• C comme Chasse (1ère partie)

     

     

    Partie première : De Janequin (Renaissance) à Berlioz (Romantisme)

    Si au début de la période ou commencent nos connaissances « historiques », la traque et l’abattage d’animaux étaient indispensable à la survie et à la prospérité de l’homme, l’apparition de la sédentarité et de l’élevage ont progressivement réduit l’importance de la chasse et celle-ci est devenue par la suite un loisir, une passion, voire même un style de vie.

    Or, un grand nombre d’œuvres musicales de toutes les périodes – que ce soient des ouvertures, cantates, symphonies, opéras ou ballets - a été inspiré par des sons et des images de la chasse. Aussi, il est très probable que des compositeurs tels que Bach, Mozart, Haydn, Bizet et Strauss aient eu soit l’occasion de participer à des traques d’animaux, ou tout au moins de goûter à l’ambiance qui régnait autour d’un pavillon de chasse. Car ils composaient et jouaient pour les grands seigneurs de leur époque, dont la plupart possédaient un pavillon destiné aux joies de ce divertissement!

     

    C comme Chasse

     

    Puisque l’automne est une période propice à l’évocation de la chasse et que les compositeurs de tous temps nous ont laissé d’innombrables et fiers trophées, plongeons-nous alors dans cette ambiance si particulière, si joyeuse et si exaltante, à travers un florilège d’oeuvres que voici :

    Commençons avec le compositeur français de la renaissance Clément Janequin (env. 1485-1558) qui, bien qu’ordonné prêtre, est devenu célèbre non pas par sa musique religieuse (seulement 2 messes et un motet lui sont attribuées), mais par une vaste production de quelque 250 chansons profanes (dont certaines franchement grivoises, tel que le « Ramonez-moi ma cheminée), parmi lesquelles « La Chasse », « Le Chant des oiseaux » et « Les Cris de Paris » (ces deux œuvres utilisant des onomatopées en place des paroles).

    Janequin peut être considéré comme le premier bruitiste : il a tenté dans ses compositions de retranscrire ce qu'il entendait pour permettre aux personnes non présentes de ressentir les mêmes choses. Quand on écoute « La Guerre » ou « Les Cris de Paris », on a l'impression d'entendre, en dehors de l'aspect artistique, les sons présents à cette époque, comme si on avait pu les enregistrer. (Source : Wikipedia)

    C comme Chasse

    Clément Janequin

    Certains musiciens ont par ailleurs écrit des pièces dont la référence à Janequin est évidente. C'est le cas du franco-flamand Nicolas Gombert (env. 1495- env.1556), qui a laissé une « Chasse du lièvre » imitée de « La Chasse » de Janequin.

     

    Le français d’origine italienne Jean Baptiste Lully (1632-1687), surintendant de la musique de Louis XIV et qui excellait dans la musique descriptive, évoque la chasse dans différentes œuvres.

    Dans le « Ballet des Arts » (1663) par exemple se déroulent, autour d’un thème, des entrées plus ou moins en rapport les unes avec les autres, soit l’Agriculture, la Navigation, l’Orfèvrerie, la Peinture, la Chasse, la Chirurgie, et enfin la Guerre, dont chacune comporte un certain nombre de danses précédées d’un récit.

    Dans la tragédie en musique « Isis », surnommé « l'opéra des musiciens », chaque acte est l'occasion pour Lully de peindre avec une grande imagination une atmosphère chaque fois différente et pittoresque. L'acte III est à cet égard magnifique, avec une ambiance de chasse à cour avec cors qui préfigure la chasse des « Boréades » de Rameau.

    Quand à « Monsieur de Pourceaugnac », rare comédie-ballet de MM. Molière et Lully (et rarement jouée dans les temps récents), cette fantaisie qui prend place entre « L'avare » et « Le Bourgeois gentilhomme » et dont le sujet n’a rien à voir avec la chasse, a par contre été créée dans des circonstances très particulières : lors d'une grandiose partie de chasse royale, à Chambord en 1669. La pièce s’est donné dans les escaliers du château (!), lors des libations qui suivaient les journées de chasse, et semble tout entière empreinte d'une sorte de folie nocturne, d'ivresse, de vertige.

    Il en est de même pour le « Le Bourgeois gentilhomme », dernière comédie-ballet à laquelle Lully ait collaboré avec Molière, également créée à Chambord (le roi avait prévu d’y aller chasser ; cette comédie-ballet était l’occasion d’un divertissement supplémentaire) en 1670, avec Molière (M. Jourdain) et Lully (le Grand Muphti) dans les rôles principaux.

    Lully a entre autres utilisé le cor de chasse dans la comédie-ballet en cinq actes « La Princesse d'Elide », donnée lors des fêtes à Versailles le 7 mai 1664. (Source : Site Lully + Wikipedia)

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    Buste par Antoine Coysevox sur la tombe de Lully à la basilique Notre-Dame-des-Victoires de Paris.

     

    Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), a presque complètement été oublié jusqu'en 1953, lorsqu'il a été révélé par son emblématique « Te Deum », dont l'ouverture orchestrale sert d'indicatif à l'Eurovision. C’est probablement en 1684 qu’il a composé, à partir d'un livret anonyme, « Actéon », un divertissement qui est également qualifié de pastorale ou opéra de chasse en six scènes. Comme « La Descente d'Orphée aux enfers », c'est une œuvre très proche de l'univers de l'opéra, non seulement en raison du thème choisi, mais aussi par son indéniable dimension dramatique et psychologique telle qu'on peut l'entendre dans la plainte d'Actéon et le choeur de lamentations qui lui succède. L’endroit où cette pastorale à issue dramatique a été présenté nous est inconnu, par contre la date peut être située avec précision : la saison des chasses du printemps 1684. Plus tard dans l’année, probablement pour la saison de chasse automnale, l’œuvre a été révisé, le rôle-titre pour haute-contre a été changé en rôle de ténor et le titre changé en « Actéon changé en biche ». (Source : Wikipedia)

    Voici donc Actéon, de Marc-Antoine Charpentier, une pastorale en musique interprétée par les solistes, le chœur, les danseurs et l’orchestre de l’Académie Baroque Européenne d’Ambronay, sous la direction de Christophe Rousset, enregistrés à l’Opéra Royal Château de Versailles, en 2004 :

     

    De l’autre côté de la Manche, le compositeur anglais de la période baroque Henry Purcell (1659-1695), indiscutablement influencé par l’école française et spécialement par Lully, était musicien à la cour du roi d'Angleterre et maître d'oeuvre de toutes les fêtes royales qui mêlaient musique, théâtre, chants et danses.

    Son œuvre la plus connue, et son seul véritable opéra, « Dido and Aeneas » (ou Didon et Énée) compte parmi les grands airs de la musique baroque, et dans le second tableau, Didon et Enée célèbrent leur union par une grande partie de chasse ; la cour se divertit dans un bosquet paisible et giboyeux - digne de Diane - jusqu'au moment où éclate un orage, créé par les maléfiques sorcières. (Source : Wikipedia)

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    Henry Purcell

     

    Georg Philip Telemann (1681-1767), le plus célèbre compositeur allemand de la période baroque, mais aussi naturaliste et jardinier passionné, a fréquenté, de 1704 à 1707, en tant que maître de musique et organiste, la cour des Promnitz, propriétaires d’alors du château de Pless (Pszczyna) en Haute Silésie, château de chasse des princes de Pless.

    Selon le soliste américain Doug Myers, spécialiste de la musique baroque, Telemann possédait la subtilité de reconnaître les caractéristiques particulières de chaque instrument et a écrit quelques unes des plus belles oeuvres baroques pour cor. Et qui plus est, il avait le don particulier de capturer l’esprit de la musique de chasse !

    Parmi ses très nombreuses œuvres comprenant des cors de chasse, je ne citerai que le « Quintette en fa majeur, pour 2 hautbois, 2 cors de chasse et basson », le « Menuet en Fa Majeur à deux cornes de chasse », le « Concerto pour 3 cors de chasse en ré majeur » et le « Concerto pour cor en ré majeur ».

    Hormis ses innombrables cantates et sa « Tafelmusik », Telemann s’est consacré avec beaucoup de soin à l’écriture d’ouvertures, ces suites orchestrales dans le style français tellement appréciées dans le royaume de Frédéric II. Quelques unes ont même gardé leur titre français, comme par exemple « La chasse », une œuvre de toute évidence purement descriptive qui a acquis une réelle popularité.

    Pour mieux témoigner de la technique exceptionnelle de Telemann de peindre des scènes de chasse, un critique a écrit : « Si une similitude existe entre la musique de Haendel et celle de Telemann, alors la différence réside dans le fait que Haendel tient le cheval en léger galop le long de la piste cavalière, alors que Telemann aperçoit soudainement un renard et amène le cheval dans les bois afin de le chasser ! » (Source : Wikipedia + bostonclassicalorchestra.org)

    Haendel, maltraité déjà de son vivant par Joseph Goupy, n’aurait certes pas apprécié cette vanne !

    Voici un extrait d’une autre œuvre avec trompe de chasse, le « Concerto Grande pour Pisendel » (concerto pour violon, 2 trompes de chasse, timbales, 2 flûtes, 2 hautbois, cordes et basse continue) en fa majeur, interprété par les Virtuosi Saxoniae sous la direction de Ludwig Guettler :

     

    Les « Quatre Saisons » d’Antonio Vivaldi (1678-1741) comptent incontestablement parmi les oeuvres les plus populaires du répertoire classique. Avec une technique d’écriture alors à son sommet, il décrit des scènes grâce à une musique descriptive qui marque le rythme perpétuel de la nature. Certes, il n’est pas le premier à le faire, seulement voilà, nul autre, au début du XVIIIe siècle, ne peut se prévaloir d’une telle imagination et d’un tel réalisme.

    Cette œuvre est d’ailleurs accompagnée de quatre sonnets, attribués à Vivaldi et qui décrivent le déroulement des saisons. Sur la partition, le compositeur précise les correspondances avec les poèmes, explicitant même certains détails (aboiements de chien, noms d'oiseaux : coucou, tourterelle, pinson...).

    Voici la seconde partie du texte relatif à l’Allegro du concerto N° 3 en fa majeur op.8 « L’Automne », sous-titré « La Caccia » (La chasse), dans lequel les solistes décrivent les émois et la bête traquée et tuée :

    « Les chasseurs partent pour la chasse aux premières lueurs de l'aube,

    avec les cors, les fusils et les chiens.

    La bête fuit, et ils la suivent à la trace.

    Déjà emplie de frayeur, fatiguée par les fracas des armes et des chiens,

    elle tente de fuir, exténuée, mais meurt sous les coups. »

    Or cette œuvre, éditée en 1725, d’abord populaire dans toute l’Europe puis oubliée, et qui n’a été redécouverte, comme son auteur d’ailleurs, que sur le tard, quasiment au seuil du 20e siècle (la première interprétation publique, après le XVIIIème siècle, daterait de 1921, et ce n’est qu’en 1948 que l’œuvre est devenue connue du public !), est tout simplement la plus jouée dans le monde, dont il existe à ce jour plus de 1000 versions différentes ! Une gloire de musique à « tout faire » aussi, certes, et à tout faire vendre!

    Mais quelle musique ! (Source : Wikipedia)

    Une très belle interprétation de « L’Automne » est donné ici par la jeune et talentueuse violoniste (et pianiste) allemande Julia Fischer, qui joue sur un Guadagnini de 1750 :

     

    Un moment de pur bonheur!

     

    Quant à Johann Sebastian Bach (1685-1750), nous lui devons la cantate séculaire BWV 208 « Was mir behagt, ist nur die muntre Jagd » (Ce qui me plait, c’est la chasse allègre), appelée également « Cantate de la chasse » et écrite en 1713 pour célébrer le 31e anniversaire du duc Christian de Saxe-Weissenfels.

    Au 18e siècle, la chasse était le privilège des gens fortunés, principalement un divertissement des propriétaires terriens et de leur cour. Une réalité donc qui n’avait que très peu de choses en commun avec celle d’un musicien. Aussi, le thème dans le texte de la cantate n’est que coulisse pour le dialogue entre dieux grecs, qui n’ont qu’une chose en tête : rendre hommage à Christian de Saxe-Weimar ! Or le duc de Saxe-Weimar était obsédé par la chasse à courre, à laquelle il s’adonnait dans ses forêts ainsi que dans les forêts environnantes. Pour ces évènements grandioses, les paysans de toute la région étaient d’ailleurs astreints à des corvées supplémentaires.

    Bach a composé cette cantate en tant que « Tafelmusik » (musique de table) festive, avec un caractère pastoral ; probablement à la demande de son maître, le duc Wilhelm Ernst de Saxe-Weimar, en tant que cadeau pour Christian. Elle a été interprétée à Weissenfels, résidence du duc, pendant la soirée organisée après une partie de chasse.

    Christian est nommé 4 fois dans le livret de la cantate de Salomon Franck, comparé au dieu des bergers Pan – et ses qualités de souverain sont vantés dans la forme alors usuelle d’une musique d’hommage et de félicitations. La chasse est présentée en tant que vertu divine et ainsi en tant que privilège appartenant au duc. Le duc extravagant, qui avait pourtant précipité sa cour dans une sérieuse crise, est appelé « le bon berger » dans le texte ! (Source : Wikipedia)

    Cette cantate dite « de chasse » n’a pourtant rien de sanguinolent et certains critiques n’hésitent pas à la qualifier d’ouvrage « exsangue », mais comme Bach a toujours aspiré à une meilleure situation, il n’hésitait pas de gagner les faveurs de la noblesse avec des compositions dédiées aux nobles et avec des lettres serviles !

     

    La Symphonie N° 31 en ré majeur de Joseph Haydn (1732-1809) date de 1765. Elle se distingue du fait qu’elle a été écrite pour 4 au lieu des 2 cors habituels ; cors qui sont extrêmement puissants dans tous les mouvements et qui se détachent tellement qu’au 19e siècle, la symphonie a reçu le surnom « mit dem Hornsignal » (Appel de cor). Selon certaines sources, Haydn aurait utilisé ici un motif de chasse hongrois-croate-roumain.

    Quand à la Symphonie N° 73 en ré majeur « La Chasse », sans doute composée en 1781, elle doit son titre aux appels de cors de chasse dans le dernier mouvement. Ce surnom reflète d’ailleurs la popularité des éléments de chasse dans la culture musicale du 18e siècle. A l’origine, ce mouvement a été composé en tant qu’ouverture pour l’opéra « La fedelta premiata » ; détail qui a d’ailleurs permis de dater cette symphonie. La mélodie de chasse du finale est une citation de « La chasse du cerf », un divertissement du compositeur français Jean-Baptiste Morin, pour lequel Morin s’est référé à la populaire « Sourcillade » (ou Vue) composé par André Danican Philidor. Le thème de Haydn est donc largement reconnaissable en tant que motif de chasse. (Source : hyperion-records.co.uk)

    L’oratorio « Les Saisons », créé à Vienne le 29 mai 1801, comprends également une longue séquence de chasse, d’une veine picturale, voire scénique très réaliste. On perçoit la course du gibier, et même un coup de feu. Haydn assume ici son rôle d’illustrateur avec toute sa science et même une bonne dose d’humour. (Source : musicmac.ifrance.com/musicmac/docs/haydn)

    La chasse et la pêche ont été les passe-temps favoris de Haydn, et on rapporte qu’une fois, il aurait même tué d’une seule balle trois gélinottes à la fois, serviesaydn. - 

     

    le soir même à la table du prince. Comme cavalier, depuis une chute de cheval, il n’avait par contre pas la moindre dextérité ! (Source : podcast.de/episode/1202683/Haydn-und-die-Jagd)

    L’enregistrement suivant de la symphonie N° 73 en ré majeur, dite « La Chasse », de Joseph Haydn, a été réalisé en 1997 dans la salle Haydn du Palais Esterhazy, à Eisenstadt (Autriche), avec l’Orchestre Austro-Hongrois Haydn, sous la direction d’Adam Fischer :

     

     

    Leopold Mozart (1719-1787), compositeur et violoniste, aujourd'hui surtout connu comme père et professeur de Wolfgang Amadeus Mozart, était pourtant assez célèbre à son époque. Il nous a laissé un  « Concerto pour deux cors de chasse » en mi bémol ainsi qu’une « Sinfonia di caccia » (symphonie de chasse), agrémentée de manière insolite avec des claquements puissants de coups de fusil, des aboiements de chien ainsi que, bien entendu, des cors de chasse. (Source: bostonclassicalorchestra.org

    C comme Chasse

    Leopold Mozart

    Le Quatuor à cordes N° 17 en si bémol majeur K 458 dit « La chasse » de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), composé en 1784, figure dans le cycle des Quatuors à Haydn et doit son surnom aux motifs de chasse qui introduisent le sujet initial du premier mouvement. Mozart a voulu faire de cette oeuvre un hommage au style de Haydn, pour cela il a multiplié les clins d'oeil, depuis les motifs de chasse du premier mouvement, les imitations de cor de chasse, jusqu'aux chevaux bondissants dans certaines phrases. (Source : espritsnomades.com/siteclassique/mozartquatuor)

    D’autres œuvres de Mozart évoquent également la chasse, tel le « Concerto pour cor » KV 417, dont le Rondo final est une fougueuse chevauchée évoquant une scène de chasse ponctuée d’appels de cor.

    A l’époque de Mozart, il était quasiment inconcevable de composer un concerto qui ne soit pas d’office destiné à un soliste précis. Ainsi, il a écrit pour lui-même la presque totalité de ses concertos pour piano, pour le talentueux joueur de basset et clarinettiste Anton Stadler le « Concerto pour clarinette », et le « Concerto pour cor » KV 417, particulièrement virtuose, ainsi que trois autres (KV 412, KV 447, KV 495), à l’intention de Joseph Leutgeb, ancien corniste à la Chapelle de la cour de Salzbourg et ami de Mozart. D’autres pages pour cor, tel que l’ »Allegro de concert » KV 412 (premier mouvement d’un concerto resté inachevé) ou le « Quintette pour cor et cordes KV 407 », ont d’ailleurs certainement été écrites avec la même intention.

    Quand au cor utilisé du temps de Mozart, celui-ci était encore lié aux usages de la sonnerie de chasse et de la musique en plein air ; sans pistons, il ne pouvait émettre qu’une série assez limitée de sons. Or en 1753, un corniste de la Cour de Dresde, Anton Joseph Hampel, a inventé un système de tons de rechange permettant de jouer dans différentes tonalités et un élève de cet artiste, Jan Valav Stich, a généralisé une technique qui donne le moyen d’obtenir des notes encore manquantes en introduisant le poing dans le pavillon de l’instrument, ce qui permet de modifier le son.

    Mozart, qui a rencontré Stich à Paris en avril 1778, était impressionné de la « manière magnifique » dont celui-ci jouait -

    d’autre part, le virtuose Leutgeb maitrisait parfaitement ces différentes techniques nouvelles, et particulièrement celle du jeu bouché –

    une constellation singulièrement heureuse qui a permis à Mozart de s’éloigner de la musique proche de celle de la chasse, pour faire du cor un instrument capable de « chanter » comme les autres instruments solistes de l’orchestre. . (Source : mediatheque.cite-musique.fr)

    Ecoutons l’Allegro et Rondo du « Concerto pour cor » en ré majeur KV.412 par le corniste virtuose anglais Dennis Brain, accompagné par le Philharmonia Orchestra sous la direction de Herbert von Karajan :

     

     

    Franz Anton Hoffmeister (1754-1812), un contemporain et ami de Mozart (qui lui a dédié ses quatuors à cordes KV 499), est l’auteur de nombreux concertos, de quelques opéras qui ne sont plus interprétés de nos jours, ainsi que de 66 symphonies, dont l’une qui est appelé « La chasse ».

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    Franz Anton Hoffmeister

     

    Etienne Méhul (1763-1817) était le plus important compositeur d’opéras en France pendant la Révolution et le premier compositeur dit « romantique » en France. Compositeur prolifique, il a écrit une trentaine d’opéras dont « Le Jeune Henri », célèbre pour son ouverture « La chasse du jeune Henri », sorte de scène de chasse avec huit cors qui a été accueillie triomphalement et est toujours resté en répertoire de concert. L’opéra lui-même n’a guère été apprécié : « Parce que le compositeur avait mis en scène un tyran (Henry IV). » (Source : Wikipedia)

    C comme Chasse

    Etienne Méhul

     

    La « Sonate pour piano » en mi bémol majeur N° 18 op. 31 N° 3  de Ludwig van Beethoven (1770-1827) date de 1802. Une gaité enjouée se maintient à travers de toute la pièce, raison pour laquelle le surnom occasionnel « La chasse » lui a été attribué ; surnom auquel Beethoven est bien entendu totalement étranger.

    Beethoven était avant tout un grand ami de la nature, il aimait la campagne, les champs et les forêts, qu’il parcourait pendant des heures, par pluie et par beau temps, pour y puiser son inspiration.

    Hector Berlioz, qui n’était pas seulement le grand compositeur qu’on connaît, mais également un écrivain fécond et talentueux, nous livre d’ailleurs une évocation amusante de Beethoven, en relation avec la chasse :

    « Plusieurs vieillards prétendent avoir connu Beethoven dans sa jeunesse. Traversant le fleuve en barque, il venait souvent alors, disent-ils, rêver et travailler dans leurs plaines. Beethoven eut, en effet, un grand amour pour la campagne ; ce sentiment a beaucoup influé sur son style, et il se fait jour quelquefois dans celles même de ses compositions dont la tendance n’a rien de pastoral. Il conserva jusqu’à la fin de sa vie cette habitude d’errer seul dans les champs, sans tenir compte du gîte dont il aurait besoin pour la nuit, oubliant le manger et le dormir, et fort peu attentif, en conséquence, aux enclos réservés et aux ordonnances sur la chasse. On prétend, à ce sujet, qu’un jour, aux environ de Vienne, il fut arrêté par un garde qui s’obstinait à le prendre pour un braconnier tendant des pièges aux cailles, dans le blé en fleur où il était assis ». (Source : Wikipedia + hberlioz.com/Writings)

    Le grand Claudio Arrau interprète ici le Scherzo (Allegretto vivace) de la « Sonate pour piano » N° 18 op. 31 N° 3 dite « La chasse » (enregistrement de 1965):

     

     

    C’est un euphémisme que d’affirmer que Georges Onslow (1784-1853) est peu connu. Bien que descendant d’une illustre famille aristocratique anglaise, ce natif de Clermont-Ferrand s’inscrit dans le droit fil de la tradition française, même si ses accointances avec la musique de chambre, qu’il a superbement servie, ne l’inscrivent dans une filiation plus germanique qu’il n’y paraît. Son « Quintette de la balle » est une page particulièrement attachante, voire divertissante, en ce qu’elle constitue une paraphrase autobiographique. C’est l’histoire d’un accident de chasse au sanglier, un jour d’automne 1829, qui a failli tuer le compositeur, qui l’a laissé néanmoins sourd d’une oreille. Les préparatifs, le coup de feu, la douleur, la convalescence: tout le récit de cette péripétie est prétexte à une description imagée par la musique. (Source : 24 Heures, mardi 9 novembre 1999; Alexandre Barrelet: Un enfant de la balle)

    C comme Chasse

     

    George Onslow

     

    « Der Freischütz » (Le franc-tireur) de Carl Maria von Weber (1786-1826), l’un des premiers opéras romantiques du répertoire allemand, a été créé à Berlin le 18 juin 1821 - et a été un triomphe immédiat, tout comme à Vienne, le 3 octobre suivant, et à Dresde, le 26 janvier 1822. Le livret, écrit par le poète Johann Friedrich Kind d'après un conte populaire germanique, raconte l’histoire du chasseur Max qui, pour s’assurer la victoire d’un concours de tir, avec comme prix la nomination du nouveau garde-chasse et ainsi l’obtention de la main d’Agathe, accepte que le mauvais esprit Samiel lui fournisse les balles, dont la dernière obéira toutefois à la volonté de Samiel. Ce que Max ignore ! (Source : Wikipedia)

    Le mythique Carlos Kleiber a été enregistré, en 1970, lors d’une répétition de l’Ouverture du « Freischütz » avec le Südfunk-Sinfonieorchester. Alors ouvrez grand vos oreilles et écoutez l’introduction (mouvement lent) avec les cors qui évoquent les chasseurs et la forêt :

     

     

    « Hans Heiling » de Heinrich Marschner (1795-1861) qui, avec le « Freischütz » de Carl Maria von Weber, est le sommet de l'opéra romantique allemand, raconte une histoire fantastique faisant intervenir Esprits bons et mauvais, magie, scènes de chasse, trésors et amours impossibles. (Source : abeillemusique.com/CD/Classique)

    C comme Chasse

     Heinrich Marschner

     

    L’intermède symphonique « Chasse royale et orage » est placé entre les IIIème et IVème actes des « Troyens » d’Hector Berlioz (1803-1869). Virgile fournit ici à Berlioz son point de départ (Énéide, chant IV, lignes 117-168), mais comme si souvent dans son inspiration littéraire, Berlioz adapte l’original à des fins musicales qui vont bien au delà des données du texte virgilien. La scène représente une forêt africaine, avec au fond un grand rocher et à gauche l’ouverture d’une grotte; on aperçoit deux naïades se baignant dans un bassin. Ce paysage tranquille est troublé par des sonneries de cor et l’arrivée de chasseurs troyens et tyriens. Une tempête se déchaîne, au paroxysme de laquelle on voit Didon et Énée entrer dans la grotte, pendant que Satyres, Faunes et Sylvains exécutent des danses grotesques en poussant des cris d’ « Italie! » pour rappeler à Énée sa destinée. La tempête s’apaise et le calme revient. Ainsi conçue par Berlioz la « Chasse royale et orage » est beaucoup plus qu’un magnifique tableau musical, remarquable à bien des égards, entre autres par son orchestration et l’emploi d’une polyrythmie très complexe. L’orage est bien entendu à la fois littéral et symbolique: il représente en raccourci la passion de Didon et Énée, de son éveil jusqu’à sa disparition. (Source : hberlioz.com/Scores/ptroyens)

    Et voici un autre chef mythique, le grand Charles Munch, avec  l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, qui interprètent « Chasse royale et orage », extrait de l’opéra « Les Troyens », d’Hector Berlioz :

     

    En 1844, Hector Berlioz était séparé de son épouse, l’actrice irlandaise Harriet Smithson, et vivait en ménage avec sa maitresse, la mezzo espagnole Marie Recio. Berlioz avait donc deux ménages à charge, il était - comme souvent - à court d’argent et sa vie s’était enlisé dans une routine d’organisation de concerts et de corvées journalistiques. L’offre de 200 francs de la part de son éditeur Bernard Latte pour une composition à inclure dans une édition d’anniversaire de « La Mélodie », album à la mode du « Chant du monde musical », représentait donc un petit répit momentané, qui a généré « Le chasseur danois », chant pour baryton inclus dans le numéro de décembre 1844 et publié séparément peu de temps après.

    Sur un poème du librettiste suédois Adolphe de Leuven, Berlioz a développé un appel à la chasse simple, mais sémillant, dont l’ironie n’est révélé que dans la languissante dernière strophe – la plainte d’un garçon sur son père mort :

    Ainsi disait dans la chaumière

    Un jeune enfant. Vœux superflus!

    Le vieux chasseur, son pauvre père,

    Hélas! ne répètera plus:

    En chasse! et que Dieu vous protège,

    Et toi qui chantes là-bas,

    Ce soir tu ne chanteras pas.

    (Source: classicalarchives.com + hberlioz.com/Libretti/vocal3.htm#chasseur)

    Fin de la partie première.

    A bientôt !

     

     

     


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