• D comme Drogue

    D somme Drogue

    Sans même évoquer les dérives dans le domaine sportif, pourtant particulièrement touché par ce phénomène, nous savons tous que bon nombre d'artistes de la musique pop et du jazz fument de l'herbe, sniffent de la coke, consomment des anabolisants ou se piquent.

    A juste titre, je me suis alors demandé si le milieu de la musique classique et de l'art lyrique n'était pas également touché par ce fait, devenu si tristement banal de nos jours.

    Voici donc les éléments que j'ai pu récolter, côté jardin aussi bien que côté cour, pour alimenter ce billet :

    Et comme entrée en matière, la Symphonie fantastique de Hector Berlioz n’est-elle pas tout simplement le sujet par excellence ?

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    Leonard Bernstein affirmait à son propos qu'il s'agissait de « La première symphonie psychédélique de l'histoire de la musique », Composée en 1830, elle raconte une histoire assez morbide, très largement inspirée des amours orageux de Berlioz avec une actrice anglaise, Harriet Smithson, rencontrée en 1827 à Paris alors qu'elle interprétait le rôle d'Ophélie dans la pièce Hamlet de Shakespeare. Le programme, rédigé par le compositeur lui-même, se résume comme suit : Déçu par sa bien-aimée, un jeune artiste absorbe une dose d'opium, trop faible pour l'empoisonner, assez forte pour le plonger dans un sommeil halluciné. La « Symphonie fantastique » déroule en cinq mouvements échevelés ce cauchemar macabre, où la femme aimée, incarnée par une « idée fixe » mélodique, hante de grimaçants tableaux - un bal mondain, une marche au supplice, un sabbat de sorcières.

    Mais si l'histoire de cette oeuvre est manifestement basée sur un programme autobiographique, que Berlioz niera d'ailleurs plus tard, quel est alors le rapport entre Berlioz et la drogue ?

    Dans son article «La musique française au XIXe siècle : Romantisme, réalisme et symbolisme», publié en 2002, Nicolas Blondeau décrit le compositeur de la manière suivante:

    «Berlioz est la figure du musicien romantique: profil d'aigle, chevelure abondante et ébouriffée, goût prononcé pour l'alcool et la drogue, amours tourmentés »

    Et le docteur Paul L. Wolf mentionne dans son article « Les effets des maladies, drogues et produits chimiques sur la créativité et la productivité de sculpteurs, peintres classiques, compositeurs et auteurs »:

    « Il est évident que Berlioz était accro à l'opium, qui est une drogue narcotique causant un phénomène de dépendance. Médicalement, elle est utilisée pour calmer la douleur et procurer le sommeil. Il s'agit d'un tranquillisant produisant des effets stupéfiants. Mis à part l'alcool, l'opium était la drogue la plus communément utilisée au 19e siècle, spécialement par les poètes afin de stimuler leur capacité créative et pour combattre le stress.»

    Eh bien, il semble que nous voilà fixés !

    (Source : operavenir.com/cours/docs/romant.doc + Wikipedia)

    Cette Symphonie fantastique, la voici dans son intégralité (48.48), dans une sublime interprétation du regretté chef d’orchestre français André Cluytens et l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire :

     

     

    Continuons alors avec deux autres compositeurs :

    Aarre Merikanto (1893-1958), fils d'Oscar, le plus populaire compositeur de musique légère de Finlande, était un enfant prodige, élève de son père puis de Max Reger à Leipzig, et promis à l'avenir le plus brillant. Après quelques succès initiaux, son modernisme a pourtant heurté l'établissement finlandais et l'incompréhension s'est installé durablement de telle sorte que son avant-gardisme exprimé au cours des années vingt n’est jamais parvenu à séduire. On disait l'homme bon vivant et affable, mais aussi désabusé, morphinomane et alcoolique.

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    Comme dans de nombreux autres cas, l’addiction de Merikanto à la morphine a pourtant commencé avec ce qui semblait être une innocente médication, prescrite pour des problèmes d’estomac. Et il faut relever à ce sujet que dans les années 1920-1930, en Finlande par exemple, de nombreuses substances telles la morphine et l’héroïne, utilisés dans la fabrication des médicaments contre la toux, n’étaient non seulement très facilement disponible, mais encore considérés comme nullement dangereuses !

    Son remarquable opéra « Juha », qui n’aura été présenté sur scène que 5 ans après sa mort, est aujourd'hui considéré comme étant une pierre miliaire dans l'histoire de l'opéra finlandaise. (Source : 2.hs.fi/english/archive/news.asp?id=20020528IE9)

    Voici un extrait de cette oeuvre remarquable, l’Interlude, présenté lors du Festival d’Opéra de Savonlinna de 2002 :

     

    Notons encore que Merikanto est également l'auteur de la Fanfare composée pour les jeux olympiques de 1952 à Helsinki.

     

    Le polonais Karol Szymanowski (1882 – 1937) a trouvé sa voix avec des œuvres tels que « Mythes pour violon et piano » et « Métopes » pour piano solo, tous les deux écrits en 1915. Inspirés par ses voyages en Sicile et en Afrique du Nord, les deux oeuvres évoquent une civilisation perdue à travers une musique d'une habileté raffiné, techniquement élaborée, richement détaillée et d'une expressivité extatique, tout en étant en même temps distant et même évasive.

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    Dans une certaine mesure, le caractère de ces deux œuvres peut-il être expliqué par la consommation de drogue ?

    Un fait est connu : après son décès, de la cocaïne a été trouvé sur Szymanowski. Alors qu'il ait ou non consommé de la drogue pendant la première guerre mondiale, toujours est-il que dans plusieurs œuvres à partir de cette période se trouve un sens de transe, ou de psychédélisme, éléments relativement inhabituel dans la musique classique, bien que courant dans d'autres formes de musique tels que, bien entendu, le jazz. Et l'ami de Szymanowski, l'écrivain Stanislaw Witkiewicz, a justement décrit les effets de ses propres expériences avec des drogues!

    Deux séjours dans les sanatoriums de Grasse, au début de 1936, et de Lausanne, l'année suivante, ont sonné le glas de Szymanowski: il s'est éteint le 29 mars 1937. La tuberculose, l'alcool, le tabac, la drogue ont eu raison de lui.

     

    Qu'en est-il alors du coté des interprètes ?

    Voici quelques exemples :

    Née en 1872, d’origine polonaise, pianiste élève de Fauré, épouse successivement de Thaddée Natanson, le fondateur de la Revue Blanche, du magnat de la presse Edwards, du peintre Sert, Misia Sert (1872-1950) a été l’une des plus célèbres mécènes et pygmalion à la croisée des arts. Tenant salon à Paris, elle a été l’intime de Mallarmé et de Picasso, l’inspiratrice de Proust et de Cocteau, le soutien de Diaghilev et de ses Ballets Russes. Elle a été peinte et célébrée par les plus grands artistes de son temps : Renoir, Vuillard, Bonnard, Toulouse-Lautrec, Vallotton.

    Il semble que son ancien professeur, Gabriel Fauré, lui a procuré des élèves de piano qui lui permettaient de vivre son indépendance. Son premier concert en public a lieu au Théâtre d'Application en 1892.

    En 1905, après un divorce douloureux, elle a épousé Alfred Edwards, fondateur du Matin et richissime homme d'affaires. Maurice Ravel, qui les a accompagnées en croisière à bord de L'Aimée, leur yacht luxueux, a dédié à Misia Le Cygne (pièce des Histoires naturelles) et surtout, plus tard, La Valse. Misia a présenté le musicien à Serge de Diaghilev, qui lui a commandé alors le ballet Daphnis et Chloé.

    En 1920, elle a réuni dans son appartement Diaghilev, Stravinski et Poulenc pour écouter Ravel interpréter la première version de La Valse. Diaghilev a critiqué le morceau, estimant qu'il ne convenait pas à un ballet ; Stravinski est resté silencieux. D'après le témoignage de Poulenc, Ravel a alors pris sa partition et quitté la pièce. Ravel n’aura plus jamais collaboré ni avec Stravinski ni avec Diaghilev.

    Selon une hypothèse récente, Ravel aurait transcrit les noms « Misia » « Godebska » en deux groupes de notes musicales qu'il aurait utilisés constamment dans sa musique1.

    En 1933, Misia a encore donné un concert avec la pianiste Marcelle Meyer,  une des grandes pianistes françaises du XXe siècle, dans la salle des fêtes de l'hôtel Continental à Paris et au théâtre des Ambassadeurs.

    Après le décès en 1945 de son troisième époux, le peintre catalan Jose Maria Sert, Misia décide de dicter ses mémoires à son dernier confident, Boulos Risltelhueber, dont on ignore à peu près tout. Boulos hantait son appartement de la rue de Rivoli, légué par Sert, devenu un véritable entrepôt de souvenirs. C’est lui qui servait à Misia de pourvoyeur de morphine, drogue dont elle était devenue grande consommatrice à l’instar de son amie Coco Chanel. Mais si pour Chanel la drogue était un sédatif inoffensif, pour Misia elle représentait l’oubli... Devenue aveugle, triste et esseulée, la fin de la vie de Misia - elle mourra le 15 octobre 1950 à l’âge de 78 ans, minée par les drogues et la morphine - est le plus sombre épisode, souvent passé sous silence, d’une vie exceptionnelle qui n’eut que peu de pareil dans la première moitié du XX° siècle. Elle est enterrée près de Valvins dans le cimetière où repose son cher ami Mallarmé qui fut son voisin quand elle était mariée à Thadée Natanson. (Source : franceculture.fr/oeuvre-misia-de-arthur-gold + Wikipedia)

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    Misia au piano, Peinture de Toulouse-Lautrec

     

    Le violoniste américain d'origine hongroise Eugene Fodor, né en 1950,  fait ses débuts avec le Denver Symphony Orchestra à l'âge de 10 ans, avec le concerto pour violon de Bruch. En 1972, à l'âge de 22 ans, il a obtenu le premier prix du Concours International Paganini, en Italie, et à Moscou, en 1974, il a remporté la médaille d'argent du Concours International Tchaïkovski, victoire comparée à celle de Van Cliburn à la même compétition en 1958, et qui a brusquement lancé sa carrière. Ses tournées l'ont mené en Europe, le Proche-Orient, l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud. Il a joué à la Maison-Blanche, et son charme ainsi que son jeu spectaculaire ont fait de lui un invité fréquent dans le show télévisé de Johnny Carson.

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    Hélas, cette belle carrière s'est brusquement terminée le 27 juillet 1989 dans une prison de Martha's Vineyard, une île située sur la côte sud de la presqu'île du Cap Cod, dans l'État du Massachusetts. L'acte d'accusation portait sur plusieurs chefs, dont la détention de 24 g de cocaïne, d’une aiguille hypodermique portant des traces d’héroïne, et le port d'un poignard. Selon la police locale, il était également accusé d'effraction et de pénétration dans une chambre d'hôtel inoccupée, avec intention d'y commettre un meurtre.

    Après une détention de 4 jours - un juge ayant refusé la caution proposée par Fodor, un Guarnerius vieux de 300 ans - Fodor a été remis en liberté sur la base de son engagement personnel - pour entrer dans un centre de réhabilitation pour drogués dans le New Hampshire! (Source : Wikipedia)

     

    Le pianiste Samson François (1924 - 1970), élève de Cortot, Long and Lefebure, a été solidement formé dans la tradition française, mais son intérêt pour le jazz et le cinéma ont stimulé un sens remarquable de liberté et d'improvisation dans son jeu, qui a décliné bien avant la fin de sa vie. Il est décédé à l'âge de 46 ans, en raison d'une surconsommation d'alcool, de tabac et de drogues.

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    François disait : « On vit comme on veut ; on meurt comme on peut ! »

    Sa discographie reste comme celle d'un interprète extrêmement réputé de Chopin, en particulier des Études, des Préludes et des Concertos. (Source : classicalnotes.net/columns/pianoweb) 

     

    Le cas suivant, celui du pianiste russe Vladimir Sofronitsky, est fortement controversé :

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    Sofronitsky (1901 - 1961), une icône dans sa Russie natale et salué comme leur maître par des sommités telles que Richter et Guilels, était à peine connu à l'Ouest. En tant que gendre de Scriabine, il avait naturellement un accès particulier à sa musique, et se faisait l'avocat infatigable des œuvres de son beau-père. Mais ses voyages ainsi que sa renommée étaient limités, d'abord par le régime soviétique, ensuite par la maladie - et la dépendance de l'alcool et de la drogue. Il a donné son dernier concert dans la Petite Salle du conservatoire de Moscou, le 9 janvier 1961 et peu après, le 29 août de la même année, il est décédé d’un cancer.

    La dépendance de l’alcool et de la drogue -  voici ce qu’il en est de la version officielle, soviétique il va sans dire, et qui a été démentie, à commencer par sa propre fille.

    On trouve, semble-t-il, la première trace de cette infamie dans l’ouvrage (par ailleurs assez contesté) de Solomon Volkov, « Testimony: The Memoirs of Shostakovich », publié en 1979 aux éditions Harper et Row, où le pianiste est présenté comme un drogué imbibé d'alcool. L'ignominie se propage un peu partout : dans le « Dictionnaire des interprètes » dirigé par Alain Pâris etdans la pochette de l'un des meilleurs disques de Sofronitsky (tant au point de vue musical que sur le plan de la technique d'enregistrement), le disque HMX 1905169 chez Harmonia Mundi, avec la Sonate D 960 de Schubert et cinq Lieder transcrits par Liszt (issus des récitals des 11 et 14 octobre 1960).
    La légende vient probablement d'instances politico-culturelles soviétiques. Il fallait justifier l'absence d'un tel musicien en Occident et même au sein de l'URSS en dehors de deux ou trois grandes villes. En fait, la santé chancelante de Sofronitsky en faisait un très mauvais ambassadeur de la culture soviétique. Ce qui est soviétique est sain et en parfaite santé, et vous aligne les gammes et les arpèges plus vite que son ombre. Il s'agissait surtout de le châtier, de lui faire payer ses opinions fièrement anti-soviétiques, sa capacité à se tenir non pas au-dessus du système mais à côté, sa réserve, sa distance aristocratique. Mais on ne pouvait pas faire plus : il avait montré à tous son attachement à sa patrie lors du siège de Leningrad.
    La situation vire au tragi-comique (pour autant que l'on soit disposé à en rire) lorsque l'on apprend [JUB98] que dans les dernières années de sa vie Sofronitsky avait développé une très faible tolérance pour l'alcool et qu'il ne buvait pas pendant des semaines avant un concert. Il refusait même la morphine qui aurait soulagé ses douleurs, de peur de s'y accoutumer et de ne plus être en mesure de jouer...

    Faut-il vraiment un argument rationnel ? L'idée romantique d'un pouvoir créateur exacerbé par les paradis artificiels est certes plaisante voire rassurante, et elle a peut-être même un fond de vérité s'agissant d'un poète ou d'un musicien créant son œuvre. Mais dans le cas d'un musicien exécutant, qui doit rester toujours maître de ses ressources techniques ? La drogue et l'alcool ne transforment pas un pianiste en un chamane halluciné délivrant les plus hauts messages spirituels grâce à son contact direct avec diverses forces surnaturelles. Ils le transforment en une pauvre petite chose pathétique et incontrôlable. Allons, mes amis, brisez, me brisez donc cette vieille légende. (Source : classik.forumactif.com/t3899-vladimir-sofronitsky)

     

    Regardez cet homme avec ses bras de Popeye, et exprimez très franchement, sanas hésitation aucune, l’impression qu’il vous fait. Celle d’un tas de muscles et peu de cervelle ? Celle d’un videur d’une boîte de nuit ? Ou celle de quelqu’un qui n’a encore jamais vu une bibliothèque de l’intérieur ?

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    Eh bien vous êtes trois fois dans le faux, car il s’agit de Tzimon Barto, pianiste de concert et accessoirement chef d’orchestre et écrivain qui, de surcroit, parle couramment 5 langues, apprend actuellement le mandarin et le perse, sait lire le vieux grec, le latin et l’hébreu, passe ses journées à s’entraîner, à jouer au piano (huit heures) et à écrire.

    Ensuite, il lit. De préférence des œuvres philosophiques.

    Tzimon Barto est né en 1963 en Floride, où il a grandi. Il a commencé à étudier le piano avec sa grand-mère, à l’âge de cinq ans, puis a poursuivi sa formation à la Juilliard School avec Adèle Marcus. Pendant deux décennies, il a voyagé à travers le monde en tant que pianiste de concert, il s’est produit au Carnegie Hall, a joué avec le Chicago Symphony Orchestra et la Philharmonie de Berlin et a enregistré 15 albums, dont les derniers sont dédiés à des sonates de Haydn et de Schubert.

    Bref – reconnaissons tout de même que les préjugés sont chose diabolique, puisque rarement on a vu quelqu’un dont l’apparence correspond si peu au véritable personnage.

    Réexaminons alors cet homme, qui au premier regard se présente un peu comme une anamorphose, mais choisissons cette fois-ci un point de vue préétabli et privilégié, soit celui du spectateur qui assiste à l’un de ses concerts :

    Par exemple celui enregistré lors de l’interprétation du « Concerto en fa pour piano et orchestre » de George Gershwin, accompagné par l’Orchestre symphonique du NDR sous la direction de son ami et mentor Christoph Eschenbach :

     

    Avouez que ça change la perception - donc le jugement !

    D’ailleurs, et jusque-là, tout allait très bien pour cet homme si peu conventionnel, talentueux à souhait, qui a non seulement l’air de déborder de santé, mais encore d’avoir son physique entièrement sous contrôle !

    Et pourtant, en 2006, selon le quotidien « The Orlando Sentinel » (Floride), il s’est rendu en Jaguar blanche décapotable à Umatilla, où il a laissé sa voiture garée en double file un peu trop longtemps devant la maison ou il s’est procuré du crack –  assez longtemps en tout cas pour attirer l’attention de la police. Lors de son arrestation, il a essayé d’avaler les sachets qu’il venait d’acquérir. Selon le rapport de police, le crack n’était d’ailleurs pas la seule substance qu’il a régulièrement consommé pour se booster – il se dopait également avec des stéroïdes. Barto a donc passé une nuit en prison avant d’être relâché sous caution et écroué pour détention illicite de cocaïne et dissimulation évidente.

    Ainsi, pendant des années, les drogues relaxantes ont influencé la carrière de Barto, sa santé et sa vie de famille. Jusqu’au jour, en l’année 2008, ou son jeune fils autistique est subitement décédé pendant que Barto parlait avec Eschenbach au téléphone. Après cette tragédie, Barto a fait le ménage dans son existence et s’est voué à une vie de recherche intellectuelle, y compris l’étude de 7 langues, de l’art, de la poésie (la sienne et celle des autres). L’entraînement physique aussi, de nombreux concerts à travers le monde et plusieurs enregistrements, salués par la critique (dont un double album Schubert et un double CD avec les Variations Paganini de Liszt, Brahms, Lutoslawski et Rachmaninov), loués par la critique - et qui témoignent de sa « renaissance ». (Source : grg51.typepad.com/steroid_nation/2008/01/steinways-on-st.)

     

    Et que se passe-t-il dans les coulisses alors?

    Le BBC Music Magazine a publié en 2002 un article selon lequel six employés du Scottish Opera ont été licenciés suite à une descente au Théâtre National de Glasgow. Après avoir été filmés par une caméra cachée, alors qu'ils étaient en train de consommer de la cocaïne, ils risquaient une enquête disciplinaire.

    Et Classica-Repertoire nous informe dans son numéro de décembre 2005 – janvier 2006 que d’après UPI, « Rien moins que 11 kg de cocaïne ont été découverts au milieu des décors et costumes d’une production de l’Opéra irlandais de La Traviata. Une enquête a été ouverte, mais d’ores et déjà, la Dame aux camélias décline toute responsabilité.

    Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin, car selon l'article de Thomas Deyer, paru dans Le Matin Dimanche du 2 septembre 2007, les instrumentistes et les chanteurs se dopent aussi! Je cite :

    « Sur la scène internationale, des instrumentistes et un chanteur d'opéra ont brisé le tabou. Oui, la prise de médicaments est fréquente dans les formations musicales. Habituellement utilisés pour réguler la pression artérielle, les bêtabloquants sont considérés comme des pilules miraculeuses pour tuer le trac.

    La drogue clandestine des musiciens: c'est le nom joliment donné aux bêtabloquants, ces médicaments prescrits à l'origine pour réguler la pression artérielle. «Détournés» de leur utilité première, ils aident les musiciens stressés à tuer leur trac. Et deviennent leur dopage. Les tablettes de pilules circulent depuis belle lurette dans les orchestres. Parfois, elles échappent complètement à un suivi médical indispensable. Et sont enveloppées dans le silence du tabou. Un tabou brisé cet été.

    Début août, un trompettiste de l'Orchestre symphonique de Montréal avouait en avoir pris durant 20 ans, avant chaque prestation importante. Quelques jours plus tard, un ténor de renommée internationale balançait que la pression avait depuis longtemps fait du «dopage» la norme dans la musique classique. Cortisone et bêtabloquants y seraient monnaie courante. Sur son site Internet (http://www.claudenadeau.net/blog/index.php?2007/07/29/102...), la claveciniste québécoise Claude Nadeau évoque également la cocaïne - « plus courante qu'on ne le croit dans notre métier » -, mais aussi l'héroïne et les amphétamines.

    Il aura fallu près de vingt-cinq ans pour lever le voile. Car le phénomène n'est pas nouveau. En 1987, une enquête avait déjà été menée sur le sujet aux USA, dévoilant que 27% des Musiciens professionnels avaient déjà eu recours aux bêtabloquants.

    Chef d'orchestre et pédagogue, Hervé Klopfenstein met notamment ses compétences au profit du Conservatoire de Lausanne. Lui insiste: de telles pratiques doivent être mises en relief avec l'«acte artistique». «Le trac détruit des moyens techniques, il est capable de tout anéantir. Les bêtabloquants peuvent faire office de solution.» C'est un fait: une pression omniprésente habite l'univers musical. «La moindre note est une prise de risque impitoyable, poursuit Hervé Klopfenstein. Ce métier est difficile, vraiment. En maîtrisant ses problèmes de stress, le musicien peut défendre sa position et celle de son ensemble. »

     

    Et avant de quitter la salle, tournons-nous quand-même vers le vénérable public. Car hormis tous les drogués de musique classique, tous les intoxiqués d’opéra, tous les accros de Karajan ou de la Callas, tous les addictés au violon ou à l’orgue, tous ceux qui planent en écoutant la Bartoli ou Glenn Gould, tous ceux qui se dopent avec du Wagner ou du Chopin, et tous ceux qui ont besoin de leur dose quotidienne de Bach ou de Stockhausen –

    n’y aurait-il y pas quand-même quelques « vrais » drogués dans la salle ?

    Une étude menée par l'université de Leicester en Angleterre sur 2500 personnes, pour mettre en relation les goûts musicaux et le style de vie, nous révèle que les fans d'électro, de dance et de hip-hop prennent plus de drogues et ont plus de partenaires sexuels, qu’un quart de ceux qui écoutent de la musique classique fument le cannabis, tandis que les auditeurs de blues sont plus portés sur l'alcool. A l'opposé, ceux qui prennent le moins de drogue(s) et boivent le moins: les gens qui regardent les comédies musicales. L'université va maintenant étendre son enquête à plus de 10 000 personnes.

    J’attends les résultats avec impatience !

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    Pour clore ce sujet, il me parait tout à fait légitime de mentionner encore le dessin animé Fantasia, produit par Walt Disney en 1940 ; ceci par le simple fait que ce film est composé de huit séquences illustrant huit morceaux célèbres du répertoire classique, réorchestrés et dirigés par le chef d'orchestre Leopold Stokowski, dont sept avec l’Orchestre de Philadelphie. Mis à part ses qualités avant-gardistes, ce film s’est également distingué en tant que tout premier long-métrage commercial produit en stéréophonie, utilisant un procédé appelé « Fantasound ». Ce film n’a rapporté aucun bénéfice jusqu’à sa seconde sortie en 1969, ou il est soudainement devenu immensément populaire parmi les adolescents et les collégiens, dont beaucoup ont pris des drogues illégales telles que de la marihuana et du LSD afin de mieux « vivre »  le film. Aussi, Disney a promu Fantasia comme un film « trip », créant même une affiche de style psychédélique correspondant pour la campagne publicitaire. Cette seconde sortie était un succès commercial majeur, spécialement grâce à un public d’adolescents psychédéliques, dont beaucoup se sont couchés parterre devant l’écran afin de mieux pouvoir « vivre » le film.

    Pour l’anecdote, rappelons encore que des proches de Walt Disney, en vacances au Mexique, y ont goûté aux psilocybes, champignons à effets hallucinogènes, expérience qui soit disant fut à l’origine du film « Fantasia ». Et qu’ils ont fait connaître la drogue à Hollywood!

    Quand à moi, je vous invite maintenant à vous coucher parterre devant l’écran et de vivre pleinement la séquence « L’apprenti sorcier », basée sur le poème de Johann Wolfgang von Goethe et la musique de Paul Dukas :

     

    A bientôt.


  • Commentaires

    1
    Mardi 17 Mars 2015 à 23:59

    Pas encore trouvé le temps de lire ce long texte, mais ravie de constater que ce blog se réveille, telle la belle au bois dormant s'éveillant, après, ici, de longs mois  :-)
    Amitiés.

    2
    Mercredi 18 Mars 2015 à 02:26

    Un sommeil de Belle au bois dormant, en effet. Une sorte de léthargie, un découragement transformé inexorablement en inertie, un état de végétation confortable entre 5 planches de sapin, dont vous seule avez senti l'odeur! En tout cas, vous seule l'avez exprimé.

    Merci, Nikole, pour ce "baiser" qui, tel une dose de psilocybe, a su me réveiller.

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    3
    Samedi 21 Mars 2015 à 18:04

    Bonsoir Kilmann, joli billet...A mon avis la meilleure drogue pour la musique c'est la joie de vivre. Alors se souler je dirais que la moitié des jeunes se soulent avec de l'alcool, l'autre moitié dois rester "calme". Mais dans un autre monde, comme ils le disent « c'est pour passer légèrement le stade de joyeux »…Niveau âge, je dirais qu'il n'y a plus de jeunesse, je vois souvent des jeunes de 14 ans boire voir ce piquer… Cannabis & alcool, y en n'a partout mais surtout chez les nouveaux talents. 

    Bonne soirée

     

    4
    Samedi 4 Avril 2015 à 01:07

    Je ne sais pas ce que j'ai fait mais c'est bien la première fois qu'on m'offre de tels mots.
    J'ai enfin lu ce long billet où, comme d'hab, j'ai appris bien des choses.
    MERCI.

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