• A comme Avion

    Certaines personnes prétendent que le terme avion, utilisé en 1875 par Clément Ader pour désigner sa série d'appareils volants, est un acronyme forgé par ce dernier et signifiant « Appareil Volant Imitant l'Oiseau Naturel ». C’est bien trouvé, mais aucune source fiable ne confirme cette affirmation. Et selon une hypothèse beaucoup plus réaliste, le nom semble tout simplement inspiré du mot latin avis (oiseau).

    A comme Avion

    Photo kilmann

    Chaque année, plus de deux milliards de personnes utilisent l'avion pour leurs déplacements, qui statistiquement demeure de très loin le moyen de transport le plus sûr. Car de tous les modes de locomotion, celui de la voiture est incontestablement le plus dangereux, puisque le risque de mourir d'un accident y est 45 fois élevé que dans un train et 90 fois plus que dans un avion. Mais ce qui plus est, les accidents d’avions ont 150 à 200 fois plus de chances de se retrouver en couverture des médias que les autres types d’accidents. Ce n’est donc pas étonnant que les gens qui avaient déjà peur développent une perception de l’avion encore plus mauvaise :

    Ainsi, la cantatrice française Régine Crespin (1927-2007) a passée la plus grande partie de sa carrière sur les scènes internationales telles qu’à New York, Boston, San Francisco et Buenos Aires. Mais à chacun de ses nombreux voyages, elle devait courageusement surmonter sa peur de l’avion.

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    Régine Crespin

    Quant à la soprano slovaque Edita Gruberova (1946-), elle a déjà été acclamée sur les toutes les grandes scènes européennes quand, en 1977, elle a fait ses débuts au Metropolitan Opera de New York en Reine de la nuit. Se sentant très peu à l'aise en avion et dans les métropoles modernes, elle ne donnera au total qu'un peu plus de vingt représentations dans cette ville. Tout le reste de sa longue carrière se passera sur les scènes européennes de Vienne, Munich, Berlin et Barcelone.

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    Edita Gruberova

    Le virtuose canadien Glenn Gould (1932-1982) n'avait que 31 ans quand il renonçait  définitivement à donner des concerts. Son tout dernier récital date du 10 avril 1964, à Los Angeles. Les raisons de son retrait étaient multiples. D'abord, il ne supportait plus la scène. Il expliquait que face au public, il se sentait "dégradé", réduit au niveau d'un "acteur de vaudeville"... De plus, il trouvait la pratique des concerts de plus en plus désuète, au vu des possibilités offertes par les nouvelles technologies de communication. Ensuite, les tournées mobilisaient beaucoup de son temps, mais Gould aimait se consacrer à d'autres activités : la composition, la production télévisuelle, la direction d'orchestre, l'expérimentation des nouvelles technologies qui le fascinent... Et autre motif non négligeable de son renoncement, Glenn Gould, phobique de l'avion, ne supportait tout simplement plus les voyages!

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    Glenn Gould

    L’exemple suivant nous démontre que l’avion peut également devenir la raison d’une démission, bien que de manière indirecte :

    Le chef d’orchestre letton Mariss Jansons (1943-) occupait le poste de directeur musical de l’orchestre philharmonique d’Oslo depuis 1979 quand, en 1997, il a été nominé directeur musical de l’orchestre symphonique de Pittsburgh. Il y vivra 7 années d’un partenariat extraordinaire, et sa démission, en 2004, provoqua le désappointement à Pittsburgh. Mais Jansons était tout simplement fatigué des continuels voyages et se plaignait de mettre chaque fois des mois pour se remettre du décalage horaire.

    Hormis sa fonction première, le moyen de transport, l’avion peut remplir bon nombre d’autres fonctions « secondaires », surtout si les déplacements sont longs. Il peut alors faire office de bureau de travail, de lieu de détente, de salle de répétition ou de salle de concert - et même de poste de contrôle:

    Ainsi, Louis Vuitton a créé l’attaché-case de Pierre Boulez (1925-), compositeur et chef d’orchestre français friand d’expériences, qui a toujours un walkman sur lui. « Il veut répéter ses oeuvres en avion, ce qui exige un ordre très précis, un arsenal de crayons et de métronomes, un pupitre et un système d’éclairage. Un geste doit suffire pour trouver livres et partitions » raconte Patrick-Louis Vuitton.

    Il y des années en arrière, le pianiste autrichien d’origine tchécoslovaque Alfred Brendel (1931-) s’est mis à écrire des poèmes, de manière instinctive. Dans un avion en route vers le Japon, dans un demi-sommeil, un « troisième index » (l’un de ses poèmes) s’avançait vers lui, phrase par phrase, ligne par ligne. Il a tout noté, l’a relu à Tokyo et pensé qu’au fond, c’était très drôle. Depuis, il a publié un volume de poésie absurde, Ein Finger zuviel (Un doigt de trop).  L’un de ses poèmes a d'ailleurs été mis en musique par le compositeur Luciano Berio, qui l'a ensuite intégré à l'une de ses oeuvres, Stanze.

    L’oeuvre « Stanze » pour baryton, 3 chœurs mixtes et orchestre, de Luciano Berio, date de 2003, elle se compose de 5 parties, dont la partie IV (à 17’30’’) est dédiée à Alfred Brendel. Le baryton Dietrich Henschel assure la parte chantée, l’Orchestre de Paris est dirigée par Christoph Eschenbach :

    Le Festival de Pâques de Salzbourg est né de la volonté du chef d'orchestre Herbert von Karajan (1908-1989) d'établir un mode de production d'opéra grâce auquel il pourrait contrôler chaque aspect de la représentation. Il a à de nombreuses reprises raconté que le budget du premier festival a été établi dans un avion de Genève à Stockholm, en compagnie du directeur artistique de ses enregistrements, Michel Glotz, avec une marge d'erreur de cinq mille dollars seulement.  

    Le violoniste autrichien d’origine lituanienne Julian Rachlin (1974 -) s’exerce pendant ses voyages, que ce soit dans le train, dans un compartiment libre, ou dans l’avion, tout devant en première classe. Il déballe alors son violon, un Guarnerius del Gesù de 1742, l'ex-Carrodus, mis à sa disposition par la Banque nationale autrichienne, et pose une sourdine en acier, qui atténue le son jusqu à 80%. Ce qui lui permet de s’exercer également pendant ses déplacements. Car le temps manque toujours.

    D’aillleurs, pendant les transits dans les aéroports, les salles pour langer les bébés font également très bien l’affaire !

    Quand à une bande de musiciens membres de l’orchestre philharmonique d’Amsterdam,  ils ont sorti leurs instruments et improvisé un petit concert de musique classique à bord de l’avion en retard – rien que pour faire passer le temps avant le décollage .

    Prenez donc place et profitez vous aussi de ce divertissement improvisé et gratuit :

    http://www.dailymotion.com/video/xetr7a_un-concert-philarmonique-s-improvis_news

    La soprano australienne Joan Sutherland (1926-2010) a adoré broder, chaque fois qu’elle en a eu le temps. A la maison, au studio ou dans les avions. Ca la détendait. Comme les puzzles. Au lieu d’écrire son livre, répondre aux lettres, aux téléphones, elle a brodé ou fait des puzzles. Et pourquoi pas, puisqu’elle a aimé ça ?

    Les co-passagers mélomanes qui ont le privilège d’assister aux exercices de Rachlin, ou au concert improvisé de la Philharmonie d’Amsterdam, ne doivent probablement pas trop regretter leur voyage, et en ont même emporté un souvenir inoubliable.

    Mais imaginons la tête des voyageurs en voyant « la Stupenda » (c’est ainsi qu’on surnomme la Sutherland, une des plus belles sopranos de l’histoire),  se lever, poser sa broderie sur le siège et pousser des vocalises !

    Le pianiste russe Grigory Sokolov (1950-) est l’un des artistes les plus rigoureux qui soit. Il ne dort pas plus de trois heures par nuit et passe le plus clair de son temps à réfléchir. Ce cérébral, qui a enregistré L’Art de la fugue à vingt-deux ans, s’intéresse à tout de manière compulsive et presque obsessionnelle. Quand il prend l’avion, il a devant lui des cartes du ciel et une boussole. Et si l’avion a pris une route inhabituelle, il s’en aperçoit et demande des explications au pilote!

    Quand les artistes sont en déplacement, leur instrument fait également partie du voyage, et certains ont même droit à une place assise :

    Un jour, le violoncelliste américain d’origine chinoise Yo Yo Ma (1955-) a joué sur son Montagnana (un violoncelle, fabriqué en 1733 à Vénice) devant une master class à Salt Lake City, et un étudiant a suggéré un nom pour lui. Et puisque pour voyager, Yo-Yo doit toujours acheter un autre ticket d'avion pour son instrument, il s'est alors entendu demander, à son propre amusement: « Un ticket pour moi-même et un pour mon violoncelle Petunia! »

    Mais il n’y a pas que les instruments de musique qui font partie du voyage :

    L'ancien manager de Luciano Pavarotti (1935-2007), Herbert Breslin, a fait paraître en 2005 un livre co-écrit avec une journaliste du New York Times, Anne Midgette, qui attaque frontalement celui qui fut son principal client pendant des lustres. Avec drôlerie et une méchanceté souvent injuste, The King And I (« Le Roi et moi », du titre d'une comédie musicale de Rodgers et Hammerstein) dénonce et caricature les travers du ténor : ses teintures de barbe et de cheveux à "la suie de bouchon", ses infidélités conjugales, ses manies gastronomiques et ses caprices pharaoniques.

    A propos de ces derniers, le livre décrit comment le Met dut affréter un avion de victuailles et de cuisiniers pour le Japon, où la compagnie partait en tournée avec Pavarotti en vedette. Mais celui-ci avait menacé d'annuler, ayant appris qu'il risquait de ne pas y trouver nourriture à sa mesure et à son goût. Breslin raconte drôlement comment une suite d'hôtel de luxe à Tokyo fut transformée en cuisine, et comment on dut jeter des monceaux de provisions lorsque Luciano découvrit un excellent restaurant italien quelques étages en dessous de sa suite impériale...

    En passant, citons encore le cas de deux artistes qui pilotaient personnellement leur avion :

    Chef d’orchestre éminent, skieur émérite, pilote d’hélicoptère chevronné et remarquable homme d’affaires, Herbert von Karajan cultivait la perfection, la vitesse et la réussite. Il possédait un bateau ultra rapide de vingt cinq mètres, mais également un avion Beechcraft twin turboprop et ensuite un jet Falcon 10 de Dassault.

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    Herbert von Karajan devant son Falcon 10 de Dassault

    Ce qui fit dire à ses détracteurs que son amour de la musique allait de pair avec celui de l’argent ! Détail tout aussi signifiant pour Karajan : Il pilotait son avion personnel avec une licence de pilotage suisse, qu’il a obtenu en 1952. Son enthousiasme pour le pilotage ne l’a jamais quitté depuis son enfance, il a piloté les simulateurs de vol du Boeing 747 à New York et à Tokyo, et la rumeur court même qu’il aurait plus d’une fois piloté le Concorde quand il était à bord en tant que passager. Quand, en 1982, il a atteint l’âge  limite pour piloter des jets, il a relevé le défi d’apprendre à piloter des hélicoptères plutôt que de rétrograder sur des avions à hélices.

    D’ailleurs, en 1993, « Lauda Air » a baptisé le premier exemplaire de sa flotte « Canadair Regional Jets » au nom de « Herbert von Karajan ».  En 1996, « Austrian Airlines » a marqué les 1000 ans de l’Autriche avec les portraits des Autrichiens les mieux connues du millénaire passé. Des célébrités du domaine de l’art, de la culture, du sport et de la politique ont été représentées, dont Herbert von Karajan.

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    Et le 25 mars 1999, la ville de Salzbourg a officiellement inauguré le terminal « Herbert von Karajan », destiné aux passagers et aux équipages d’avions privés. (Source : karajan.co.uk/flying.html)

    Le pianiste italien Arturo Benedetti Michelangeli (1920-1995), l’homme qui ne riait jamais, avait gagné en 1939, à 19 ans, le grand prix du Concours International de Genève, et la même année, une course automobile. On affirme également qu’il était pilote virtuose de Ferrari, qu’il courait les Mille Miglia, qu’il était champion de ski et pilote d’avion tout à fait qualifié.

    Voler a été l'une des plus grandes merveilles du monde moderne. Il n'est donc pas étonnant que bon nombre de compositeurs aient été fascinés par les avions, et s’en soient largement inspirés :

    L'oeuvre la plus célèbre du compositeur américain George Antheil (1900-1959), Le Ballet mécanique, conçue pour accompagner un film abstrait de Fernand Léger et réorchestré de nombreuses fois (la dernière mouture pour quatre pianos et percussions date de 1953), déroule de féroces moteurs rythmiques ponctués par des sonneries de téléphone, des sirènes et même des vrombissements d'hélices d'avion....

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    Georges Antheil

    En avril 1943, l’américain Samuel Barber (1910-1981) a été enrôlé dans l'Air Force américaine, où il a composé la seconde symphonie, interprétée en première par Koussevitsky et le Boston Symphony Orchestra. Elle n'a jamais trouvé une grande approbation et Barber l'a remanié en 1947, mais n'a jamais été heureux du résultat. En 1967, il a détruit le manuscrit original. Mais le second mouvement existe comme Night flight

    dont voici un extrait, interprété par le New Symphony Orchestra of London, dirigé par Samuel Barber (disque Naxos) :

    Le pianiste et compositeur américain Marc Blitzstein (1905-1964) a composé sa symphonie-cantate The Airborne Symphony pendant la guerre à Londres, ou il était cantonné dans la huitième U.S. Air Force. Le travail a été recomposé après que le manuscrit original ait temporairement été égaré, et Leonard Bernstein l'a finalement donné en première en avril 1946, avec un narrateur de taille, puisqu’il s’agissait d’Orson Welles.

     

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    Marc Blitzstein

    Surnommé « la conscience musicale de Moscou », Nikolaï Miaskovski (1881-1950) allait être pendant trente ans l’une des personnalités les plus importantes de la vie musicale moscovite. Nombre de ses oeuvres sont étroitement liées à l’histoire et à la littérature russe: la 8e Symphonie est inspirée de Stenka Razine, le 10e par le trouble intérieur d’Eugène, le héros du Cavalier de bronze de Pouchkine. D’autres fois, il écrivit de la musique sur des thèmes de l’actualité: par exemple, sa 12e Symphonie, Kolkhoze, ou sa 16e Symphonie, Aviation, lors de la perte de l’avion géant Gorki (1931).

    Un avion en ut majeur – on ne peut mieux saisir l’enthousiasme de Maurice Ravel  (1875-1935) pour la mécanique, un enthousiasme qui selon le livre « Ravel » de Jean Echenoz peut également être perçu dans certaines autres œuvres du maître, par exemple dans sa « Valse ». Selon Echenoz, un projet de composition portait le nom de code « Dédale 39 », dont on ne sait que ce que Ravel a daigné dire une fois à Manuel de Falla: « Cela va devenir un avion en ut majeur. »

    Le Spitfire Prelude and Fugue du compositeur britannique William Walton (1902-1983) est extrait de la musique de film The first of the Few de 1942. La bataille de Grande-Bretagne avait déjà été gagnée, et le film était aussi bien un hommage à R. J. Mitchell qui a développé l'avion clé britannique - le Spitfire - qu'un travail de propagande remontant le moral.

     

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    William Walton

    Pour sa cantate de 1955 A Vision of Aeroplanes, Vaughan Williams (1872-1958) a choisi un passage du chapitre d’Ezéchiel, qui semble prédire les avions: « Je regardai, et voici, il vint du septentrion un vent impétueux, une grosse nuée, et une gerbe de feu… De même apparaissaient quatre créatures vivantes. Chacune d'elle avait quatre faces, et chacune avait quatre ailes. Et ces êtres couraient et revenaient comme la foudre. Leur aspect et leur structure étaient comme des roues au milieu d'une autre roue. Quand ils marchaient, j'entendis le bruit de leurs ailes, pareil au bruit de grosses eaux, ou à la voix du Tout Puissant.

    Vaughan Williams a composé ce passage comme un concerto avec un orgue tourbillonnant et vibrant, évoquant le rythme et l'énergie des engins aériens.

     

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    Vaughan William

    Mais la couronne en matière d’ « inspiration » est certainement détenue par le compositeur allemand Karlheinz Stockhausen (1928-2007):

    Son Helikopter Quartett, quatuor à cordes en hélicoptère, est l’une de ses pièces les mieux connues, et l’une des plus complexes à exécuter. Elle implique un quatuor à cordes, quatre hélicoptères avec pilote, un équipement audio et vidéo ainsi que des techniciens. Bien que ce quatuor puisse être joué de manière indépendante, il forme également la troisième scène de son opéra  « Mercredi », du cycle « Lumière » - une œuvre monumentale et incomparable,  qui englobe sept opéras d’une durée totale de 29 heures.

    Toutefois, c'est pour des raisons toutes autres que musicales que Stockhausen a provoqué un tollé dans la presse, quelques jours après l'attentat contre le World Trade Center à New York, le 11 septembre 2001. Lors d’une conférence de presse qu’il a donnée le 16 septembre 2001 à Hambourg, il a déclaré :

    «La pensée peut accomplir dans les actes ce qui nous, en musique, ne peut que nous laisser rêveurs. Le fait que ces personnes puissent répéter pendant dix ans, de manière fana­tique, pour un seul concert, puis mourir: c’est là la plus grande oeuvre d’art concevable dans le cosmos. J’en serais per­sonnellement incapable»!

    Ces commentaires ayant scandalisés le monde entier, provoqués des vagues de protestations et de nombreux appels au boycott, Stockhausen a alors tenté une volte-face confuse en déclarant qu’en fait il avait parlé du rôle du Malin et de la figure de Lucifer dans les arts et que sa réponse avait été sortie de son contexte. Et la responsable de la culture de la ville de Hambourg a même jugé nécessaire de rajouter  que «la signification exacte des propos ne pouvait être com­mentée que par des personnes parfaitement au fait de son oeuvre. ». Ce qui revient à dire que le simple mélomane et lecteur est un parfait débile mental quand il entend ce qui est dit par un soi-disant génie tel que Stockhausen!

     

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    Karlheinz Stockhausen

    Rendons également hommage aux nombreux grands artistes qui nous ont quittés – emportés par un avion – mais pour ne plus jamais revenir parmi nous :

    Le compositeur italo-brésilien Silvio Sergio Bonaccorsi Barbato (1959-2009), chef d'orchestre à l'Orchestre symphonique du Théâtre municipal de Rio de Janeiro, était l’un des 228 passagers du vol AF 447 opéré par la compagnie Air France entre l'aéroport international Antônio Carlos Jobim de Rio de Janeiro et l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle en région parisienne, dont l'appareil s'est abîmé dans l'Atlantique le 1er juin 2009.

    Le chef d’orchestre italien Guido Cantelli (1920-1956) est mort à Orly dans un accident d'avion, le 24 novembre 1956, à l'âge de 36 ans. Une semaine avant, le 16 novembre, il venait d'être nommé directeur musical du Théâtre de la Scala, succédant ainsi à Giulini.

     

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    Guido Cantelli

    Le pianiste américain William Kapell (1922-1953) est mort prématurément dans un accident d’avion à l’âge de 31 ans, en 1953. Quelques minutes avant d’atterrir à San Francisco, son avion a touché un flanc de Kings Mountain dans le brouillard. Tout l’équipage et les passagers ont trouvés une mort instantanée.

     

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    William Kapell

    Le matin du 4 janvier 1995, le chef d’orchestre mexicain Eduardo Mata (1942-1995) et sa compagne quittaient l’aéroport de Cuernavaca pour se rendre à Dallas. Mata était le pilote de son propre avion, un Piper Aerostar. L'un des réacteurs tomba en panne juste après le décollage et l'avion s'écrasa dans une tentative pour réaliser un atterrissage d'urgence. Il n'y eut aucun survivant. A cinquante-deux ans, c'est l'un des plus ardents défenseurs de musique latino-américaine qui a disparu, le directeur artistique d'une collection discographique du label américain Dorian et chef attitré du Dallas Symphony Orchestra de 1977 à 1993.

     

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    Eduardo Mata

    La soprano et actrice américaine Grace Moore (1898-1947) a été tuée, à l’âge de 48 ans, dans un accident d'avion près de l’aéroport de Copenhague. Parmi les autres victimes du crash se trouvait le prince Gustav Adolf de Suède, père de l’actuel roi de Suède, Carl XVI Gustaf. Louise de Gustave Charpentier a été son opéra favori et il est largement considéré comme étant son plus grand rôle. Surnommée le rossignol de Tennessee, ses films ont contribués à populariser l’opéra en le portant devant une audience plus large. En son souvenir, Elvis Presley aurait appelé « Graceland » sa résidence privée, qui sert aujourd’hui de mausolée et de musée.

     

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    Grace Moore

    Dans la nuit du 27 au 28 octobre 1949, le boxeur français Marcel Cerdan, ami de la chanteuse Edith Piaf, a perdu la vie avec les 47 autres passagers du vol Paris-New-York, qui s’est écrasé contre le pico de Vara sur l'île de Sao Miguel, dans l’archipel des Açores. Ce sera le premier accident enregistré par Air France sur la ligne Paris - New-York, après plus de 2’000 traversées. Il n'y aura aucun survivant.

    Mais parmi ces 47 autres passagers se trouvait une jeune femme de 30 ans, dont aucun journal n’a parlé à l’époque, la violoniste française Ginette Neveu (1919-1949), qui jouait avec l'Orchestre de Cologne à Paris à l'âge de sept ans et battait David Oistrakh lors de la compétition internationale Wieniawski en 1935. Et son frère, pianiste talentueux, a également trouvé la mort, ainsi que le peintre Bernard Boutet de Monvel.

    Selon certaines sources, le Stradivarius de Ginette Neveu aurait été détruit. D’autres sources prétendaient pourtant que la boite était intacte, mais vide. On a aussi dit que peu de temps après la catastrophe, dans les petits cafés de la côte de l’archipel, un violoneux, un peu illuminé, s’était mis à jouer d’un instrument aux sonorités magiques. Les compagnies d’assurances auraient alors dépêché leurs limiers - mais le précieux violon avait disparu!

     

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    Ginette Neveu

    Le violoniste français Jacques Thibaud (18180-1953) est également mort dans un avion. En 1953, alors qu'il se rendait en Indochine en compagnie du pianiste René Herbin, leur avion s'est écrasé dans les Alpes françaises. Il n'y avait aucun survivant, et son Stradivarius de 1709 a disparu dans l'accident.

     

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    Jacques Thibaud

    Et que penser d’une fusion de l’avion et de la musique ? Non pas du style des valses de Strauss comme musique d’accueil dans les appareils au départ pour Vienne. Non, quelque chose de plus sophistiqué, tel que par exemple des avions évoluant au son de la musique.

    Figurez-vous que les Anglais y déjà ont pensé :

    Le concept « Musique dans l’air » a été développé par Ross Mallok, un des organisateurs du salon annuel de l’aéronautique à Middle Wallop, dans le Hampshire. Le premier concert a eu lieu en 1996, le soir avant le meeting aérien.  L’idée derrière cet évènement était de divertir une petite audience avec un programme de musique classique, en synchronisation avec des avions en vol,  pilotés par des bénévoles du meeting et présentant différentes acrobaties et passages en formation. La musique était initialement présentée par le London Philharmonic Youth Orchestra, dirigé par Andrea Quinn, remplacée ultérieurement par Ilan Volkov, actuellement à la tête du BBC Scottish Symphony Orchestra. Maintenant, la partie musicale est assurée par le London Pro Arte Orchestra sous la direction de Murray Stewart.

    Depuis 1996, le concert a eu lieu chaque année, grandissant en volume et en complexité, pour atteindre une audience de près de 10'000 personnes et présenter des numéros tels que les Aerostars, les Utterly Butterly, les Blue Eagles,  le B 17, le Spitfire et le Mustang, chasseurs les plus utilisés par la RAF et les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, le tout couronné par une mise en scène pyrotechnique et accompagné par la musique de Rossini, Bach, Mendelssohn, Sibelius, Elgar et Orff.

    Mais permettez-moi de terminer ce billet sur une note  plus amusante :

    Nurman Arman, directeur musical du Canadian Symphony New Brunswick, passait par un aéroport local. Pour des raisons de stricte sécurité, il lui a alors tout simplement été interdit d’emmener son bâton de chef d’orchestre dans l’avion ! « Les seules personnes pourtant que je terrifie avec ce bâton, ce sont les musiciens de mon orchestre » a-t-il dit à The Canadian Press.

    Et connaissiez-vous celle-ci :

    Supposons que les chefs d’orchestre Nikolaus Harnoncourt,  Christopher Hogwood et John Eliot Gardiner partagent le même avion, qui s’abîme dans l’Atlantique. Qui, selon vous, sera sauvé?

    Mozart!

    (Ndlr) Cette blague n’exprime évidemment en rien mes propres goûts musicaux). 

    A bientôt.

     


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  • Commentaires

    1
    Mardi 4 Juin 2013 à 01:59

    Internet est quand même une chose extraordinaire ... l'infinie connaissance à la portée des mouches que nous sommes (pourquoi mouches, pas la moindre idée, ça m'est venu comme ça ...) On peut se promener dans une planète immense de culture, d'images, de mots et de sons ... grâce à vous, aujourd'hui, le récit poétique de l'acronyme d'avion, et, mon infini avant de -enfin, car Internet fait veiller- me coucher, cette belle musique : Night fight ... La vie est belle, la nuit est belle.
    (Merci).

    2
    Samedi 22 Juin 2013 à 23:10

    Des commentaires de ce genre me rendent tout simplement heureux - et comment ne pas l'être, quand on apprend que grâce à un simple récit, à quelqu'un de l'autre côté de la Marne, on a rendu belle la vie, la nuit?

    Merci à vous, Nikole!

    3
    Lundi 24 Juin 2013 à 00:33

    mon prochain vol vers la Gaule sera plaisant  : il me suffira de penser au travail que vous avez produit pour nous éclairer par cet article, et les heures seront plus courtes !

    4
    Lundi 24 Juin 2013 à 01:05

    Je ne suis que trop heureux de pouvoir écourter votre voyage - et qui sait, avec un peu de chance, vous tomberez même sur un musicien qui se produira pendant le vol! Ces derniers temps, c'est devenu à la mode! Bon voyage en tout cas - et bonnes vacances!

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