• C comme Chasse (2ème partie)

    Partie seconde : de Berlioz (Romantisme) à Reverdy (Musique contemporaine)

    Continuons alors à explorer la myriade d’œuvres évoquant la chasse, ainsi que les nombreux compositeurs et interprètes qui se sont adonnés avec passion à ce sport -

    dont certains avec plus ou moins de chance, et d’autres avec du gibier plutôt inhabituel dans la ligne de mire :

    Le très populaire « Rendez-vous de chasse » en ré majeur de Gioachino Rossini (1792-1868) est une grande fanfare pour 4 trompes de chasse et orchestre, une œuvre de circonstance composée en 1828 et dédiée au Baron Schickler à Rambouillet, alors que Rossini s’y trouvait en vacances.

    La vaste forêt (plus de 12'000 hectares) qui entoure le château de Rambouillet a toujours été le théâtre des plus splendides chasses depuis le 16e siècle. Louis XVI par exemple, pris dans les tourments de la révolution, regrettait amèrement la suppression des prérogatives de la chasse royale. Dans son journal de 1789, on peut ainsi lire : « Le cerf court tout seul dans le parc en bas ! ». Et si Louis XVIII n’est venu qu'une seule fois à Rambouillet, Charles X par contre, qui était d’ailleurs le protecteur de Rossini, aimait beaucoup s’y adonner à la vénerie.

    Quant au baron Jean-Georges Schickler, issu d’une famille de banquiers protestants de nationalité prussienne mais vivant en France, il était également un fervent chasseur et Rambouillet était un de ses lieux de prédilection. A tel point que, suivant l’abdication de Charles X, le 2 août 1830, le château et le parc lui ont été loués, par l'administration des domaines, pour une période de douze ans. (Source : muziekweb.nl/Link + Wikipedia).

    Voici ce fameux « Rendez-vous de chasse », interprété par les cornistes J.M. Vinit, M. Garcin-Marrou, P. Poigt et B. Schirrer, accompagnés par l’Orchestre de Paris sous la baguette de Semyon Bychkov, à l’occasion du 30e anniversaire de la phalange.

    Détail amusant : dans cet enregistrement, les cors usuels sont remplacés par des -

    tuyaux d'arrosage ! Croyez-moi, le résultat est étonnant.

    Mais écoutez plutôt :

    L’évocation de la chasse, nous la trouvons également dans les opéras de Rossini, par exemple dans « La Donna del Lago », inspiré par un poème de Walter Scott qui se déroule en 1530 en Ecosse et où une battue de chasse sert de prétexte au roi, guidé par le bruit de la beauté de la mystérieuse dame du lac, pour se lancer à sa recherche.

    D’autre part, des motifs de chasse très populaires clôturent la seconde partie de l’ouverture de « Guillaume Tell » et au début du deuxième acte, nous assistons à une chasse où les chevaux traversent la scène au galop et où la fanfare retentit.

     

    Ce même « Guillaume Tell » a d’ailleurs fortement inspiré le pianiste et compositeur autrichien Carl Czerny (1791-1857), qui est l’auteur  d’un « Rondeau de chasse sur le refrain favori de « Guillaume Tell » de Rossini ».

     

    Albert Lortzing (1801-1851), l'un des principaux représentants de la variante germanique de l'Opéra comique, le Spieloper, a écrit en 1842 un « Wildschütz » (Le braconnier), basé comme toutes ses œuvres sur les déguisements, les confusions, les travestissements et les jeux de rôles, c’est-à-dire tout bonnement sur les éléments de base du théâtre. Déjà à la fin de l’ouverture, un coup de fusil qui retentit au fond laisse présager l’action qui va suivre.

    Avec cette oeuvre, Lortzing a réussi une comédie musicale avec quelques coups de pattes mondains à la dominance des nobles et à la « Biedermeierzeit » (La Restauration). Mais malgré la critique masquée de la société, la musique reste toujours légère et enjouée à travers toute l’œuvre. (Source : Wikipedia)

     

    C comme Chasse (2ème partie)

    Albert Lortzing

    Dans un registre plus léger encore que les opéras comiques de Lortzing, mais qui date de la même époque, je veux parler de la valse viennoise, la chasse ne pouvait pas faire défaut non  plus :

    Josef Lanner (1801-1843), d’abord ami et partenaire de Johann Strauss père, plus tard concurrent, est considéré comme le précurseur de la valse viennoise. Dans son « Galop de chasse » op. 82 avec le sous-titre « Jägers Lust », l’atmosphère des fêtes du « Biedermeier » est réellement palpable.

     

    Johann Strauss II (1825-1899) nous fait participer à une chasse avec la célèbre polka « Auf der Jagd » (A la chasse) op. 373. Cette oeuvre enlevée, dont la composition est basée sur des mélodies de l’opérette « Cagliostro in Wien », se termine par un coup de fusil qui, dans une salle de concert, risque de réveiller en sursaut tous les malheureux auditeurs qui n’auraient pas résisté au sommeil. Car il y en a !

     

    Giuseppe Verdi (1813-1901) a beaucoup aimé la chasse et s’y est adonné pendant des heures et des heures, tout particulièrement à la chasse au gibier d’eau peuplant les marais et les bois au bord du Pô : canards sauvages, perdrix, faisans, cailles et pigeons lui semblaient meilleurs s’il les a lui-même tués et sont donc venus agrémenter son garde-manger.

    Lui aussi évoque la chasse dans ses œuvres : Dans « Don Carlos » par exemple, c’est au cours d’une chasse organisée par le roi que Carlos, fils de Philippe II d'Espagne, croise Élisabeth, accompagnée de son seul page Thibault, alors qu'elle s'est égarée. Et la version italienne de Modène de 1886 (car d’autres versions commencent avec l’introduction des bûcherons), s’ouvre même par un sémillant « Chœur des chasseurs ». (Source : operacritiques.free.fr)

    D’autre part, dans « Luisa Miller », le premier final commence par un air festif, ici celui des chasseurs qui prennent part à la chasse organisée par le Comte. (Source : Wikipedia)

     

    Dans « Les Fées », opéra achevé à l’âge de 20 ans et qu’il n’a jamais vu de son vivant, Richard Wagner (1813-1883) a mis en musique la poursuite par un chasseur humain d’une biche qui se transforme en être surnaturel et les problèmes que posent au royaume surnaturel l’alliance d’une des leurs et d’un humain.

    Wagner a eu toutes les peines du monde à faire monter « Les Fées » à Leipzig, et a fini par y renoncer. Sans doute parce que deux ou trois ans plus tard, cette partition ne lui semblait plus le mériter. Il a d’ailleurs spécifié de son vivant que cet opéra devait être laissé dans les tiroirs et y rester.

    Aussi, pour ce faire, il a carrément choisi le plus beau tiroir qui soit :

    Il a fait cadeau de sa partition manuscrite à Louis II de Bavière, son grand admirateur et mécène, pour son Noël 1865 !

    Bien plus tard, ce même manuscrit a d’ailleurs été offert comme cadeau à Adolf Hitler, un autre fervent admirateur de Wagner et il paraît qu’il aurait péri dans les flammes avec son nouveau propriétaire dans le Bunker de Berlin. (Source : operachroniques.over-blog.com + Wikipedia)

    Dans « Tannhäuser », Richard Wagner évoque une partie de chasse du Landgrave de Thuringe qui traverse la vallée ; il s’agit d’anciens compagnons du chanteur et poète Tannhäuser, dont son ami le plus cher Wolfram von Eschenbach, qui l’invite à les rejoindre : « Gegrüsst sei uns, du kühner Sänger ».

    Au 2ème acte de « Tristan et Isolde », Melot, un ami de Tristan, organise une chasse nocturne pour que les deux amants puissent se rencontrer sans crainte.

    Puis la « Walkyrie » évoque la chasse, ainsi que le « Crépuscule des Dieux » et Hagen, l’assassin de Siegfried, essaye même de faire croire à Gutrune que ce dernier aurait été tué par un sanglier !

    Mais bien avant déjà, pendant son séjour à Riga (1837-1839), Wagner a ré-instrumenté le chœur des Chasseurs (non pas celui du « Freischütz », mais celui d’« Euryanthe ») de Carl Maria von Weber !

    Sans doute pour se faire la main !

    C comme Chasse (2ème partie)

    Richard Wagner

     

    Dans la phase postromantique, le poème symphonique « Le Chasseur maudit » du compositeur belge César Franck (1822-1890) s'inspire de la ballade « Der wilde Jäger » du poète allemand Gottfried August Bürger. Il est divisé en 4 sections, pour lesquelles le compositeur a rédigé un véritable programme :

    « Dans le premier mouvement, entre le son des cloches, les cris de la foule et l’entonnement d’un chant, on entend le cor de chasse du comte du Rhin qui se prépare pour aller à la chasse. Au cours du second mouvement, la chasse bat son plein à travers les champs et les marais. Une voix ordonne au comte d’écouter le chant des pieux, mais celui-ci refuse et entraîne son cheval en avant. Dans le troisième mouvement, il se retrouve seul, son cheval ne peut plus bouger et son cor n’émet plus aucun son. Un thème perçant formule la malédiction : « Profanateur, soit pour toujours chassé par le diable ». Dans le dernier mouvement, des flammes surgissent et le comte s’enfuit, pourchassé en enfer pour l’éternité.

    Du poème, Franck a parfaitement su rendre l'atmosphère sombre et fantastique, notamment par ses lugubres appels de cor et sa subtile orchestration. (Source : musicwithease.com/franck-chasseur-maudit)

    Ecoutons la splendide version intégrale de cette oeuvre, interprétée par l’Orchestre du Capitole de Toulouse, sous la baguette de Michel Plasson :

    Une autre oeuvre de Franck, le troisième des six quatuors pour quatre cors, s’appelle également « La chasse ». Il faut donc croire que même au 20e siècle encore, il était dans l’intention des compositeurs de transcender et ainsi de maintenir en vie la chasse dans et avec leurs œuvres.

     

    Dans la Symphonie N° 4 en mi bémol majeur, dite «  Romantique » (WAB 104), d’Anton Bruckner (1824-1896), le troisième mouvement s'ouvre sur la fameuse « chasse » : appels, signaux, trouées de lumières dans la brume, galops dans les clairières, les armes, le gibier, les cors et les chiens - tout y est dans ce thème quasiment « pictural » !

    Le titre de celle qui deviendra la plus célèbres de ses symphonies, « Romantique », a été donné par le compositeur lui-même. Il a annoté plusieurs passages : « ville médiévale », « chevaliers se lançant au-dehors sur de fiers chevaux » pour le premier mouvement, « amour repoussé » pour le second, « danse pour le repas de chasse » pour le troisième… Seul le dernier mouvement n'a pas de sous-titre littéral.

    Il faut dire que Bruckner, qui n’a probablement jamais tué une mouche, et surtout jamais activement participé à une chasse, a réussi dans cette œuvre une peinture extrêmement réaliste d’une partie de chasse, en omettant aucun détail.

    Dans l’extrait suivant (III. Scherzo, Bewegt) de cette symphonie, que je considère personnellement comme la plus belle de Bruckner, la Philharmonie de Berlin est dirigée par Eugen Jochum, (1965) – spécialiste du répertoire austro-germanique, principalement symphonique, du XIXe siècle. Ses enregistrements des symphonies et de la musique religieuse d'Anton Bruckner, dont il a été l'un des premiers champions fidèle aux versions originales, continuent de faire autorité :

     

    Par contre, de ce même Bruckner, de mauvaises langues prétendent qu’il a fait une fixation sur des jeunes filles de 15 et 16 ans et qu’il lui est arrivé quelque fois d’avancer des propositions de mariage aussitôt qu'il les avait rencontrées. Et que, parfois aussi, il aurait désespérément fait la chasse aux filles de chambre dans les hôtels qu’il fréquentait ! (Source: Classic CD, janvier 1996: The secret Life of the great Obsessive)

    Ceci n’est évidemment qu’une anecdote! Mais comme elle nous montre un Bruckner dans un rôle tellement inhabituel, celui du chasseur de jupons, je vous la livre quand-même ! 

     

    Le cycle « Ma Patrie » (Má vlast) de Bedrich Smetana (1824-1894) comprends six poèmes symphoniques nationalistes dont l’un, sous-titré « La Moldau » (La Vltava), dépeint tout le cours de la plus longue rivière de Bohème depuis la source jusqu’à l’Elbe, dont elle est un affluent. Smetana connaissait bien La Vltava et la campagne environnante, qu’il dépeint en manipulant les motifs et les ressources orchestrales avec beaucoup d’ingéniosité. L’ouverture évoque de manière saisissante les deux ruisseaux à la source de la rivière, puis débouche sur l’ample thème déferlant (exposé par les violons) qui représente la Vltava – incontestablement l’air le plus célèbre de Smetana. Les épisodes suivants évoquent une chasse en forêt (fanfares de cuivres), une noce paysanne (rythme de polka), des naïades au clair de lune (cordes en sourdine et bois murmurés), le tourbillon des rapides de Saint-Jean et, finalement, l’arrivée majestueuse de la rivière à Prague et sa progression jusqu’à l’Elbe. (Source : Wikipedia + nac-cna.ca/fr/news)

    Qui de mieux alors que l’Orchestre Philarmonique Tchèque, sous la direction de Raphael Kubelik, pour interpréter cette musique magnifique! Alors inspirez un grand coup avant de lancer la vidéo :

     

     

    Après une vingtaine de jours de vie commune seulement avec son épouse Antonina Ivanovna Miliukova, Piotr Ilitch Tchaikovski (1840-1893) a quitté son domicile conjugal (qui n’en a jamais réellement été un) pour se rendre chez sa sœur à Kamenka, en Ukraine, sous prétexte de cure. Il y a poursuivi l’orchestration de la « quatrième symphonie » et de quelques scènes d’ « Eugène Onéguine », tout en se découvrant une passion pour la chasse. (Source : Violaine Anger, Tchaikovski. Editions Jean-Paul Gisserot).

    Etait-ce l’envie d’échapper à la morosité de son foyer et de se plonger dans l’ambiance festive de la chasse ? Ou la transposition inconsciente de l’envie de tuer sa femme, qu’il était de toute façon parfaitement incapable d’aimer ?

    Mais ceci est encore une autre histoire.

    Quoi qu’il en soit, toujours est-il que de nombreuses œuvres de Tchaikovski évoquent une scène de chasse, tels que les ballets « Lac des cygnes » et « La belle au bois dormant », l’opéra « Yolande » ainsi que la symphonie « Manfred », d’après le poème dramatique Manfred de Lord Byron, dédiée à Mili Balakirev qui en a proposé le thème à Tchaïkovski et s’est efforcé de diriger son travail.

    Au sujet du second mouvement, Balakirev a donné les instructions suivantes : « Adagio pastorale (la majeur). Bien sûr, au début du mouvement, vous aurez à écrire quelque chose suggérant une chasse, mais il faudra être très attentif à ne pas sombrer dans le banal. Dieu vous préserve des vulgarités dans le style des fanfares allemandes et de la Jägermusik (musique de chasse). » (Source : Wikipedia)

    Dans « Les Saisons » op. 37b, une suite de pièces pour piano évoquant les 12 mois de l’année en Russie, dont les titres originaux étaient donnés en français (sans doute pour satisfaire au snobisme ambiant), le mois de septembre décrit également la chasse. (Source : Wikipedia)

    C comme Chasse (2ème partie)

    Piotr Ilitch Tchaikovski

     

    L'actuel musée dédié à Antonín Dvořák (1841-1904) est abrité dans le petit château néo-Renaissance qui a été construit en 1878 dans le domaine de Vysoká, petite commune à 70 km au sud-ouest de Prague, par le beau frère du compositeur, le comte Vaclav Kaunitz.

    Dvořák y venait souvent rendre visite aux époux Kaunitz et séjournait alors dans la maison de l'intendant, à la limite d’une vaste réserve de chasse. La forêt qui entoure le château dissimule un petit lac, au bord duquel Dvorak a puisé l’inspiration pour son opéra majeur : « Rusalka ». Ce lac a été le but régulier des promenades de Dvorak, et c’est à cet endroit magique qu’il a inscrit les notes des airs du futur opéra « Rusalka » qui lui venait à l'esprit sur les manchettes de ses chemises. Lorsqu'elles étaient entièrement griffonnées, il disait à son fils: « Antoine, on rentre, il n'y a plus de place pour écrire ! »

    C’est vers le bord de ce lac précisément que dans le livret de l’opéra, le prince, au cours d’une chasse, se voit attiré et qu’il fait la rencontre avec Rusalka, la créature des eaux qui est amoureuse de lui. (Source : radio.cz/fr/rubrique/culture/vysoka + Wikipedia)

    Mais dans le poème symphonique « Le Rouet d'or » déjà, qui a préparé la voie à l’opéra-conte lyrique qu’est « Rusalka », Dvorak évoque la chasse. L’oeuvre est organisé en sept sections, et il s’ouvre en campant à merveille le personnage du roi à cheval, qui s’est égaré pendant la chasse : motif du trot aux cordes graves, suivi du thème du roi, aux cors, sur le rythme des premiers vers d’une légende nationale écrite par Karel Jaromir Erben. (Source : lemaroc.org/musique)

    Et son oratorio « Sainte-Ludmilla », partition monumentale écrite pour l’Angleterre (une commande pour le Festival de Leeds), proche autant de la légende de Saint-Hubert que de la mythologie wagnérienne et qui regorge de beautés mélodiques, est une autre invitation à la chasse à travers les forets de Bohème. (Source : alain.cf.pagesperso-orange.fr)

    C comme Chasse (2ème partie)

    Antonin Dvorak

     

    Pour son opéra « La petite renarde rusée », créée en 1924 à Brno, le tchèque Léos Janacek (1854-1928) a été inspiré par une série de bandes dessinées, parues dans un quotidien de Brno et qui exploitent le thème de la chasse.

    C comme Chasse (2ème partie)

    Leos Janacek


    Ruggero Leoncavallo (1857-1919), féru de Wagner, a tenté de réaliser l'équivalent d'une Tétralogie, dont l'histoire se situe au temps de la Renaissance italienne ; or il n’a mené à terme que l’opéra en 4 actes « I Medici », qui est en fait le premier volet de la trilogie incomplète « Crepusculum ». Il s’agit d’une oeuvre assez peu connue et très peu enregistrée, dans laquelle l'influence de Wagner apparaît effectivement à certains endroits, notamment dans le « Prélude avec fanfare de chasse » (Preludio E Fanfara Da Caccia), qui évoque d’ailleurs également la quatrième symphonie d'Anton Bruckner ! (Source : amazon.fr)

    C comme Chasse (2ème partie)

    Ruggero Leoncavallo

     

    Le succès que connaissaient ses œuvres en Allemagne ont conduit le finlandais Jean Sibelius (1865-1957) à donner des titres allemands à ses trois nouvelles pièces constituant la deuxième série des « Scènes Historiques II » op. 66, crée à Helsinki en 1912 sous la direction du compositeur. Le N° 1 (IV), « Die Jagd » (La chasse) retrace l’atmosphère d’une chasse royale : les fanfares et les appels des cors en dessinent à grands traits l’ambiance et le charme. (Source : Jean-Luc Caron : Jean Sibelius. L’âge d’homme)

    C comme Chasse (2ème partie)

    Jean Sibelius

     

    La « Cantata Profana » a été écrite en 1930 d'après une fable transylvanienne que Béla Bartók (1881-1945) avait collectée lors de ses pérégrinations ethnomusicologiques dans la campagne roumaine. Inspirée de chansons populaires roumaines traduites en hongrois par le compositeur, cette étonnante cantate raconte l'histoire d'un chasseur qui n’a enseigné à ses neufs fils ni le labour, ni l'élevage, mais la chasse dans les monts. Un jour, en suivant une horde prodigieuse, les fils se perdent et sont magiquement métamorphosés en cerfs. Le vieillard prend son arc et part à leur recherche; près d'une source, il aperçoit neuf cerfs, s'apprête à tirer, mais le plus grand s'écrie: « Ne tire pas, père, sinon nous te ferons rouler de pré en pré ». Le père les supplie alors : « Rentrez, auprès de votre mère... Les flambeaux sont allumés, la table est mise... », mais le fils renvoie son père solitaire à la maison : « Mes bois ne passeront pas les portes »...

    Or cet univers magique et légendaire est pour Bartók l'occasion d'exprimer un puissant sentiment de la nature à travers une partition orchestrale et vocale qui constitue une sorte d'hommage à Bach, tout en exaltant l'esprit de la tradition folklorique. (Source : home.scarlet.be/cep/CAHIERS)

    L’extrait suivant est interprété par John Aler, ténor et John Tomlinson, baryton, accompagnés par l’Orchestre Symphonique et les Chœurs Symphoniques de Chicago sous la direction de Pierre Boulez :

     

    Alfredo Catalani (1884-1893), née à Lucques (Lucca en italien) comme ses confrères compositeurs Franceso Geminiani, Luigi Boccherini et Giacomo Puccini, est surtout célèbre pour son opéra « La Wally », situé dans les Alpes tyroliennes et dont l’héroïne, Wally, refuse d’épouser l’homme imposé par son père. La chasse n’est ici qu’indirectement évoquée, à travers l’air « Non è l’oro » du jeune chasseur Hagenbach (dont Wally est amoureuse), qui se vante de manière arrogante d’avoir tué un ours géant d’une seule balle dans le cœur.

    La complexité scénique de cette œuvre, qui exige des décors plus suggestifs que descriptifs, (car comment représenter une avalanche qui emporte Hagenbach?) est une des raisons qui font qu’elle ne soit que très rarement présentée sur scène. (Source : Wikipedia)

    L’air de Wally « Ebben ? Ne andrò lontana » de l’acte I est pourtant connu à tel point qu’on peut parler sans exagération de « tube », dont il existe de très nombreuses enregistrements fait par des cantatrices telles que la Callas, Gheorghiu, Hendricks, Tebaldi, Te Kanawa et j’en passe et des meilleures.

    Aussi, au risque de sortir un tout petit peu du sujet, mais à défaut de vidéo avec l’air de Hagenbach, je vous présente un extrait avec « Ebben ? Ne andrò lontana ». Il est interprété ici par la soprano américaine Wilhelmina Fernandez, devenue célèbre grâce au film « Diva » de Jean-Jacques Beinex et dont le sujet, excusez du peu, est également une sorte de chasse -

    A la K7 !

     

    Qui ne connaît pas « Pierre et le Loup », ce conte musical écrit par Sergueï Prokofiev (1891-1953) en 1936 ? En effet, après plus d'un demi-siècle, cette oeuvre reste sans conteste la plus populaire des pièces pour enfant du répertoire. Ecrit par le compositeur lui-même, l’argument est très simple, et la finalité est bien entendu d'ordre pédagogique. Mais laissons la parole à Prokofiev :

     « Chacun des personnages de ce conte est représenté par un instrument de l'Orchestre : l'oiseau par la flûte, le canard par le hautbois, le chat par la clarinette staccato (détachée) dans le registre grave, le grand-père par le basson, le loup par les accords des trois cors d'harmonie, Pierre par le quatuor à cordes, les coups de feu des chasseurs par la timbale et la grosse caisse. Avant l'exécution, il est préférable de présenter ces divers instrumentes aux enfants et de leur jouer les différents motifs. De cette façon, ils apprendront sans effort à identifier les différents instruments. » (Source : crous-paris.fr/ocup/repertoire)

    Voici donc l’histoire de « Pierre et le loup », non pas dans la célèbre version de Walt Disney, dont la vidéo a été bloquée pour des raisons de droits d’auteur, mais racontée par le comédien Lambert Wilson, avec l’orchestre du Capitole de Toulouse sous la direction de Michel Plasson :

     

    A quatorze ans déjà, Giacomo Antonio Domenico Michele Secondo Maria, bref, Giacomo Puccini (1858-1924) a tenu l’orgue à l’office à Lucca (Lucques), son lieu de naissance, et il y a improvisé à merveille. Mais en garçon paresseux, il a négligé la théorie et préféré se livrer à la chasse aux oiseaux, activité favorite à laquelle il s’adonnera durant toute sa vie.

    On peut même dire que parmi les compositeurs et musiciens chasseurs, Puccini détient incontestablement la palme d’or (ou le diapason d’or si vous préférez), car il était chasseur au propre comme au figuré, et chasseur jusqu’au bout des ongles, dont l’instinct ne se satisfaisait d’ailleurs pas du gibier à plumes uniquement.

    Il y a les librettistes aussi.

    Ainsi que les femmes, belles et faciles, et innombrables dans son tableau de chasse.

    Dans la plaine marécageuse qui mène à Lucques, sa ville natale, sur les bords du lac de Masaciucolli, Puccini a trouvé son véritable port d’attache. Endroit idéal pour y puiser son inspiration ; et pour la chasse aux canards et aux oies sauvages. Le lac et les marais étaient le domaine incontesté de Puccini et de ses amis chasseurs. Des heures entières, il a guetté les malheureux volatiles depuis une barque à fond plat, les mitraillant d’un véritable canon fixe qui aurait suffi à épouvanter les habitants de Nagasaki. L’arme, ainsi que les dépouilles empaillées de ses victimes (dont il a décimé la population), occupent toute une pièce de la villa Puccini, à Torre del Lago. (Source : Diapason, mai 2000; Vincent Agrech: Voyage en Italie)

    Voici, rapidement résumée, la vie de Puccini qui se définissait lui-même comme : «Un puissant chasseur d’oiseaux sauvages, de livrets d’opéras et de belles femmes»; et il a ajouté: «Imaginez un peu : si je ne m’étais pas occupé par hasard de musique, je n’aurais rien réussi à faire dans le monde!» (Source : programme-tv.com/television/21533699/The-Dark-Side-of-the-Moon--Portrait-de-Giacomo-Puccini)

    Ce tonton-flingueur de la musique, qui canardait la volaille aquatique (c’est le cas de le dire) avec une arme plus proche de la mitraillette que du fusil, était un chasseur terrible dans tous les actes de sa vie. Et si il a composé les opéras les plus populaires qu’on n’ait jamais écrit, il a également usé un nombre insensé des librettistes, tant sa recherche d’un texte parfait le taraudait. (Source :programme-tv.com/television/21533699/The-Dark-Side-of-the-Moon--Portrait-de-Giacomo-Puccini)

    Une femme parmi d’autres, Giulia, était la tenancière du bar au bord du lac ou Puccini vivait et ou il avait l’habitude de se retrouver avec ses amis chasseurs. Le réalisateur italien Paolo Benvenuti a reconstruit ce bar pour son nouveau film « Puccini et la jeune fille », basé sur des documents historiques rarissimes. Un film qui pourrait avoir des conséquences. Parce que ladite Giulia avait un fils illégitime, dont elle n’a jamais dévoilé le père. Selon Benvenuti, plusieurs facteurs laissent croire qu’il s’agirait du fils de Puccini. « Car la ressemblance sur des photos est frappante. » Pour être sûr, les héritiers de Giulia ont demandé un test ADN. La procédure est en cours. S’ils emportent gain de cause, il y aurait d’autres héritiers à côté de la petite-fille Simonetta Puccini ! Simonetta qui a elle a déjà fait appel à la justice et à un test ADN pour prouver qu’elle est la fille du fils Antonio Puccini !

    Et comme Puccini ne pouvait composer que quand il était amoureux, « comme il l’a lui-même affirmé » -

    bon nombre des femmes aimées par lui ont alors fini dans une mélodie ! Ainsi, Giulia se retrouve sur également scène, car du point de vue du caractère, Giulia correspond à Minnie, la tenancière du bar dans « La fanciulla del West ». Toujours selon Benvenuti, « Son habile maniement des hommes et des fusils est le thème de cet opéra que Puccini a situé en Amérique ! » Cet opéra a remporté un succès immense lors de la création au Metropolitan Opera de New York, en 1910, sous la direction d’Arturo Toscanini. Et si cette oeuvre parle également d’une chasse - c’est d’une chasse à l’homme en l’occurrence! (Source : giacomopuccini.it/fra/la_storia.htm)

    Voici le lien vers la vidéo (en anglais, dont l’intégration a été désactivée sur demande!) qui nous montre Puccini partir en barque à la chasse au canard !

    http://www.youtube.com/watch?v=gYqIdOI_Rdw

     

    La française Michèle Reverdy (1943), professeur d’analyse et d’orchestration au Conservatoire de Paris jusqu’en 2009 et productrice à Radio France de 1978 à 1992, est l’auteur de 75 œuvres allant de la pièce pour instrument soliste à l'opéra et la musique symphonique, Son opéra « Le Fusil de chasse », d'après Yasushi Inoué, a été crée en mars 2000 à Reims. Suite à la lecture du livre d’Inoué, Michèle Reverdy dit avoir été séduite par l’idée de construire une dramaturgie musicale à partir de ces trois lettres de femmes adressées à un homme devenu solitaire.

    « Je considère le fusil comme un symbole de la solitude, mais aussi de la mort ; il est également le signe représentatif d’une place élevée dans la hiérarchie sociale. L’emblème du fusil peut donc, dans son ambiguïté, représenter le sujet central du livre, qui est, à mon sens, celui du mensonge. » (Source : Wikipedia + Michélereverdy.com)

     

    Parmi les nombreux autres musiciens qui se sont adonnés avec passion à la chasse, j’aimerais vous citer encore les exemples suivants :

    Le comte Géza Zichy (1849-1924), pianiste et compositeur hongrois, a perdu son bras droit dans un accident de chasse, mais sa détermination de devenir pianiste était plus forte que son handicap et il a persévéré en écrivant et en interprétant de la musique de piano pour la main gauche. Malgré ses limites, il a fait une carrière couronnée de succès en tant que pianiste et compositeur. Il a donné des concerts entiers pour la main gauche uniquement. (Source : Wikipedia)

    Et le fait d’avoir perdu un bras ne l’a d’autre part pas empêché non plus de continuer à s’adonner à son sport favori, la chasse. Egalement avec succès, comme le prouve la photo ci-dessous :

    C comme Chasse (2ème partie)

    Le comte Géza Zichy (1849)

     

    L’allemand Gottlob Frick (1906-1994), l’une des plus brillantes de toutes les basses du XXe siècle, dont la carrière a duré jusque vers la fin des années 70, a voué une véritable passion à la chasse.

    Une anecdote veut qu’jour, il était invité à une grande chasse en Bavière. En fin de journée, les participants ont fait la fête, et tout le monde chantait. Soudainement, un chasseur s’est adressé à Frick en lui disant : « Vous savez, vous auriez dû travailler votre voix. Vous auriez sûrement pu en tirer quelque chose ». (Source : Tamino Klassik-Forum.at)

     

    Quant au ténor allemand Fritz Wunderlich (1930-1966), l'un des grands chanteurs de la seconde moitié du XXe siècle, il avait perdu son père à l’âge de 5 ans et trouvé en Gottlob Frick, de 24 ans son ainé, un ami paternel. Il habitait par intermittence la maison de ce dernier et partageait également sa passion, la chasse. Passion qui, d’une certaine manière, devait lui être fatale puisque peu après avoir chanté Tamino au Festival d’Edinburgh de 1966, lors d’un séjour dans la maison de chasse en Forêt Noire de son ami Frick, Wunderlich a glissé dans un escalier en pierre et est tombé avec la tête sur le sol. Il n’a jamais repris connaissance et est décédé le lendemain 17 septembre. (Source : BBC music, avril 2002 ; Richard Wigmore : Fritz Wunderlich).

    Malgré sa mort prématurée, Wunderlich nous laisse une discographie volumineuse dont, tout en restant strictement dans le sujet, je ne citerai que son interprétation magistrale de: « Der Jäger » (Le chasseur), extrait du cycle « Die schöne Müllerin » (La belle meunière) op. 25, D. 795 de Franz Schubert.

    Accompagné par le pianiste Hubert Giesen, Fritz Wunderlich interprète ici 4 Lieder de ce cycle, dont bien entendu « Le chasseur » (6.50 -8.00) :

     

     

    Or, même si l’évocation par la musique d’une vénerie, du galop des chevaux et des appels de cors créent une ambiance certaine, festive et même enlevée, il n’empêche que la chasse n’a pas que des adeptes inconditionnels, mais également des adversaires farouches :

    Ainsi, Anne Conrad Antonville, premier violoncelle de l'orchestre symphonique d'Eureka, en Californie, a démissionné de son poste: elle a boycotté la programmation de « Pierre et le Loup », de Sergueï Prokofiev, qui, selon elle, incite « à haïr et à craindre les loups, et à applaudir les chasseurs qui les traquent pour les tuer ». Le chef de l'orchestre californien, de son coté, a considéré que la violoncelliste a « quelque peu déraillé ».

    Ecologie, quand tu nous tiens... (Source : Diapason, novembre 1994).

     

    Alors, afin de ne pas quitter sur une mauvaise « note » tous les opposants à la chasse qui m’ont malgré tout courageusement et fidèlement suivi à travers ce billet de A à Z (ou autrement dit de Rossini à Wunderlich), j’aimerais leur apporter la preuve noir sur blanc que même dans le monde de la musique, leurs revendications ont fait du chemin et que certains compositeurs ont édulcoré le sujet de leurs livrets en laissant leurs protagonistes s’adonner à des divertissements un tantinet moins barbares ! Bien que ….

    Un soldat en permission rentre chez lui après la guerre ; chemin faisant, il s’arrête pour se reposer et tire de son paquetage un petit violon. C’est le charme de sa musique qui attire un quidam auquel le soldat aura le malheur de céder son instrument en échange d’un livre magique qui lui assurera la richesse.

    Dans ces quelques lignes, vous avez certainement déjà reconnu « L’histoire du soldat » d’Igor Stravinsky (1882-1971) et aussi son peu recommandable quidam, déguisé en chasseur de papillons

    mais qui n’est autre que la personnification du diable ! (Source : Wikipedia)

    Bon, admettons que cette première tentative n’est peut-être pas des plus heureuses, car remplacer le personnage du chasseur par le diable, même déguisé –

    Eh bien pour les adversaires de la chasse, c’est vraiment bonnet blanc et blanc bonnet.

    Mais j’ai un second exemple à vous offrir, dont le filet à papillons ne dissimule aucun tour de magie :

    L’action de l’opéra « Florencia en el Amazonas » du méxicain Daniel Catan (*1949) se situe, comme le titre l’indique, en Amazonie. Elle met en scène une chanteuse d’opéra légendaire, Florencia Grimaldi, qui se lance à la recherche de son amant perdu Cristobal, chasseur de papillons.

    Catan était le premier compositeur mexicain dont un opéra a été produit aux Etats-Unis ; il a également écrit de la musique de chambre et des œuvres symphoniques, ainsi que des musiques de film. Son style peut être décrit comme néo-romantique ou néo-impressionniste et son opéra, acclamé par la critique internationale, est considéré comme une des plus belles pages lyriques du XXe siècle ! (Source : Wikipedia + clicmusic.com)

    Et afin de cesser définitivement cette célébration harmonieuse de l’homme qui traque la bête, je termine ce billet en laissant les animaux tout simplement se débrouiller entre eux :

    La mythique « Voix de son Maître », à l'occasion de son centenaire, a publié un coffret d'anthologie de 10 CD. Un hommage particulier a été rendu au chien Nipper, un Jack Russel Terrier, qui appartenait au voisin du peintre anglais Francis Barraud. Refusé par l'Académie royale des beaux-arts « parce que personne ne comprendra ce que fait le chien », le tableau représentant l'animal écoutant la voix de son maître sortant d'un électrophone a été finalement vendu 100 livres à la Gramophone Company, droits de copyright compris.

    Or Nipper, mort à fin 1896, qui était devenu l'un des chiens les plus célèbres du monde, était un redoutable chasseur de rats dans les parcs de Liverpool. (Source : 24 Heures, 15-16 février 1997)

    Afin de ménager la sensibilité de certains lecteurs, la reproduction ci-dessous nous montre non pas le chien Nipper lors de son passe-temps favori, la chasse aux rats, mais le peintre Francis Barraud devant son tableau qui est devenu un des logos les plus connus au monde : « His Master’s Voice » :

     

    C comme Chasse (2ème partie)

    Francis James Barraud 

    A bientôt.

     


    Tags Tags : , , , , , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Dimanche 17 Novembre 2013 à 15:41

    bonjour,c'est la première fois que je viens sur ton blog,il est vraiment superbe,j'adore la musique classique,je te souhaite un très bon dimanche,amitié

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :