alors que certains d’entre eux aient cherché (et trouvé) leur inspiration musicale dans leur passe-temps favori :

    Ainsi, le compositeur autrichien Ignaz Brüll (1846-1907), auteur de plus de 100 œuvres pour piano et pour orchestre, a composé un opéra comique en 3 actes « Schach dem König » (Echec au roi), op. 70

    Dans une scène de « Rodrigue et Chimène », un opéra inachevé en 3 actes de Claude Debussy, Rodrigue et ses frères jouent aux échecs.

    La valse « Schach-Walzer » (Valse des échecs) est tirée de l’operette « Der Seekadett » (Le cadet de la marine) du compositeur autrichien Franz Friedrich Richard Genée (1823-1895).

    L’allemand Walter Wilhelm Goetze (1883-1961) a composé en 1935 une opérette « Schach dem König ».

    Un mystérieux Fred. Kerkhoff ( ?) auteur d’une  marche appelée « Schach-Marsch », est mentionnée par Edward Winter dans « Chess and Music »

    La valse « Caïssa » a été composée par Walter Pulitzer, auteur du livre « Chess Harmonies », pour le « American Chess Magazine » paru en octobre 1897.

    Et finalement, quoi de plus naturel en somme, pour un joueur d’échecs mélomane, que de pouvoir réunir ses deux passions :

    Ainsi, la partie de l'opéra est une célèbre partie d'échecs jouée en 1858 par Paul Morphy (les Blancs), le duc de Brunswick (les Noirs) et le comte Isouard (les noirs). Elle s'est déroulée lors d'une représentation à l'Opéra de Paris, d'où son nom.

    Paul Morphy avait fait sensation en Europe et se trouvait à Paris pour démontrer son savoir-faire. Il venait de battre Daniel Harrwitz, considéré comme le meilleur joueur allemand du moment, lors d'un match au Café de la Régence. En attendant la venue d'Adolf Anderssen, considéré comme le meilleur joueur au monde, il croisait le fer avec les meilleurs joueurs français, et toutes les portes lui étaient ouvertes. C'est pendant cette période qu'il avait joué cette célèbre partie.

    Le duc de Brunswick avait régulièrement invité Morphy à l'Opéra de Paris, où il louait une loge privée si près de la scène qu'il était possible, selon la légende, de toucher les comédiens. Le duc était un fervent joueur d'échecs, tenant toujours un échiquier dans sa loge. Morphy, pour sa part, adorait l'opéra et les échecs, et souhaitait voir « Le Barbier de Séville ». Malheureusement, son hôte avait vu la pièce déjà d'innombrables fois, et Morphy était obligé de jouer aux échecs tout en ayant son siège de dos par rapport à la scène.

    Alors que la partie et l'opéra progressaient, le duc et le comte confèraient à voix haute, ce qui perturbait les comédiens. Pour ajouter au côté tragi-comique de la situation, Morphy jouait brillamment alors qu'il tentait de suivre l'opéra de sa position inconfortable, et les comédiens, eux, tentaient de connaître les raisons qui amènaient leurs illustres spectateurs à échanger à voix haute.

    Si la plupart des sources s'accordent sur le fait que cette partie célèbre avait été jouée dans une loge de l'opéra, pendant une représentation du « Barbier de Séville » en octobre 1858, Edge, le secrétaire de Morphy, relate pourtant qu'on donnait ce soir là « La Norma » de Bellini.  (Source : Wikipedia)

    E comme Echec (et mat)

    Paul Morphy jouant une partie d’échecs.

    Voici une vidéo d’une étude commentée de cette mythique « partie de l’opéra », que je vous laisse découvrir :

    Quand à moi, je vous dis :

    A la prochaine.


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  • Commentaires

    1
    Nounoursch
    Lundi 21 Janvier 2013 à 12:42
    Ah, je suis très heureux de retrouver votre blog, à la lecture duquel je me suis régalé, sachant que je suis également mélomane et pianiste amateur.

    Vous connaissez déjà probablement ce petit ouvrage qui s'intitule Dictionnaire superflu de la musique classique, mais si ce n'est pas le cas, je vous en recommande la lecture, car vos notes évoquent plusieurs des entrées de ce livre succinct mais fort divertissant.

    Encore merci pour vos publications et longue vie à votre blog (quant à moi, je manque cruellement de temps - et de sommeil - pour pouvoir enrichir le mien).
    2
    Mardi 22 Janvier 2013 à 23:49

    Je suis ravi, mon cher Nounours, de vous retrouver - et navré d'apprendre que vous ne trouvez plus le temps d'alimenter votre blog. Tant pis - mais votre petit Nourson a incontestablement la priorité! Alors à un de ces jours!

    Amicalement

    Kilian

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