• D comme Destruction

    De nombreux compositeurs ont traversé des périodes de doute et de désespoir et se sont décidés à faire table rase en détruisant les œuvres qui ne correspondaient pas à leur idéal. Certains, comme vous allez le voir, ont même récidivé plusieurs fois :

     

    D comme Destruction

     

     Le compositeur français Henri Duparc (1848-1933) a éprouvé, au fil des années, de plus en plus de mal à composer. En 1886, il a commencé une oeuvre dramatique d'après Pouchkine, « La Rousalka », et a constamment révisé certaines de ses mélodies. En septembre 1890, c'était le désespoir. Malgré un sursaut, à la fin de l'année, l'oeuvre est détruite une première fois pendant l'été 1891. La deuxième destruction a eu lieu en 1895, qui est aussi le moment de la mort de Mme Fouques Duparc. Quelques mois plus tard, dans un moment de mieux relatif, il a repris en note tout ce dont il se souvenait. Mais en 1920, il a de nouveau tout brûlé, il y avait le scénario en entier, deux tiers du poème et de nombreuses pages et notes musicales. Or elle a existé encore en 1912, malgré tout, donc encore un fois reconstituée. Il y a eu enfin une quatrième et définitive annihilation, puisqu'on n'a jamais rien retrouvé des ébauches de l'ouvrage. La seule partie qui demeure de l'opéra est la « Danse lente ». Il reste un manuscrit de la main d'Ernest Ansermet qui a aidé Duparc dans les corrections et la mise au net et à qui l'oeuvre est dédiée, parce qu'il a réussi à convaincre Duparc de la lui laisser diriger en 1913. (Source : Symphonia mars 1996)

     

    Henri Duparc

    Solomon Eccles senior (env. 1618-1683) était un compositeur anglais, également connu sous le nom de Solomon Eagle. Indéniablement le membre le plus excentrique de cette famille de musiciens, il est devenu quaker, vers 1660, et a abandonné son poste de professeur de musique. Persuadé que la musique n’était que vanité peccable, il a d’abord vendu ses livres, compositions et instruments de musique pour les reprendre ensuite et les brûler à Tower Hill, afin d’éviter que les nouveaux propriétaires tombent dans le péché. Solomon Eagle apparaît d’ailleurs dans le récit de demi-fiction de 1665 « A Journal of the Plague Year » (Journal de l’année de la peste) de Daniel Defoe : « Je suppose que tout le monde a entendu parler du fameux Solomon Eagler, un enthousiaste. Il n’était pas infecté du tout, sauf dans sa tête, et il venait annoncer le jugement de la ville de manière terrible, parfois quasiment nu et portant un poêlon de braise sur la tête, en criant : repentez-vous, repentez-vos ! (Source : Dictionnaire Encyclopédique de la Musique + Wikipedia)

    Solomon Eccles dans les rues de Londres

    Carl Friedrich Christian Fasch (1736-1800), fils du compositeur baroque Johann Friedrich Fasch, est surtout connu pour avoir fait revivre la musique de Jean Sébastien Bach en fondant la Singakademie de Berlin dans les années 1790. Très peu de ses œuvres ont été conservées ou transmises et la plus grande partie est aujourd'hui perdue, car même si il a commencé très tôt déjà à écrire, notamment des œuvres sacrées, il les a toujours détruit ensuite puisqu’elles ne correspondaient pas à ses exigences. (Source : (Source : Dictionnaire Encyclopédique de la Musique)

    Carl Friedrich Christian Fasch

    En 1880, le jeune Gustav Mahler (1860-1911) a signé son premier contrat de « Kapellmeister » (chef d’orchestre) au théâtre d’opérette de Bad Hall, en Autriche. Il y a dirigé dans de mauvaises conditions des opérettes devant un public peu connaisseur. La même année, il a composé « Das Klagende Lied » (Le chant plaintif), une cantate profane pour soli, chœur et orchestre, qui est devenu son « opus 1 » - après la destruction de ses œuvres de jeunesse (un quintette avec piano et 3 opéras inachevés). (Source : Wikipedia)

    Le finlandais Jean Sibelius (1865-1957) a été un compositeur prolifique jusque dans les années 1920, mais après avoir complété sa Symphonie N° 7 (1924), la musique de scène « La Tempête » (1926) et le poème symphonique « Tapiola » (1926), il n’a plus produit d’oeuvre de grande envergure pendant les 30 ans qui lui restaient à vivre. Pourtant, alors qu’il était sensé avoir cessé toute activité de composition, il a continué à écrire, par exemple sa Symphonie N° 8 dont il a promis la première à Serge Koussevitzky en 1931 et en 1932, et dont une performance a même été annoncée publiquement à Londres, en 1933, avec Basil Cameron au pupitre. Mais de nombreuses œuvres écrites après cette période ont, dans un grand accès d’autocritique, été détruites de sa propre main ; tel la 8ème ainsi que certains fragments de sa suite « Karelia ». D’autre part, Sibelius a soigneusement évité de parler publiquement de ses compositions et à des amis il a déclaré : « Si je n’arrive pas à écrire une meilleure symphonie que la 7ème, alors elle sera ma dernière ! » Et puisque aucun manuscrit subsiste, il est fort probable que Sibelius ait détruit les traces de cette partition, probablement en 1945, année pendant laquelle il a confié une grande quantité de papier aux flammes ! Son épouse Aino se rappelle : « Dans les années 40, il y a eu un grand autodafé à Ainola (la maison que Sibelius habitait avec son épouse Aino). Mon époux a réuni bon nombre de manuscrits dans une corbeille à linge et les a brûlé dans la cheminée de la salle à manger. Des parties de la suite « Karelia » ont ainsi été détruit - j’ai vu les restes des pages calcinées  – et bien d’autres choses. Je n’avais pas la force d’assister à cette scène et j’ai quitté la pièce. J’ignore donc ce qu’il a jeté au feu.  Mais après, mon époux est devenu plus calme et graduellement de meilleure humeur. »

    Le travail de composition a pourtant continué après la destruction des manuscrits, parfois avec des mains tremblantes et avec des yeux malmenés par la cataracte, sur du papier à musique avec des portées plus épaisses que d’habitude, mais la plupart du temps dans les désirs et les pensées seulement du compositeur vieillissant. Le silence avait commencé à Ainola ! (Source : classiccat.net/sibelius/biography +  sibelius.fi/deutsch/elamankaari/sib)

     

    Timbre finlandais avec le portrait de Jean Sibelius

    Entre janvier et juillet 1868, Piotr Ilitch Tchaikovski (1840-1893), orthographié également Tchaikovsky, a travaillé sur la composition d’un opéra, « Ondine », mais il a détruit le manuscrit en 1873 en ne conservant que quelques passages. Cet opéra n’a jamais été joué dans son intégralité.

    Les extraits conservés sont :

    Introduction / Aria:  « Waterfall, my uncle, streamlet, my brother » (Cascade, mon oncle, ruisselet, mon frère) (Ondine) - Choeur:  «Help, help! Our stream is raging» (Au secours! au secours! Notre fleuve est déchainé) - Duo: «O happiness, O blessed moment» (Oh Bonheur, oh moment béni!) (Ondine, Huldbrand) - Choeur: «O hours of death» (Oh heures de la mort) (solistes, choeur)

    Au moins 3 de ces morceaux, l’aria, le duo et le choeur final, ont été présentés lors de la première à Moscou, au Théâtre Bolchoï, le 28 mars 1870.

    D’autres passages ont été réutilisés dans d’autres œuvres :

    La procession de la mariée de l’acte 3 a été adaptée pour « l’Andante marziale »  de sa Symphonie N° 2 « Petite Russie » (1872)

    L’introduction, inchangée, a été utilisée pour l’introduction de sa musique de scène « La fille des neiges » d’Ostrovsky (1873)

    L’aria d’Ondine, légèrement modifiée, sert de premier Lied de Lel dans « La fille des neiges »

    Le duo a été recyclé en duo de Siegfried et Odette dans l’acte 2 du « Lac des cygnes » (1875-1876). Les parties vocales ont été remplacées par le violon solo et le  violoncelle solo. (Source : Wikipedia)

    Le poème symphonique « Bourgogne » d'Edgar Varèse (1883-1965) a été crée à Berlin le 15 décembre 1910 et a suscité l'admiration de Richard Strauss. Pourtant, et bien que ce ne soit qu'en 1962, le compositeur a lui-même détruit le manuscrit. Le fait qu'il ait détruit ses premières compositions est caractéristique de sa relation à l'histoire : cas rarissime d'un compositeur qui est effectivement parvenu à la « table rase ».

    Mais signe du destin, ou ironie du sort: Lors de la première guerre mondiale, et alors que Varèse a longuement séjourné à Paris, la totalité de ses manuscrits demeurés à Berlin ont également été détruits par l'incendie d'un entrepôt. (Source : Patrik Szersnovicz: Varèse le prophète. Le Monde de la Musique, avril 1996)

     

    Edgar Varese

    Lors de la première exposition internationale à Porto, en 1865, l’organiste et compositeur Charles-Marie Widor (1844-1937) s’est produit en tant que soliste, suite à quoi on lui a décerné l’Ordre portugais du Christ. Selon les dires de Widor, c’est dans le cadre de cette exposition que sa première composition pour orchestre a vu le jour, il s’agissait d’une commande pour la fermeture de l’exposition. Widor a présenté son « Ouverture pour orgue et orchestre », (de toute évidence la « Grande Phantasia »), qui a reçu un très bon accueil mais que Widor a détruit quelques années plus tard.

    En 1867, à Lyon, il a présenté un concerto pour piano et orchestre, dont il a assuré la partie piano. Ce concerto a apparemment été composé dans sa jeunesse, mais cette oeuvre également, il l’a détruit ensuite. Seul le mouvement lent du concerto, transcrit pour orgue, a été inséré dans la « 4ème symphonie pour orgue ». D’ailleurs, des compositions de cette période précoce sont quasiment introuvables – soit elles ont été perdues, soit Widor les a également détruites. (Source : Wikipedia)

    Charles-Marie Widor

    Après toute cette série de destructions volontaires (et justifiées dans l’esprit de leur créateur), il y a de très nombreuses œuvres qui ont été anéanties par accident et que nous n’aurons jamais le bonheur d’entendre :

    Le compositeur allemand Philipp Heinrich Erlebach (1657-1714) a été actif, de 1679 jusqu'à sa mort en 1714, à la cour du comte Albert Anton von Schwarzburg-Rudolstadt, sise à Rudolstadt en Thuringe.

    À une époque où les musiciens voyageaient à travers toute l'Europe, Erlebach a eu ceci de particulier qu'il n’a jamais quitté son pays et qu’il est resté, d’abord en tant que musicien et valet de chambre, puis à partir de 1681 en tant que « Kapelldirektor » et ensuite comme « Kapellmeister »,  toute sa vie au service de son maître.

    Ses compositions comprenaient, à part des cantates et des lieder, de la musique orchestrale et de chambre, des opéras et des oratorios. La majeure partie de son oeuvre, (plus de 1000 compositions) ont été détruites en 1735 lors de l’incendie du château de Rudolstadt et ainsi, Erlebach est musicalement tombé dans un oubli quasi-total. De nos jours, son patrimoine est principalement cultivé dans sa ville natale, Esens et à Rudolstadt. Quelque 70 compositions seulement n’ont pas été détruites par l’incendie, mais ne sont partiellement conservées que sous forme de manuscrits. (Source: Wikipedia)  

    Le polonais Andrzej Panufnik (1914-1991) a commencé à composer dans son enfance déjà, il a étudié au conservatoire de Varsovie, ensuite avec Felix Weingartner à Vienne et Philippe Gaubert à Paris. Pendant l’occupation allemande, il a vécu à Varsovie, où il a donné des concerts de bienfaisance et des concerts clandestins, partiellement ensemble avec Witold Lutoslawski. Pendant le soulèvement de Varsovie, la totalité de ses compositions ont été détruites et ce n’est qu’après la guerre qu’il a réussi à en reconstruire quelques unes. (Source : Wikipedia)

     

    Andrzej Panufnik

    Un catalogue de la bibliothèque musicale royale, établi en 1649 à Lisbonne, comprenait 243 œuvres de Philippe Rogier (vers 1561-1596), compositeur espagnol provenant des Pays-Bas méridionaux, dont la presque totalité a été détruite lors du tremblement de terre de 1755. D’autres œuvres ont été détruites en 1734 lors de l’incendie du palais de Madrid. Seulement 18 motets, 7 messes, 4 canzones, 4 psaumes et 2 œuvres instrumentales ont pu être sauvés des flammes, dont une partie a été imprimée chez Philip Phalèse à Anvers. (Source : Wikipedia)

    Certaines destructions pourtant, alors qu’elles étaient imminentes, ont pu être évitées, pour le plus grand bonheur des musicologues - et des mélomanes (dont nous sommes) :

    Contrairement aux « Suites pour violoncelle », pour lesquelles il ne subsiste aucun manuscrit autographe, on peut accoler la date de 1720 aux « Sei Solo a Violino senza Basso accompagnato » BWV 1001-1006, Johann Sebastian Bach (1685-1750) en ayant alors rédigé de sa main une copie au propre portant ce titre. Ce précieux manuscrit, écrit dans la plus belle calligraphie du compositeur, aurait été épargné d'une destruction certaine lorsqu'il a été retrouvé à Saint-Pétersbourg en 1814 dans une pile de papiers destinés à la crémerie. Plusieurs copies non autographes avaient été en circulation dans la deuxième moitié du 18e siècle (comme le confirment les dires de Forkel), et Pisendel en avait même une en sa possession, mais la première édition de quelqu'une de ces œuvres a dû attendre jusqu'en 1798, lors de la publication par Jean Baptiste Cartier de son important recueil didactique, L'art du violon. (Source : analekta.com/album/?ehnes-james-j-s-bach)

     

    Facsimile d’après le manuscrit original

    (Staatsbibliothek Berlin)

    L’Adagio (1) et la Fugue (2) de la Sonate pour violon seul, BWV 1001 sont interprété ici par Gidon Kremer :

     

    Depuis 1709, le compositeur allemand Christophe Graupner (1683-1760) a été employé à la cour du landgrave Ernst Ludwig von Hessen-Darmstadt. En 1722, sur la recommandation de Telemann, il a postulé pour le poste de « Thomaskantor » à Leipzig. Sur ordre de son seigneur, il a dû renoncer à la succession de Johann Kuhnau, par contre, son salaire déjà élevé a été amélioré encore. C’est ainsi que Johann Sebastian Bach a pu obtenir la place tant convoitée Quant à Graupner, il est resté au service de son maître jusqu’à sa mort.

    L’oeuvre volumineuse et préservée dans sa quasi-totalité se trouve en grande partie à la bibliothèque universitaire de Darmstadt. Des parties importantes n’ont encore jamais été publiées et attendent la découverte par des musiciens et des musicologues. Souvent, les souverains considéraient les œuvres de leurs compositeurs comme leur propriété et au cours des changements rapides des tendances de la mode, les compositions ont tout simplement été détruites. Or la famille de Graupner s’est opposée à cette procédure et a intenté un procès qui, presque 80 ans après la mort de Graupner, a été tranché en faveur de la famille. C’est à cette circonstance et à la délocalisation des fonds pendant la seconde guerre mondiale qu’est due la conservation de cette oeuvre volumineuse. (Source : Wikipedia)

    Mais quand il ne reste plus rien, mais vraiment plus le moindre petit bout de papier à détruire, on peut toujours se tourner vers autre chose, vers du plus consistant pour calmer sa rage - par exemple vers le piano :

    Quant il s’agissait d’interpréter ses propres œuvres, le compositeur et pianiste Emmanuel Chabrier (1841-1894) a suscité autant d’admiration que d’amusement. Le personnage était drôle, truculent, déconcertant par son énergie. Des témoins, dont Debussy, ont raconté la destruction d’un piano sous la puissance du toucher de Chabrier. Alfred Cortot s’est rappelé qu’ayant été des décennies plus tard à Ambert, ville natale de Chabrier, les gens se souvenaient que « tous les pianos locaux avaient été mis en réparation après la venue du compositeur ». (Source : Classica, décembre 2001, Stéphane Friédérich : Maudit Gargantua)

     

    Emmanuel Chabrier

    Puis, dans la course amorcée aux superlatifs, il y a plus grand encore, et beaucoup plus consistant à saccager :

    Au début du 16ème siècle, l'usage de l'orgue dans le culte protestant a donné lieu à des controverses renouvelées presque en tous pays et diverses époques. Le réformateur zurichois Huldrich Zwingli tenait l'orgue en aversion. Le père du protestantisme Martin Luther, qui aimait, cultivait et encourageait le chant, se montrait peu favorable, et plutôt méfiant à l'égard de l'orgue. Dans l'esprit de beaucoup de protestants du XVIe siècle, l'orgue apparaissait comme de nature catholique. L'orgue de Zurich a été détruit en 1527. Celui de Poitiers, l'un des plus beaux de France, dont le buffet était «tout peint et figuré», a été brisé en 1562, détruit par les huguenots. Quantité de beaux instruments ont péri de la même façon en Angleterre à l’époque du puritanisme, le chant latin a été aboli et la musique s’est adapté laborieusement à la langue vulgaire. En Allemagne, les différentes communautés depuis le XVIe siècle, ont fréquemment varié dans leur réglementation de l'usage de l'orgue dans le culte. Cet instrument a été englobé dans la réaction qui s’est produit après l'époque de floraison de la musique religieuse protestante, et de la musique d'orgue au temps de Bach et une décadence complète s’est fait déplorer au XIXe siècle. (Source : cosmovisions.com/musiOrgue)

    Je n’ai pas pu m’empêcher d’insérer également l’article suivant, alors que j’ai déjà mentionné le fait dans mon billet « A comme Avion ». Car des illuminés, sortis tout droit du rang des vénérables compositeurs (mais l’un n’empêche pas l’autre – la preuve), qui idéalisent la destruction au point de la comparer à une oeuvre d’art, je veux bien. Tout ne dépend que du genre de destruction dont on parle. Mais en tout cas pas celle-ci :

    Il fallait bien un barjot de service pour qua­lifier la monstruosité de l’attentat sur le World Trade Center de « plus grande oeuvre d’art de tous les temps. » C’est encore tombé sur nous, sur la «musique classique. Pas de chance. Le verbatim de la conférence de presse montre, selon l’agence allemande Deutsche Presse Agentur, que Karl-Heinz Stockhausen a cherché en vain à persuader les journalistes présents de ne pas faire état de ses commentaires. Le mal étant fait et rendu public, notre héros, lors d’un point de presse le lendemain a tenté une volte-face alambiquée en disant qu’il parlait en fait du rôle du Malin et de la figure de Lucifer dans les arts et que sa réponse avait été sortie de son contexte, se retranchant éga­lement derrière le fait qu’il avait voulu rap­peler le « rôle de la destruction dans l’art ». Contexte ou pas, même si vous mettez l’ad­jectif « luciférienne» après «oeuvre d’art», je ne trouve pas que cela change grand-chose. La responsable de la culture de la ville de Hambourg en a rajouté une louche en disant que «la signification exacte des propos (de Stockhausen) ne peut être com­mentée que par des personnes parfaitement au fait de son oeuvre. ». Quelle performance: bientôt on va être traités de débiles mentaux d’entendre ce qu’on entend quand c’est dit par un soi-disant génie ou créateur, fut-il incurable. Peut-être ce coup d’éclat ravalera-t-il ce Monsieur au rang personnel et artistique qui lui est dû et laissera la parole aux meilleurs de ces compositeurs sincères et qui, entre 1960 et 2000, dans certains pays d’Europe, ont été placés dans l’ombre par la domination es­thétique éhontée de figures tutélaires qui, l’âge aidant, dévoilent leurs limites et, quel­quefois, leur vacuité.

    L’autre soir, dans un reportage sur TFI, le directeur de Radio Taliban (ou assimilé) à Kaboul expliquait ainsi l’absence de musique sur ses ondes: « la musique rend les gens mauvais », disait-il. On sait à présent qu’elle peut aussi rendre con ! (Source : Répertoire, novembre 2001 : Opinion. Editorial de Christophe Hess)

    L’histoire suivante, véridique à défaut d’être drôle - s’inscrit dans le genre le plus insolite de la destruction d’un instrument :

    Une histoire à la fois triste et choquante, qui est arrivée à une internaute ayant utilisé le service Paypal pour vendre un objet de valeur, met le doigt sur une clause très discutable de ce service de transaction en ligne. Pour valider le remboursement de la transaction, Paypal a en effet demandé à l'acheteur de détruire l'objet du litige plutôt que de le renvoyer à la vendeuse - or il s'agissait d'un violon ancien, d'une valeur de 2 500 dollars.

    C'est non sans amertume que la vendeuse, prénommée Erica, a raconté son histoire au site Regretsy : après avoir conclu la vente d'un violon français datant d'avant la seconde guerre mondiale, cette dernière a effectué la transaction financière d'une valeur de 2 500 dollars via Paypal et envoyé l'instrument de musique à l'acheteur, basé au Canada. A la réception du violon, ce dernier a contesté l'authenticité de l'instrument, en particulier son étiquette : « Ce n'est pas rare. Sur le marché du violon, les étiquettes signifient souvent peu et sont souvent discutées. Certains des violons les plus chers au monde ont une étiquette contestée, mais ça n'en est pas moins des œuvres d'art » a expliqué Erica, qui précise que violon avait été authentifié par un expert.

    C'est là que l'affaire se complique : l'acheteur ayant contesté la transaction auprès de Paypal en arguant qu'il ne s'agissait pas d'un violon d'époque, le service, pour valider le remboursement, a demandé à l'acheteur de détruire le violon plutôt que de le renvoyer à la vendeuse… Et de transmettre une photo comme preuve.

    Que voici :

     

    « L'acheteur était fier de lui, alors il m'a envoyé un cliché du violon détruit », ajoute Erica.

    Si cette affaire s'avère très triste pour la vendeuse – et pour le violon lui-même – elle soulève un point intéressant concernant le règlement de Paypal, qui intègre effectivement une clause autorisant la destruction de biens pour valider un remboursement

    En somme, PayPal se donne le droit de demander la destruction d'un produit s'il juge que ce dernier n'a pas à être renvoyé à son vendeur – dans le cas d'une contrefaçon, par exemple. Le problème, c'est que visiblement, seule la parole de l'acheteur compte, du moins dans cette fâcheuse affaire.
    Face à la polémique, PayPal a envoyé une déclaration officielle au site Business Insider, dans laquelle le service déclare : « Bien que nous ne puissions pas parler de ce cas particulier en raison de la politique de confidentialité de PayPal, nous étudions soigneusement chaque cas, et en général, nous pouvons demander à un acheteur de détruire les marchandises contrefaites s'il fournit une preuve signée par un tiers qualifié que la marchandise est en effet une contrefaçon. La raison pour laquelle nous nous réservons la possibilité de demander à l'acheteur de détruire les marchandises, c'est que dans de nombreux pays, y compris les Etats-Unis, renvoyer des produits contrefaits à un vendeur constitue une infraction pénale».
    A défaut de ramener ce pauvre violon à la vie, gageons que cette affaire va grandement motiver les vendeurs habitués à PayPal à se pencher sur les petites lignes des conditions d'utilisation du service. (Source : clubic.com/insolite/actualite)

    La destruction en tant qu’inspiration artistique n’est de loin pas le privilège des compositeurs, des artistes de tout bord ont recours à elle pour s’exprimer :

    La destruction d’instrument dans le rock apparaît dès les balbutiements du genre, Jerry Lee Lewis brulant son piano n’étant qu’un des premiers exemples. Il faudra attendre Pete Townshend pour que le phénomène se fasse institution. Bien que le geste fût probablement fortuit, celui-ci le rattacha assez vite à des courants artistiques. La destruction de sa guitare, en 1964 au Railway Hotel fut élue par le magazine Rolling Stones, comme l’un des « 50 moments qui ont changés l’histoire du rock’n’roll ». Keith Moon, batteur des Who, fit en 1967 littéralement exploser sa batterie causant des dégâts considérables. Mais au-delà du pouvoir de surprise, de stupéfaction même, face à la destruction d’instrument, il semble possible de développer une réflexion sur ce qu’elle peut présenter esthétiquement des conditions de l’art.

    Or il n’y a pas que les stars du rock qui s’adonnent à ce genre d’exercice :

     Voici une destruction qui fait partie du show « Schumann et l’art de la destruction de piano ». La première partie du show est occupée par la « Fantaisie op. 17 » de Robert Schumann, interprétée par Rowan Vince, pianiste, compositeur et ingénieur software australien installé en Grande-Bretagne.

    Quant à la destruction du piano droit, au premier plan, il s’agit d’une grossière métaphore des tendances autodestructives du compositeur Robert Schumann.

    A la fin du spectacle, l’audience a même été invitée à emporter les morceaux. Certaines pièces ont fini chez des collectionneurs, d’autres par contre ont été transformées en bracelets, en mobile suspendu ou même en table !

     

     

    Mais voici quelques œuvres qui ont un rapport quelconque avec la destruction, soit qu’elles en sont inspirés, soit qu’elles la dépeignent :

    Le Quatuor à cordes n° 8 op. 110 en do mineur de Dimitri Chostakovitch a été composé en 1960, alors que le compositeur séjournait Dresde, officiellement pour écrire la musique du film « Cinq jours et cinq nuits », plus officieusement pour des traitements (il souffrait, depuis 1959, de poliomyélite). Impressionné par le spectacle de la ville détruite, il a écrit le quatuor en trois jours, du 12 au 14 juillet 1960. L'œuvre est dédicacée « aux victimes de la guerre et du fascisme ». (Source : Wikipedia)

    Comme de nombreuses autres œuvres de Modeste Moussorgski, « La destruction de Sennacherib » pour chœur et orchestre, d’après l’oeuvre du même nom de Lord Byron, existe en deux versions équivalentes. Moussorgski a complété la première version soit vers la fin 1866, soit au début de 1867. A ce moment de sa carrière, et malgré son antisémitisme, il était apparemment attiré par les sujets appelés « hébreux », il avait déjà mis le « Song of Saul » de Byron en musique en 1863, et a fait plus tard, en 1867, une version russe avec une partie du « Chant des chants ».

    La version de « La Destruction de Sennacherib » de 1866-1867 est en trois parties, avec des sections « sauvages » extérieures qui encadrent une section chorale centrale plus mesurée. Cette section centrale a été considérée comme trop intense par ses amis (Stasov, l’homme qui a assisté Moussorgski pour le livret de « Boris », l’a appelé « l’indispensable trio », une référence insultante aux modèles germaniques de composition). Ainsi, Moussorgski a entrepris la réécriture de la pièce en 1874. Bien qu’il ait réécrit les paroles de la première section externe, il a laissé la musique quasiment inchangée. Par contre, il a laissé tomber « l’indispensable trio » et a mis à la place ce que son biographe M. D. Calvocoressi a appelé « la musique la plus banale que Moussorgski ait jamais composée ». Aucune des deux versions ne peut être considérée comme un chef-d’œuvre. Mais la pièce mérite la distinction d’être la dernière de ses oeuvres que Moussorgski ait entendu lors d’une représentation du 3 février 1881, un peu plus d’un mois avant sa mort. (Source : allmusic.com/composition/the-destruction-of-sennacherib-for-chorus- orchestra)

    La première du ballet « La Bayadère » (La danseuse du temple) du chorégraphe français Marius Petipa, sur une musique de l’autrichien  Léon (Ludwig) Minkus, initialement crée en 4 actes et 7 tableaux, a eu lieu au Théâtre Bolchoï de Saint-Petersbourg en février 1877. Toutefois, à partir de 1920, l’acte final (acte 4, connu comme « La colère des Dieux ») a été supprimé de la production. Dans cet acte, au moment même ou dans le temple, le brahmane unit les mains du couple Solor (le guerrier) et Gamzatti (la fille du rajah), les dieux se vengent du meurtre de Nikiya (la Bayadère) en détruisant le temple et ses occupants.

    Ce n’est qu’en 1980 que la version complète a de nouveau été reprise par l’American Ballet Théâtre, puis en 1992 par Rudolf Nureyev pour le ballet de l’Opéra de Paris et en 2001 par Sergei Vikharev, dans une reconstruction de la mise en scène de 1900 de Petipa.

    Les véritables raisons de la suppression de l’acte 4  ne sont pas connues. Les historiens ont avancés maintes raisons possibles : lors de l’inondation de  Petrograd en 1924, de nombreux décors et costumes du Théâtre Mariinsky ont été détruits, dont les décors de l’acte 4.Il est donc probable qu’après la révolution, le théâtre n’avait pas les fonds nécessaires pour de nouveaux décors. Une autre explication veut qu’après la réquisition du personnel lors de la Révolution d’Octobre, le théâtre ne disposait plus du personnel nécessaire, cette dernière partie réclamant en effet beaucoup de moyens et donc de machinistes. Une troisième version veut que le régime soviétique n’accepte pas la représentation théâtrale qui comprenait des thèmes de Dieux hindou qui détruisent un temple. Et il se peut même fort bien que les trois raisons aient contribués à l’omission de cet acte 4 pendant plus de 70 ans. (Source : Wikipedia)

    L’oeuvre « Métamorphoses » de Richard Strauss, en un seul mouvement pour 23 instruments à cordes, est une effusion de douleur sur la destruction des villes de Dresde, Weimar et Munich, en 1945. Elle reprend la Marche funéraire de l’Eroïca.

    Il s'agit d'une commande du chef d’orchestre et mécène suisse Paul Sacher, mais l'essentiel de « Métamorphoses » était déjà écrit avant. Elles ont été composées sous le coup de l'émotion causée par la dévastation d'une partie de l'Allemagne lors de la seconde guerre mondiale. Une esquisse à peu près contemporaine portait d'ailleurs en sous-titre « Complainte sur Munich » en référence à la destruction du théâtre national de cette ville en 1943. Il s'agit de l'une des dernières partitions du musicien, alors octogénaire. Elle s'inscrit dans le cadre d'un retour à la musique instrumentale pure établissant un lien entre la fin de la vie de Strauss et ses années de jeunesse.

    Les 23 instruments sont 10 violons, 5 altos, 5 violoncelles et trois contrebasses, soit 5 quatuors à cordes et trois contrebasses.

    La première a lieu le 25 janvier 1946 sous la direction de Paul Sacher à la tête du Collegium Musicum de Zurich.

    (Source : CLASSIC CD, juillet 1996 + Wikipedia)

    L’extrait suivant de « Métamorphoses »  est interprété par la Philharmonie de Berlin, sous la direction de leur chef à vie Herbert von Karajan :

      

    Je me suis sérieusement posé la question si la chanson « Symphony of destruction », du groupe Trash metal américain Megadeth », pouvait avoir un « droit de cité » dans cette énumération d’œuvres classiques, mais finalement, a part son titre qui colle parfaitement au fil rouge de ce blog (d’accord, j’avoue que c’est un peu tiré par les cheveux), il y a également, tout au début, un modeste 1/49 d’introduction de musique classique, soit 5 secondes sur un total de plus de 4 minutes. Tout de même !

    Alors voilà :

    Les paroles de « Symphony of destruction » (extrait de l’album « Countdown to Extinction » de 1992) parlent d'un citoyen ordinaire qui pourrait être placé dans une position où il peut diriger le pays pendant que la nation est traitée comme des marionnettes par un gouvernement fantôme. Le joueur de flûte (The Pied Piper) est une référence au personnage principal dans le poème de Robert Browning « Le Joueur de flûte de Hamelin ».

    Écrit par le chanteur du groupe Dave Mustaine, la chanson a été considérablement diffusée sur les radios et a eu une place importante dans les charts, faisant de cette chanson l'une des plus connues de Megadeth. Wayne Isham a réalisé le clip vidéo pour « Symphony of Destruction », une vidéo très controversée qui a été censurée à cause d'une scène d'assassinat qu'MTV jugeait « trop sévère ». La vidéo présente chaque membre du groupe jouant individuellement, avec une histoire non linéaire filmée en noir et blanc autour d'un candidat politique qui est assassiné, d'anarchie massive et d'émeutes provoquées par l'événement.

    Quant à l’intro de musique classique, au début de la chanson, il s’agit de « Offertorium - Domine Jesu Christe », extrait du « Requiem » KV 626 de W. A. Mozart. (Source : Wikipedia)

    Voilà qui est fait - quant à tous les puristes que j'ai pu offenser avec cet écart de conduite, je leur demande humblement pardon! Je ne le ferais plus, promis!

    Mais pour terminer ce billet, je voudrais tout de même ajouter, à tout ce gâchis, une petite touche constructive :

    Je vous adresse donc à toutes et à tous mes vœux les plus sincères pour une heureuse nouvelle année 2013.

    A bientôt.

     


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