• B comme Bombardement

    Selon Wikipedia, le terme bombardement est dérivé du mot « bombarde », une pièce d’artillerie apparue pendant la Guerre des Cent Ans qui lançait des boulets de pierre ou de fer d’un calibre important, et qui serait une adaptation européenne des canons chinois, inventés au XIe siècle.

    Or, certains bombardements, surtout aériens, sont restés tristement célèbres par le nombre de victimes civiles, de dégâts matériels considérables – et parallèlement pour leur portée symbolique.

    Comble du sarcasme, certaines de ces interventions meurtrières et dévastatrices ont porté des noms particulièrement « appropriés » aux circonstances, tel que « Opéra » (une opération militaire israélienne qui s’est déroulée le 7 juin 1981) ou, mieux encore, opération « Sonate au clair de lune » (le bombardement de terreur, pendant la seconde guerre mondiale, de Coventry avec la première tempête de feu). L’auteur de cette appellation, sans doute un grand mélomane devant l’éternel, soupçonnait-il seulement que son choix allait être particulièrement approprié aux circonstances, puisque le premier mouvement de cette sonate de Beethoven décrit une marche funèbre et que l’oeuvre a été cataloguée comme musique de deuil ?

    B comme Bombardement

    Illustration kilmann

    Je reviendrai ultérieurement sur ce « Terrorangriff », qui a fait plusieurs centaines de morts, fortement endommagé la ville médiévale de Coventry et presque entièrement détruit sa cathédrale.

    Par contre, au vu de ce qui précède, je considère que ce n’est pas vraiment le contexte idéal pour vous présenter la « Sonate au clair de lune ». En revanche, puisque j’ai évoqué le nom de son auteur, Ludwig van Beethoven, voici une autre de ses œuvres qui se présente fort à point :

    Le « Concerto N° 5 pour piano et orchestre » en mi bémol majeur op. 73 a été composé durant l’invasion de 1809, quand la Vienne natale de Beethoven, qui avait alors 39 ans, a été assiégée par les armées de Napoléon. Aussi, il est certain que cet évènement a influencé l’atmosphère militaire de l’oeuvre. Le 11 mai 1809, une batterie d’obusiers de campagne de l’armée française a visé essentiellement les quartiers de la porte de Carinthie et du Graben. Les habitants, quel qu’ait été leur niveau social, ont cherché refuge dans les caves. Non loin de là a habité Ludwig van Beethoven, et chaque obus pouvait atteindre son cabinet de travail. De temps à autre, il a donc été se réfugier dans la cave de son frère Kasper (ou Carl ?), à la Rauhensteingasse, s’enveloppant la tête de coussins, pour se protéger du bruit, qui lui a causé d’énormes douleurs.

    Ferdinand  Ries, ami du compositeur, a témoigné : « Lors du court siège de Vienne par les français en 1809, Beethoven eut grand-peur. Il passa la plus grande partie du temps dans une cave chez son frère Kaspar (Karl), en se couvrant en outre la tête de coussins, afin de ne pas entendre les canons. »

    Et Beethoven a écrit : « Le cours des événements m'a affecté physiquement et moralement, la vie autour de moi est folle et perturbatrice, rien que tambours, canons, soldats ! »

    Les esquisses du Concerto N° 5 portent les stigmates de cette guerre. Beethoven a noté : « chant de triomphe pour le combat, attaque, victoire ». Signe d’un engagement politique discret, il a dédié son œuvre à l’archiduc Rodolphe, prince orphelin et épileptique, qui a été contraint de quitter Vienne avec sa famille.

    Très tôt, l’œuvre a été surnommée « L’Empereur » (ou « De l’Empereur »), non sans abus, car Beethoven lui-même a fait savoir à ses éditeurs qu’il n’admettait qu’un seul titre: « Grand Concerto ». Depuis, le concerto a pourtant gardé ce surnom, qui porte simplement la marque d’un vague hommage à la grandeur olympienne de l’œuvre.

    L’ouvrage n’a pas été créé à Vienne, mais au Gewandhaus de Leipzig, en mai 1811, par un élève de Beethoven, Johann Schneider. La première audition viennoise n’a eu lieu qu’en 1812, avec Carl Czerny au piano.

    Œuvre lumineuse et profonde, d’un équilibre parfait, cependant prodigue de nouveautés qui nourriront tout le Romantisme musical (un Schumann, un Liszt, un Brahms), ce Cinquième Concerto reste une pièce maîtresse du répertoire pianistique, aussi fréquemment jouée que le Quatrième Concerto car, à l’inverse des contemporains de la création, les auditeurs actuels paraissent toujours plus sensibles à son inépuisable richesse. (Source  livemusiccompany.com + histoire-empire.org/essling/lesiegeetlaprisedevienne)

    Pour le premier mouvement de ce concerto, l’Allegro, le légendaire pianiste Artur Rubinstein est accompagné par l’Orchestre Symphony of the Air sous la direction de Joseph Krips :

    Mais Beethoven a fait plus fort de tabac encore (eh oui, car en plus il fumait !) :

    La « Victoire de Wellington » op. 91 a initialement été composée pour le Panharmonicon, un instrument mécanique reproduisant le son d’un orchestre entier, inventé par Johann Nepomuk Maelzel, musicien, ingénieur et inventeur allemand qui, en 1816, a également breveté le métronome traditionnel à pulsation audible. Maelzel, qui avait déjà rencontré Beethoven et crée différents outils pour l’aider dans son audition défaillante, lui a demandé une composition pour l’inauguration de son Panharmonicon, afin de célébrer la récente victoire du duc de Wellington, le 21 juin 1813, sur les armées napoléoniennes à Vitoria, en Espagne. Le succès de cette pièce était tel que Beethoven l’a retravaillé pour orchestre et publié quelque temps après avec le titre « Victoire de Wellington », op. 91. Cette partition pittoresque est ponctuée d’effets spéciaux qui imitent les bruits que l’on pourrait entendre sur un champ de bataille, en particulier 194 coups de canon.

    Ajoutons que c’est la première fois que des canons (et des fusils !) ont été utilisés dans l’orchestre (idée reprise par Tchaïkovski dans l'Ouverture 1812). Beethoven a pris soin de préciser à chaque coup de canon tiré s’il provient des troupes de l’Empereur ou du Duc tout comme d’où viennent les fusillades, et il a fait la même chose avec les tambours (ostinato différent) et les trompettes (dans un ton différent).

    Beethoven a franchement reconnu qu’il s’agissait de musique de programme de la pire espèce, mais malgré sa médiocrité, cette œuvre était pourtant une des plus célèbres du musicien de son vivant.

    Beethoven s’est brouillé avec Maelzel quand ce dernier a imprimé fin 1813 des posters prétendant que cette « Symphonie de bataille » était sa propriété – un cadeau de Beethoven ! Et quand il a appris que Maelzel tentait même de s’approprier la partition orchestrée, il lui a intenté un procès, qui n’a d’ailleurs pas abouti, puisque Maelzel avait quitté Vienne entretemps.

    Maelzel est mort lors d’une tournée aux Etats-Unis. Au cours de la traversée entre La Havane et Philadelphia, il a été pris d’un malaise et est tombé dans une sorte de léthargie qui a durée six jours. Quand le bateau, un brick nommé « Otis », est arrivé en vue des côtes nord-américaines, on l’a trouvé mort dans sa couchette.

    Ironie du sort : le dernier exemplaire du Panharmonicum, cet instrument qui imitait entre autres les coups de canons de la bataille entre les forces françaises et anglaises, et qui a été conservé au Musée Industriel de Stuttgart jusqu'à 1942, a été détruit lors d’un bombardement dont cette ville a été victime pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur les 12 rouleaux qui ont accompagné l’instrument et qui subsistent, seulement 5 sont d’origine. (Source : leducation-musicale.com/nepomuck_maelzel)

    Maintenant, si le cœur vous en dit d’assister à un bombardement mis en musique, avec de véritables canons qui, en arrosant les lignes ennemies, ne cessent de ponctuer le discours, je vous conseille d’écouter un extrait de l’enregistrement suivant de la « Victoire de Wellington », fait avec le Minneapolis Symphony Orchestra sous la direction d’Antal Dorati (Mercury Living Presence). Selon certains, il s’agit d’une des partitions les plus bruyantes de l’histoire de la musique et afin de garantir une restitution plus vraie encore que nature, les techniciens ont eu recours à un canon strasbourgeois de 1761, un canon anglais de 1755 et un fût Howitzer - tout cela pour vingt-et-une détonations actionnées par des soldats de la deuxième unité d'artillerie légère du New Jersey.

    Mais permettez-moi ume recommandation - de grâce, ménagez les oreilles de vos voisins et surveillez le volume !

    Admettons que ce n’est pas du meilleur Beethoven : lui-même a qualifié cette oeuvre de stupidité. Mais ne perdons pas de vue qu’à une autre occasion, il a sèchement répondu à un critique : « Misérable crapule, ce que je chie est toujours meilleurs que tout ce que tu penses ! »

    Toujours lors de la seconde invasion de Vienne par les armées de Napoléon, en 1809, pendant laquelle Beethoven a écrit son 5ème Concerto, un autre citoyen compositeur a fait preuve d’une grande force morale en apportant son soutien aux membres de sa famille et à ses voisins : Joseph Haydn.

    Haydn avait 77 ans révolus à ce moment-là. Son quartier, la paroisse Maria-Hilf (Marie Auxiliatrice, fort bien nommée en l’occurrence) s’est trouvé littéralement en première ligne. La maison située aujourd’hui dans la Haydngasse, jadis appelée Steingasse, à quelques mètres du boulevard circulaire Gürtel, se situait aux avant-postes autrichiens. Lorsque le bombardement français a commencé, le 10 mai, c’était d’abord cette position qui était visée. Des boulets sont tombés sur ce petit quartier jusqu’alors si calme et ont causé quelques dommages à l’habitation. Mais Haydn a non seulement refusé de quitter sa maison, il a même raffermi le courage de ses familiers. Plusieurs sources citent une phrase qu’aurait prononcé le vieil homme : « La où se tient Haydn, aucune catastrophe ne peut se produire ! »

    Quand les bombardements ont cessé, l’occupation a commencé. Les Français ont dispensé Haydn de l’obligation de loger un militaire. Elssler, le copiste-secrétaire de Haydn, a peut-être exagéré en parlant de deux grenadiers (français) qui se seraient trouvés en faction à la porte de la maison du compositeur En revanche, il s’est avéré qu’un officier de hussards, le capitaine Clément Sulemy, s’est présente le 25 mai chez le compositeur ; pour lui témoigner son admiration, il lui a chanté un air de « La Création » dans sa traduction italienne.

    Mais les bombardements et l’occupation de sa ville ont miné l'énergie du cher « papa Haydn », le 31 mai, il est décédé pendant son sommeil. Tout le milieu culturel de Vienne a assisté à ses funérailles et Napoléon a envoyé un détachement pour rendre hommage au grand compositeur. (Source : Wikipedia + Francis Claudon, « Beyle et Haydn », Recherches & Travaux)

    Or, s’il est une oeuvre qui reflète particulièrement toute la tristesse et la colère de Haydn face aux guerres qui ont déchiré l’Europe de cette époque, c’est incontestablement la « Missa in Tempore Belli » (Messe pour un temps de guerre), qui est à ranger au nombre des meilleurs œuvres de Haydn.

    Faisant partie des six dernières messes écrites entre 1796 et 1802 sur commande du prince Esterhazy, Nicolas II ; la « Missa in Tempore Belli », également appelée « Paukenmesse » (Messe des timbales) a été composée en 1796, pendant la Première Campagne d’Italie. Ses deux titres se réfèrent, l’un aux circonstances de composition alors que les armées de Bonaparte ont menacé Vienne, et l’autre, plus précisément aux solos de timbale de l’Agnus Dei illustrant concrètement cette menace. Toutefois, seul le premier titre est authentique.

    Cette oeuvre associe la sophistication du style symphonique le plus abouti de Haydn et le drame, dans laquelle se succèdent tour à tour des séquences de désolation extrême, d’interruption violente de trompettes et de battements de timbales belliqueuses et terrifiantes, évocateurs de l’armée ennemie, des sonorités souvent éclatantes suivies de profondeurs et de tendresses extraordinaires afin de nous faire ressentir et comprendre la nature de cette messe. (Source : pontverre.ch/node/1540)

    Dans l’Agnus Dei, qui commence d’abord comme une prière fervente, l’esprit d’anxiété et de prémonition indiqué précédemment déjà continue avec des battements de timbale (d’où son nom) menaçants, puis la musique s’éclaircit avec des fanfares de trompettes et se termine avec l’invocation et la célébration de la paix « Dona nobis pacem ».

    Cette partie de la messe est interprétée ici par l’Orchestre Symphonique et le chœur de la Radio Bavaroise, sous la direction de Leonard Bernstein. L’enregistrement date de 1984 et a été réalisé à l’Abbaye d’Ottobeuren :

    Pour des raisons évidentes, l’oeuvre suivante est souvent accouplée avec la « Victoire de Wellington » de Beethoven. Ce n’est pas du meilleur Tchaikovski non plus (à l’avis du compositeur, « elle est explosive et tapageuse, et n’aura probablement pas grande valeur artistique ») ; n’empêche que si elle manque d’intérêt musical, elle ne manque en tout cas pas d’intérêt historique :

    L’Ouverture solennelle 1812 en mi bémol majeur, op. 49 de P. I. Tchaikovski a été composée entre septembre et novembre 1880 pour commémorer la défense de Moscou contre l’avancement de la grande armée napoléonienne lors de la bataille de Borodino, en 1812.

    La bataille de la Moskova, (ou bataille de Borodino), a été la plus importante et la plus sanglante confrontation de la campagne de Russie menée par Napoléon Ier. La bataille s’est déroulée le 7 septembre 1812 (26 août dans le calendrier julien), impliquant plus de 250 000 hommes pour des pertes estimées à 100 000 hommes. Le nom fait référence à la rivière qui coule non loin du champ de bataille, environ 125 km devant Moscou. La Grande Armée, commandée par Napoléon Ier, a repoussé l’armée impériale russe près du village de Borodino. Les Français se sont emparés des principales fortifications russes, mais ils n’ont pas réussi à détruire l’armée russe. Environ 30 000 soldats français sur 130 000 ont été tués ou blessés au cours de la bataille. Les pertes russes ont été de 45 000 sur 112 000 combattants.

    La bataille a pris fin avec la retraite de l’armée russe, qui s’est retiré en bon ordre. La bataille de la Moskova a marqué la dernière action offensive française sur le sol russe. En se retirant, les Russes ont encore été en état de combattre. Ils ont ouvert la route de Moscou que la Grande Armée a atteint une semaine plus tard, le 14 septembre. Le soir même, d’immenses incendies ont ravagé la ville. Les derniers feux ont été éteints le 20 septembre au soir. Moscou, essentiellement construite en bois, a presque entièrement été détruite. Privés de quartiers d’hiver et sans avoir reçu la capitulation russe, les Français ont été obligés de quitter la ville le 18 octobre - pour entamer une retraite catastrophique.

    Pour l’enregistrement de l’Ouverture solennelle 1812, toujours avec le Minneapolis Symphony Orchestra sous la baguette d’Antal Dorati, la maison Mercury a eu recours à un authentique canon de bronze, construit à la fonderie de Douai en 1775, baptisé «Le Constant» et prêté par le musée de l'Académie militaire de West Point, ainsi qu’au carillon du beffroi de la Riverside Church - cent tonnes de cloches dont le plus gros bourdon pèse 40926 livres.

    Quelque 150 ans plus tard, la détresse humaine face à la guerre est restée désespérément la même. Les champs de bataille ont changé de nom, les armes mises en oeuvre ont évoluées, les frappes sont devenues beaucoup plus précises et plus meurtrières  – et les pertes humaines ainsi que les dégâts matériels beaucoup plus élevées :

    Dès l’automne 1942, la ville de Leningrad, capitale des Tsars, a été encerclée (un siège terrible qui a duré plus de 1000 jours et fait plus d’un million de victimes) et Moscou a été menacée. C’est dans ce contexte que, le 29 juillet, Dimitri Chostakovitch a débuté la composition de sa « Symphonie N° 7 », qu’il a dédie « à notre combat contre le fascisme [...] et à ma ville Leningrad ». C’est là tout ce qu’a pu faire Chostakovitch pour son pays, car il a évidemment été bien trop précieux pour être envoyé au front. Il a insisté pour être utile et rester dans sa ville : on l’a donc affecté aux pompiers (ce qui a été l’occasion de prendre quelques photos de propagande). Finalement, les combats pour Leningrad se sont intensifié (ils ont été parmi les plus durs de la guerre) et Chostakovitch a été évacué par avion. Il s’est console en terminant sa symphonie. Il ne savait pas encore que cette œuvre, sorte de contribution à l’effort de guerre, aura un bien plus grande importance que tout ce qu’il avait pu accomplir en tant que soldat. En effet, la symphonie, véritable hymne à la résistance face à la barbarie, a eu un écho sans précédent.

    La création de l'œuvre a été assurée à Kouïbychev, le 5 mars 1942, par l'orchestre du Théâtre Bolchoï dirigé par Samouil Samossoud. Le 29 mars, lors de la création à Moscou, qui venait d’être sauvée in extremis, l’alerte aérienne a sonnée. Mais au lieu de se précipiter vers les abris, les spectateurs, fascinés, n’ont pas bougé. Le concert, retransmis à la radio dans tout l’URSS, a sonné comme un cri de rassemblement, mais aussi de douleur, qui a immédiatement touché tous les publics. À Leningrad, ville à laquelle la symphonie est dédiée, la création a été effectuée le 9 août 1942, alors que le siège a toujours duré, par l'Orchestre de la radio de Leningrad (seul orchestre à être resté dans la ville pendant les hostilités), sous la direction de Carl Eliasberg. Pour cela, la partition a été introduite de nuit dans la ville assiégée, au mois de mars, puis une équipe de copistes a fabriqué le matériel d'orchestre avant que les répétitions ne puissent commencer. Les membres de l'orchestre ont bénéficié de rations alimentaires supplémentaires, tandis que des musiciens supplémentaires ont été recrutés parmi les soldats pour pallier l'absence des artistes, évacués ou morts. Pendant le concert, la musique de Chostakovitch, conçue comme une arme psychologique, a été retransmise par haut-parleurs dans toute la ville pour être entendue de la population et des troupes ennemies. L'artillerie allemande a tenté d’en perturber l’exécution mais a été réduite au silence par des tirs de contre-batterie soviétiques, à la joie des Léningradois.

    La première américaine de cette symphonie a eu lieu le 19 juin 1942 à New York, par l'orchestre symphonique de la NBC, placé sous la direction d'Arturo Toscanini, lors d'un concert en studio diffusé sur les ondes nationales. Le lendemain, le « pompier » volontaire Chostakovitch a fait la une du Time portant un casque de sapeur. (Source : symphozik.info/chostakovitch-et-staline + Wikipedia)

    B comme Bombardement

    L’enregistrement suivant restitue l’intégralité de cette « Symphonie N° 7 » en do majeur, op. 60 dite « Leningrad », donnée en première exécution américaine le 19 juillet 1942, avec le NBC Symphony Orchestra sous la direction d’Arturo Toscanini :


    Le même Dimitri Chostakovitch.est également l’auteur du Quatuor à cordes n° 8 op. 110 en do mineur, oeuvre inspirée de la destruction de Dresde en 1945 et dédiée à la mémoire des victimes du fascisme et de la guerre.

    Depuis 1959, Chostakovitch a souffert de poliomyélite et il s’est rendu en 1960 près de Dresde, officiellement pour écrire la musique du film « Cinq jours et cinq nuits », plus officieusement pour des traitements. Impressionné par le spectacle de la ville dévastée (et pas encore reconstruite), qui lui a ramené les souvenirs de son propre vécu à Leningrad, il a écrit le quatuor en trois jours, du 12 au 14 juillet 1960.

    B comme Bombardement

    Vue du centre dévasté de Dresde

    Mstislav Rostropovitch a raconté plus tard que rentrant d'une série de concerts, Chostakovitch lui a fait écouter un enregistrement des répétitions de ce 8e Quatuor, interprété par le Quatuor Beethoven. « Enfin, j'ai écrit une œuvre que je voudrais qu'on joue à mon enterrement », lui aurait alors confié Chostakovitch, en larmes. (Source : Wikipedia)

    Une autre oeuvre dédiée aux victimes des bombardements de Dresde, très peu connue celle-ci, mérite pourtant d’être mentionnée également :

    Dans son travail large et créatif, le compositeur espagnol Cristobal Halffter, qui a des ancêtres allemands et qui a vécu quelques années de son enfance en Allemagne, est un homme du présent, qui affronte les questions et problèmes actuels de son temps et les intègre dans son oeuvre de tout genre et de toutes les formations. Il a ainsi traité des thèmes tels que l’oppression, la violence, la mort, mais aussi la puissance dans ses œuvres, par exemple dans son « Memento a Dresden », écrit en 1995 pour la Philharmonie de Dresde en souvenir des victimes des bombardements de Dresde en 1945. (Source : Wikipedia)

    Or, si le bombardement de 1945 de la ville de Dresde a tant marqué la mémoire collective, et entre autres celle de plusieurs compositeurs, en voici les raisons principales :

    Dresde a toujours joué un rôle important non seulement au niveau historique, mais également dans la vie musicale avec l'orchestre de la Staatskapelle, une des plus anciennes formations du monde puisque créée en 1548, et celui de l'opéra (Staatsoper). Son chœur de garçons de l'église de la Sainte-Croix (Dresdner Kreuzchor) est réputé dans le monde entier. Au 17e siècle déjà, Auguste le Fort, l'Électeur de Saxe, a fait de Dresde la « Florence du Nord » et y a invité architectes, compositeurs et musiciens, souvent venus d'Italie ou d'Autriche. Les monuments culturels et les édifices religieux forment la beauté et la richesse de cette ville. D’autre part, la ville a accueilli d’exceptionnelles collections d’œuvres d’art, qui font la renommée internationale et qui représentent depuis 450 ans un patrimoine unique en son genre.

    Or, du 13 au 15 février 1945, 1’300 bombardiers au total de la RAF (Royal Air Force) et de la USAAF (United States Army Air Force) ont largué lors de 4 raids environ 3’900 tonnes de bombes, principalement des bombes à fragmentation et incendiaires,  sur une ville bondée (700’000 habitants et 500'000 réfugies venus de l’est de l’Allemagne) et militairement démunie (tous les canons anti-aériens avaient été envoyés au front). Les bombes explosives, larguées en premier, ont soufflé les bâtiments comme de châteaux de cartes et sous l’effet des bombes incendiaires, la ville entière a été la proie des flammes ; à certains endroits, la température a atteint 1000° Celsius, provoquant des tornades qui ont aspiré les habitants de la ville en leur sein brûlant.

    Le bombardement de Dresde aura été le plus terrible de la guerre en Europe. En une nuit, 35 000 personnes ont été tuées (on a officiellement identifié environ 25 000 victimes), le double blessées (majoritairement brûlées) et on ne comptait plus les sans-abris.

    Parmi tous ces morts, il n'y avait aucun militaire. La chasse allemande étant arrivée après le drame, les pilotes n’ont rien pu faire d'autre que regarder la ville brûler.

    La manière de considérer ces attaques aériennes sur la ville de Dresde varie évidemment selon le point de vue – d'autres bombardements sur l'Allemagne (Berlin et Hambourg) ont aussi été très meurtriers, mais celui de Dresde a plus profondément choqué les esprits, peut-être parce que c'était une ville d'arts et de culture et qu'elle n'avait pas d'intérêt stratégique pouvant justifier une attaque aussi lourde. Toujours est-il qu’après la guerre, cet acte militaire allié en particulier a été très vivement et énergiquement contesté et âprement discuté. (Source : Wikipedia)

    Depuis ces deux funestes jours de février 1945, de nombreux bâtiments du centre de ville historique de Dresde, totalement ou en bonne partie détruits, ont été reconstruit, dont certains à l’identique (le Semperoper, la célèbre Frauenkirche etc.). Toutefois, des collections inestimables, jadis abrités dans ces bâtiments, sont soit perdues à tout jamais, soit elles ont largement été endommagés.

    Ainsi, de nombreuses œuvres de Tomaso Albinoni par exemple ont à tout jamais été réduites en cendres –

    Alors que tel Phénix, l’oiseau légendaire, le nom de ce même auteur pourtant voué à l’oubli, a soudainement ressurgi, grâce à une oeuvre qui cependant n’est pas de lui :

    Le vénitien Tomaso Albinoni (1671-1751) a été un compositeur extrêmement fécond de la période baroque, il est entre autres l’auteur de près de 80 opéras, qui ont très vite été applaudis non seulement à Venise, mais dans toute l’Italie, et même hors d’Italie à partir des années 1720, notamment à Munich où son nom revient régulièrement dans les registres, à Dresde aussi où pas moins de 70 partitions originales de ses opéras attendaient une renaissance.

    Ce legs inestimable, entreposé dans la salle des manuscrits de la bibliothèque d’Art, d’un compositeur baroque dont on ne sait finalement que très peu de chose, a été détruit pendant le bombardement de la belle ville baroque de Dresde de février 1945, toute trace matérielle est irrémédiablement perdue puisque aucune de ces œuvres n’avait été publiée.

    Il ne reste donc quasiment plus rien de ce compositeur pourtant triomphalement acclamé de son vivant, et le nom d’Albinoni a bien failli disparaître à jamais avec les cendres.et les tas de suie noire restantes de la bibliothèque.

    Pourtant,  en 1958, le nom d’Albinoni a miraculeusement refait surface et, en peu de temps, est devenu universellement connu

    car cette année-là, les prestigieuses éditions Ricordi ont publié la partition de l’« Adagio d’Albinoni », avec le sous-titre « Adagio in sol minore per archi e organo di R. Giazotto su due spunti tematici e su un basso numerato di T. Albinoni ».

    Or, cet « Adagio d’Albinoni » est officiellement attribué à un certain Remo Giazotto, un musicologue italien qui dans les années 1930 a découvert l’existence de Tomaso Albinoni, alors totalement oublié et qui a entrepris de faire revivre l’oeuvre de ce musicien vénitien en dressant un premier catalogue complet de son oeuvre.

    Giazotto a vite réalisé que l’essentiel des partitions recherchées se trouvaient à Dresde, mais le début de la Seconde Guerre mondiale a bloqué ses recherches.  Ce n’est qu’au printemps 1945, après la fin des hostilités, qu’il a enfin pu se rendre en Allemagne pour poursuivre son travail. Mais Dresde n’était qu’un champ de ruines et de la fameuse bibliothèque ne restaient que cendres, suie et pierres calcinées. Tout était détruit, tout avait irrémédiablement disparu.

    Giazotto a raconté plus tard qu’en fouillant désespérément dans ces ruines, il aurait trouvé un bout d’une partition, qu’il aurait identifié comme un fragment d’une sonate d’église datant de 1708 et qui fait partie de l’op. 4 d’Albinoni. Ce feuillet ne comprenait qu’une basse chiffrée et quelques mesures d’une ligne de violon et pourrait être l’esquisse d’un mouvement lent de cette sonate. Une belle histoire en somme qui, à défaut d’être vraie, est au moins bien racontée – car Giazotto n’a jamais accepté de produire ce document en public. Toujours est-il que dès son retour en Italie, il a composé cet « Adagio » en l’attribuant à Albinoni, et le succès de cette oeuvre mélodieuse et prenante était tel quelle a révélée le nom d’Albinoni au monde entier – ce que Giazotto souhaitait de toute façon. Plus tard, il a pourtant révisé sa version des faits et revendiqué la composition de cette oeuvre. Remo Giazotto est décédé, totalement inconnu, en 1998, mais son « Adagio d’Albinoni » connaitra un succès immense et reste aujourd’hui l’une des œuvres les plus populaires et les plus gravées sur disque de toute l’histoire de la musique. Il a fait l’objet d’innombrables arrangements, réorchestrations et interprétations dans tous les styles musicaux (symphonique, variété, flamenco, jazz, pop, rock, techno…) et a été utilisé plusieurs fois pour le cinéma comme pour des séries de télévision. (Source : lefigaro.fr/musique/alain_duault + Wikipedia)

    La version de l’ « Adagio d’Albinoni » de Giazotto que je vous présente ici est interprétée par l’orchestre Jean-François Paillard (cette oeuvre, J.-F. Paillard l’a d’ailleurs enregistré pas moins de 6 fois, en 1958, 1975, 1983, 1988, 1990 et 1996).

    En bonus, cet enregistrement comprend 5 autres concerti tirés des op. 5 et 9, cette fois-ci  d’Albinoni, interprétés par les Solisti Veneti.

    Mais les oeuvres d’un autre grand compositeur baroque, le bohémien Jan Dismas Zelenka (1679-1745), qui a vécu depuis 1719 jusqu’à sa mort à Dresde, ont également failli périr lors du même terrible bombardement qui a réduit cette ville admirable (la Florence de l'Elbe) en ruines fumantes dans la nuit du 13 au 14 février 1945.

    Les précieux manuscrits ont été victime moins du feu (bien des feuillets, noircis sur les bords, en portent cependant les stigmates) que de l'eau ayant servi à éteindre les flammes, et qui a réduit à l'état de magma compact nombre de partitions. Par un patient travail de séchage et de radioscopie, on est parvenu à en sauver au moins l'essentiel, mais en 1945, Ian Dismas Zelenka aussi a bien failli mourir une seconde fois. (Source : Crescendo, décembre 1995 / janvier 1996)

    D’ailleurs, le bombardement de 1945 n’est pas le premier dans l’histoire de Dresde, ni c’est la première fois dans l’histoire de la musique que de précieuses partitions disparaissent à jamais dans les ruines fumantes de cette ville :

    Vers 1760, l’éditeur de musique allemand Breitkopf, la plus ancienne maison d’édition musicale au monde, fondée à Leipzig en 1719, a préparé une publication, aux frais de l’Electeur de Saxe, des œuvres du compositeur baroque Johann Adolph Hasse (1699-1783), très célèbre de son vivant, qui aurait constitué la première édition intégrale de l’histoire de la musique. Cette démarche montre bien la place éminente qu’a occupé Hasse aux yeux de ses contemporains, considéré comme l'un des maîtres de l'opéra seria italien au XVIIIe siècle.

    Or, depuis 1756, Dresde a été engagé dans la guerre des sept ans, qui a largement dévasté la Saxe et en 1760, le terrible bombardement par l’artillerie prussienne a mis le feu à la maison de Hasse, qui y avait rassemblé ses partitions, prêtes à être gravées, pour faciliter le travail  de l’éditeur. Entretemps, la cour de Dresde s’était installée à Varsovie et Hasse, qui vivait la plus grande partie du temps en Italie, n’est revenu en Pologne que pour superviser les productions de ses opéras. En automne 1760 il a déménagé à Vienne et ce n’est qu’en 1763 qu’il est revenu à Dresde, pour retrouver sa maison en partie détruite et l’équipement instrumental de la cour démoli. Le patron de Hasse, le roi Auguste III de Pologne et de Saxe, est décédé peu de temps après et son successeur a jugé superflu d’organiser des évènements musicales à la cour.

    Hasse a donc renoncé à reconstituer les partitions détruites, de telle sorte que l’entreprise de Breitkopf n’a pas pu aboutir et que de nombreuses œuvres, si elles peuvent être reconstituées à partir des copies conservées dans diverses bibliothèques, n’existent plus sous leur forme manuscrite autographe et exigent un patient travail de restitution. Le projet d’édition, qui aurait dû garantir la postérité de la musique de Hasse, apparaît ainsi aujourd’hui comme l’origine de certains obstacles à la redécouverte du « cher Saxon ». (Source : Biographie universelle des musiciens de F. J. Fétis, Bruxelles, Meline, Cans et Compagnie 1839)

    B comme Bombardement

    Johann Adolph Hasse

    Une autre partition encore, une oeuvre de jeunesse qui n’a pas vraiment eu l’heur de plaire à quiconque, que son auteur n’a donc guère souhaité publier et dont il s’est définitivement débarrassé de manière extrêmement élégante – un manuscrit original qui lors d’un bombardement a péri avec son propriétaire  – voici la destinée rocambolesque des « Fées » de Richard Wagner :

    Richard Wagner (1813-1883) a eu toutes les peines du monde à faire monter son premier opéra « Les Fées », achevé en 1833 (il avait alors 20 ans) à Leipzig, et a fini par y renoncer. Sans doute parce que deux ou trois ans plus tard cette partition ne lui semblait plus le mériter. Il a d’ailleurs spécifié de son vivant que cet opéra devait être laissé dans les tiroirs et y rester. (L’oeuvre n’a d’ailleurs été créée qu’en 1888, à Munich - 5 ans après la mort du compositeur) Quitte à choisir un beau tiroir, il a fait cadeau de sa partition manuscrite à son mécène Louis II de Bavière pour son Noël 1865. Détenir le manuscrit devait être du meilleur chic pour les despotes wagnérolâtres allemands un rien fêlés : elle était en possession d’Adolf Hitler lors du bombardement de son bunker en 1945 et a péri avec lui. ! (Source : Wikipedia)

    Ce n’est que de manière indirecte par contre qu’un bombardement a été la cause de l’annulation, en dernière minute, de la création de l’oeuvre suivante :

    La première du poème symphonique « Fontane di Roma » d’Ottorino Respighi, qui aurait dû avoir lieu en novembre 1916, sous la baguette d’Arturo Toscanini, a été déjouée par un incident. Sur le programme du concert figuraient également des œuvres de Wagner. Peu de temps avant le concert, lors d’un bombardement par l’aviation allemande (c’était la phase la plus chaude de la première guerre mondiale), des femmes et des enfants avaient été tués dans les environs de Padoue. Quand Toscanini a dirigé la « Marche funèbre » du « Crépuscule des Dieux », un spectateur s’est exclamé : « Pour les victimes de Padoue » et les spectateurs ont commencés à s’agiter. Toscanini a alors posé son bâton, a quitté la scène est n’est plus revenu. Le concert était terminé, sans que les autres œuvres, dont les « Fontane di Roma », soient jouées. La véritable première a finalement eue lieu le 11 mars 1917, à Rome, sous la direction d’Antonio Guarneri. L’oeuvre n’a rencontré que peu d’enthousiasme, la critique n’a louée que l’instrumentation, et ce n’est qu’en 1918, quand Toscanini l’a interprété (Respighi avait déjà perdu confiance en sa composition), qu’on a reconnu sa véritable valeur. (Source : eclassical.com/shop/art61/BIS-1720-SA_booklet.pdf)

    Contrairement à ses confrères infortunés Albinoni, Hasse et Zelenka, dont une partie importante des œuvres a été détruite pendant la guerre, un heureux au moins doit à un bombardement le fait d’avoir retrouvé sa gloire d’antan : Henry Purcell. 

    En 1940, le compositeur britannique Michael Tippett est devenu directeur musical du distingué Morley College (qui englobe le Morley Chamber Choir, le Morley Chamber Orchestra et le Morley College Choir); poste qu’il a occupé jusqu’en 1945. Le 15 octobre 1940, le bâtiment principal du Morley College a été presque entièrement détruit par une bombe Les bâtiments et les ensembles choral et instrumental ont dû être reconstruits ex nihilo. Ainsi, la première répétition du chœur a eu lieu avec dix chanteurs seulement, mais l’année suivante déjà, le nombre avait triplé.

    Lors des travaux de déblayage, Tippett a découvert sous les décombres quelques volumes de la Purcell Society, qu’il a étudié à la maison. Par la suite, il a dirigé de nombreux concerts au Morley College et collaboré avec Walter Bergman, spécialiste de la musique baroque, à la publication de lieder de Purcell. Aussi, le Morley Chamber Choir sous la houlette de Tippett est largement reconnu pour avoir joué un rôle majeur dans la « réjuvénilisation » complète de la réputation de Purcell, dont les œuvres jouées en public étaient réduites depuis longtemps à la portion congrue. (Source : BBC Music, février 1995 + achoirofourtime.org.uk/Michael-Tippett-and-Morley-College) 

    Nombreux sont les compositeurs qui ont puisés leur inspiration d’une manière ou d’une autre dans ces interventions destructrices que sont les bombardements, qui ont trempés leur plume dans le sang des victimes, noircis les pages avec les cendres de la destruction  et ainsi traduit leurs impressions d’horreur et de désolation – alors que d’autres, avec une veine plus nationaliste, commémorent la victoire de leur patrie :

    En novembre 1940, l'aviation allemande a détruit le centre de la petite ville anglaise de Coventry. De la cathédrale Saint-Michel, construite entre la fin du XIVe siècle et le début du XVe siècle, ne restaient plus que des piliers et quelques pans de mur ; ruine qui a volontairement été laissée telle quelle. Juste à côté, une seconde cathédrale a été construite dans un style moderne, dont l’inauguration a eu lieu en 1962. Pour cette occasion, Benjamin Britten a écrit son bouleversant « War Requiem ». Grave et fort, il suit le texte liturgique du Requiem (Missa pro Defunctis), auquel le compositeur a entrelacé des poèmes saisissants de Wilfred Owen, mort sur le front en 1918. Britten a ainsi introduit deux soldats, un Anglais et un Allemand, subissant la destinée de « ceux qui meurent comme le bétail ». Cela fait une partition complexe, sombre comme le sujet l'exige, mais aussi un appel à la réconciliation, né des souffrances universelles de la guerre. (Source : Culture / Musique, supplément de 24 Heures + Wikipedia)

    A Darius Milhaud (1892-1974), nous devons un « In Memoriam for Pearl Harbor Day » (7 décembre 1941), oeuvre très peu connue.

    Le polonais Krzysztof Penderecki (1933-.). a non seulement dénoncé l’horreur des camps de concentration (Dies Irae, oratorio d’Auschwitz), mais également des bombardements, avec son Thrène (lamentation funèbre) pour les victimes d’Hiroshima, pour 52 instruments à cordes frottées, écrite entre 1959 et 1961. Cette oeuvre, qui a reçu le troisième prix au concours de composition « Grzegorz Fitelberg » à Katowice en 1960, s’appelait initialement 8’37’’ (référence à la durée du bombardement de Hiroshima du 6 août 1945, ordonné par le président Truman et qui a fait 70’000 victimes immédiates). Selon Penderecki, la pièce n'existait que dans son imagination, de manière assez abstraite. Suite à l'enregistrement de Jan Krenz, quand il a pu écouter une interprétation vivante, il était frappé par la charge émotionnelle de l'oeuvre et trouvait dommage de la condamner à l'anonymat de ces seuls chiffres. Il a donc cherché des associations et, finalement, il a décidé de la dédier aux victimes d'Hiroshima. (Source : Wikipedia)

    Voici cette oeuvre sérielle, apte à vous flanquer des frissons, et dont la partition peut être suivie sur l’écran :

    Les « Métamorphoses » pour 23 instruments à cordes, ultime partition d'orchestre de Richard Strauss, ont été composées en 1945 dans le souvenir traumatisant du bombardement de Munich en octobre 1943, qui avait vu la destruction de l'Opéra cher au cœur du compositeur munichois. Construit comme un vaste mouvement lent, cette pièce magistrale est empreinte d'un bout à l'autre de tristesse et d'angoisse, toute la science de l'orchestration de Strauss au service d'un climat funèbre intériorisé, une douleur diffuse d'une poignante humanité. Cette oeuvre, dont les deux versions de référence sont de Karajan et de Furtwängler, a été créée le 25 janvier 1946, à la Tonhalle de Zürich, sous la direction de Paul Sacher, par le Collegium Musicum de la ville (les dédicataires). (Source : Wikipedia)

    Mais pour terminer ce billet en beauté, je vais avoir recours à une ultime destruction – celle d’une légende. Et tant mieux si, en sa qualité de simple anecdote,  elle ne fait pas vraiment l’effet d’une bombe :

    Le « Concierto de Aranjuez » de Joaquin Rodrigo, composé en 1939 à Paris,  tire son nom des jardins du palais royal d'Aranjuez, initialement construit pour Philippe II d'Espagne, et notablement remanié au milieu du XVIIIe siècle pour Ferdinand VI d'Espagne.

    Joaquín Rodrigo a souhaité que son concerto transporte l'auditeur dans un autre espace et un autre temps. Il dit que son œuvre capture « les fragrances des magnolias, le chant des oiseaux, et les ruissellements des fontaines » du jardin d'Aranjuez.

    Joaquín Rodrigo et sa femme Victoria sont restés silencieux pendant de nombreuses années sur la création du second mouvement, ce qui a permis la naissance d'une rumeur selon laquelle il serait inspiré du bombardement de Guernica en 1937. Mais finalement, dans son autobiographie, Victoria a révélé qu'il s'agissait d'une évocation des jours heureux de leur lune de miel, ainsi que d'une réaction de Joaquín à la déception de sa première grossesse infructueuse. (Source : Wikipedia)

    A bientôt.


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