• A comme Assassinat

    Des assassinats, il y en a des centaines qui sont commis tous les jours sur les scènes d’opéra du monde entier, de préférence dans le tableau « pathétique » quasiment obligatoire de chaque œuvre. Pour pimenter l’histoire un tant soit peu et pour assouvir les phantasmes secrets du spectateur mélomane, amateur de sensations fortes, on y tue, trucide, bousille, flingue, décapite et zigouille à profusion, avec une cruauté (car comme disait Pascal, il y de la cruauté à tuer un homme) sans pareil, (excepté celle de l’opéra suivant, encore plus insensée), pour les motifs les plus variés, que ce soit par amour, jalousie, envie, cupidité, intérêt, vengeance, racisme,  fanatisme, homophobie ou encore pour des raisons politiques.

    A comme Assassinat

    Fort heureusement pourtant, il ne s’agit que d’assassinats imaginaires, dont on peut vérifier l’aspect illusoire à la fin du spectacle, quand la « victime » ressuscite aux bravos du public :

    Ainsi, déjà dans le livret original de la fable baroque en musique « Orfeo » de Claudio Monteverdi (1567-1643), qui est considéré comme le tout premier opéra de l’histoire de la musique, le héros se fait mettre en pièces par les Ménades furieuses. Or, les pages musicales de cette fin tragique sont perdues et après la représentation préliminaire à l'Accademia degl'Invaghiti, Monteverdi s’est semble-t-il fait imposer une conclusion plus heureuse (eh oui, à cette époque déjà, on était friand de « happy ends hollywoodiens » !). Monteverdi a donc réécrit certaines pages au goût aristocratique et cette nouvelle version a finalement été jouée, avec grand succès d’ailleurs, le 24 février 1607, pour l'ouverture du Carnaval, au Théâtre de la Cour de Vincent Ier de Mantoue. (Source : Wikipedia + scena.org + orfeo.grenoble.free.fr/Annexes/orfeo)

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    Claudio Monteverdi

    Contrairement à Monteverdi, tous les compositeurs et auteurs de livrets d’opéra ne se sont pourtant pas laisser amadouer ou intimider par les autorités et il s’ensuit à travers les siècles et les différents styles une myriade de meurtres, assassinats et homicides. Même le serial killer ne manque pas à l’appel!

    Ainsi, pour ne citer que quelques exemples choisis au hasard, chez le grand réformateur de l’opéra français Christoph Willibald Gluck (1714-1787), la prêtresse Iphigénie, dont le frère Oreste a assassiné sa mère Clytemnestre qui, elle, est la meurtrière de son père Agamemnon, n’échappe que de peu au devoir de sacrifice de son frère. (Iphigénie en Aulide).

    Chez le classique Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), le libertin Don Giovanni tue le commandeur, dont le fantôme revient alors pour se venger cruellement – Don Giovanni qui refuse de se repentir est englouti par les flammes de l’enfer. (Don Giovanni).

    Chez le romantique et prolifique Giuseppe Verdi (1813-1901), les meurtres sont nombreux : la jalousie pousse Otello à tuer sa Desdémone bien-aimée (Otello) ; le spadassin Sparafucile tue Gilda, la fille de son commanditaire Rigoletto, alors qu’il croit avoir à faire au licencieux Duc de Mantoue (Rigoletto) ; le comte di Luna fait décapiter Manrico, qui s’avère être son propre frère (Troubadour) et Macbeth assassine son souverain et ami puis, pour maintenir un pouvoir illégitime, pour réduire au silence la suspicion, pour noyer la culpabilité qui le ronge et faire taire les spectres qui le hantent, tue encore et encore -  jusqu'à ce que le sang répandu le rattrape et le submerge (Macbeth).

    Chez Georges Bizet (1838-1875), la femme affranchie Carmen se fait poignarder par son amant Don José, qui ne supporte pas de devoir laisser la place au nouvel amant Escamillo (Carmen).

    Chez le vériste Ruggero Leoncavallo (1857-1919), le comédien Canio, mélangeant l'action de la pièce et la vie réelle, tue sa femme Nedda et l'amant de celle-ci, sous les applaudissements des spectateurs qui ne comprennent que trop tard le télescopage entre le jeu et la réalité (Pagliacci).

    Au début du XXe siècle, chez Richard Strauss (1864-1949), Salomé réclame à Hérode la tête du prophète Jochanaan (Jean-Baptiste) qui s’est montré indifférent à ses avances. Elle l’obtient et embrasse la bouche de la tête coupée et sanglante, geste qui horrifie le pourtant décadent Hérode à tel point qu’il ordonne à ses soldats de la tuer sur le champ (Salomé).

    Chez Alban Berg (1885-1935), l’ancien soldat Wozzek tue l’infidèle Marie, ancienne prostituée et mère de son fils (Wozzek) ; alors que la femme fatale Lulu tue son époux mais, devenue putain, succombe sous les coups de couteaux du fameux Jack l’éventreur (Lulu).

    Chez Dmitri Chostakovitch (1906-1975), Katerina empoisonne son beau-père gênant ; avec son amant Sergeï, elle étrangle son mari puis, condamnée au bagne, elle se suicide en se jetant dans le fleuve dans lequel elle entraîne la nouvelle conquête de Sergeï. (Lady Macbeth du district de Mtsensk).

    Et pour terminer cette lugubre énumération, l’opéra contemporain « Our American Cousin » (Notre cousin d’Amérique) d’Eric W. Sawyer (*1962), retrace les évènements entourant l’assassinat d’Abraham Lincoln, vus par les yeux des acteurs et du public le soir de l’attentat !

    Ironie de l’histoire : Abraham Lincoln était l'un des hommes d'État qui s'intéressait le moins à la musique, incapable qu'il était de lire une partition, de jouer d'un instrument ou même de chanter !

    Mais restons objectifs, ce n’est pas pour cette raison qu’il a été assassiné !

    Par contre, il y a des assassinats pourtant « purement imaginaires » pendant lesquels l’un des protagonistes a véritablement failli rester sur le carreau, pardon, sur les planches :

    Ainsi, le ténor Fabio Armiliato a failli passer l’arme à gauche durant l’été 1995. Au festival de Macerata, il chantait Cavaradossi, dans la « Tosca » de Giacomo Puccini. Au troisième acte, il devait se faire assassiner, comme d’habitude, par un soldat. Mais la balle à blanc était chargée avec trop de poudre. Sa botte a été transpercée et sa jambe heurtée. Lorsque Tosca (la cantatrice Raina Kabaivanska) est accouru vers lui, elle l’a entendu murmurer « Appelle une ambulance! » Puis il s’est évanoui à la vue de son sang. Une heure plus tard, le ténor - aux petits soins – a déclaré qu’heureusement, le soldat ne l’avait pas visé à la bonne hauteur.... (Source : Le Temps, Samedi Culturel, juin 2001)

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    Fabio Armiliato dans le rôle de Mario Cavaradossi

    Dans ses mémoires, le baryton italien Tito Gobbi raconte comment, à la fin du deuxième acte de la « Tosca », la cantatrice Maria Callas était sur le point de l’ « assassiner ». Alors que Tosca s’approchait des bougies qui se consumaient sur le bureau de Scarpia, sa perruque a pris feu. L’homme s’est jeté sur elle, a fait mine de l’étreindre et a étouffé le feu. Le rejetant d’abord par dégout, la Callas lui a alors chuchoté dans l’oreille: « Merci Tito... » - avant de l’assassiner ! (Source : Le Temps, Samedi Culturel, juin 2001)

    En quoi la gratitude a ses limites !

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    Maria Callas dans le rôle de « Tosca » - après son forfait !

    Mais comme toute médaille a son revers, on peut opposer, à ces assassinats strictement imaginaires qui ont véritablement failli tourner au drame, un meurtrier devenu soudainement amnésique et qui a purement et simplement oublié de commettre son forfait :

    Le public de l’Opéra de Paris a été témoin d’un meurtre pour le moins symbolique. Lors de la représentation de « Cavalleria Rusticana » de Pietro Mascagni, Franck Ferrari dans le rôle d’Alfio a oublié de poignarder le personnage de Turriddu, qui est resté assis, embarrassé, à écouter le cri « Ils ont tué Turridu ! ». (Source : sites.radiofrance.fr/francemusique/actualite)

    Rien d’étonnant non plus que certains compositeurs, ou encore des spectateurs, pour des raisons diverses, aient pris un coup de sang et sérieusement envisagé de commettre l’irréparable :

    Peu avant la première de la « Symphonie fantastique », Hector Berlioz (1803-1869) a obtenu le prix de Rome. Ayant échoué une première fois au concours parce que son oeuvre avait été considérée comme trop originale, il a écrit une pièce résolument conventionnelle que les examinateurs n’ont pas manqués d’apprécier. Mais il ne se plaisait pas à Rome et a failli regagner Paris, particulièrement parce qu’il ne recevait pas de nouvelles de Camille, à laquelle il était fiancé. Il a alors appris qu’elle allait épouser un autre et a tout simplement décidé de la tuer, ainsi que son fiancé, sa mère et lui-même. (on prétend même qu’il s’est travesti en bonne et armé de deux pistolets à double canon afin d’exécuter son funeste dessein). Mais il a changé d’avis et est revenu sur ses pas. Cette mésaventure lui a inspiré une suite à la « Symphonie fantastique », qu’il a appelé « Lélio ou le retour à la vie ». Cette oeuvre et une unique mélodie ont été les seuls produits de quinze mois de séjour en Italie. (Source : S. Sadie & A. Latham: La Musique, une initiation, Editions Bordas)

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    Hector Berlioz

    Le 31 mai 1817, l’audience de la Scala à Milan a salué la première de « La Pie voleuse » de Gioacchino Rossini (1792-1868) avec des applaudissements sans précédent. Dans sa « Vie de Rossini », le biographe Stendhal décrit la scène: « L’opéra a créé une telle fureur ... que l’entière audience se levait à tout moment comme un seul homme pour couvrir Rossini d’applaudissements ». Mais pas tout le monde a salué l’oeuvre avec autant d’enthousiasme. Un étudiant en musique était tellement exaspéré par le bruit des tambours de l’ouverture, qu’il a rendu public son intention d’assassiner Rossini - dans l’intérêt de la musique. (Source: Classic FM, mars 1999)

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    Gioacchino Rossini

    Son premier opéra, « Guntram », était un tel flop que Richard Strauss (1864-1949) lui a dédié une pierre tombale, qui a orné le jardin de sa villa à Garmisch. Mais il allait plus loin encore, en s’accusant lui-même de meurtre envers son enfant chéri, dont il a attribué l’échec avant tout au manque de profondeur du livret, de sa propre plume. A partir de ce jour, il n’a confié ses opéras qu’à d’autres esprits et a ainsi gagné quelques uns des meilleurs auteurs du continent, tels qu’Oscar Wilde, Hugo von Hofmannsthal et Stefan Zweig. (Source : Scala, septembre/octobre 1999)

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    Richard Strauss

    Par contre, l’opéra n’a nullement le privilège exclusif des scènes de crime sanglantes. La grande musique également donne lieu à des descriptions susceptibles de vous faire dresser les cheveux sur la tête, bien qu’en l’occurrence, elles s’avèrent beaucoup plus difficilement déchiffrables par un auditeur non averti :

    Ainsi, Antonin Dvorak (1841-1904) avait l’habitude de choisir comme sujet pour ses poèmes symphoniques les légendes populaires les plus sanglantes. « L’Ondin » op. 107 aussi bien que « La Sorcière de midi » op. 108 se terminent en meurtre d’enfant, dans « La Colombe » op. 110, la femme qui a tué son mari se suicide et dans le « Rouet d’or » op 109, l’héroïne se fait couper les membres et arracher les yeux et ses assassins se font dévorer par les loups. (Source ; BBC Music,  juillet 2002)

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    Antonin Dvorak

    Le poème symphonique « Le rouet d’or » (Zlatý kolovrat), oeuvre de maturité composée entre janvier et avril 1896, est interprété par le London Philharmonic Orchestra sous la direction d’Alexander Rahbari (1993) :

    Quant à des assassins ou des assassinats supposés, en voici quelques exemples :

    Toutes les bonnes encyclopédies sur la musique en font clairement état: Vincenzo Bellini (1801-1835) est mort à Puteaux le 23 septembre 1835, des suites d’une infection intestinale, comme en témoigne le rapport du médecin légiste rédigé le 25 septembre. Aujourd’hui, Francesco Mallegni, paléontologue et anthropologue des universités de Pise et de Palerme, conteste pourtant cette version des faits. Selon lui, Bellini aurait été assassiné par empoisonnement. (Source : Répertoire, décembre 2000)

    Ce qui reste tout de même encore à prouver !

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    Vincenzo Bellini

    Et que n'a-t-on pas dit de Niccolo Paganini (1782-1840). On a prétendu qu'il jouait sur des cordes confectionnées avec les boyaux d'une maîtresse qu'il avait assassinée ; d’autres, que la victime était un amant préféré. Mais tous s’accordaient pour représenter Paganini comme un meurtrier qui aurait utilisé les loisirs forcés de la prison au profit du perfectionnement de son jeu !

    Ce qui est certain par contre, c’est que Paganini n’a rien fait, ou si peu, pour démentir ces légendes. Il avait déjà compris, comme une star du box-office d'aujourd'hui, qu'elles lui fai­saient tout simplement une très fructueuse publicité. (Source : La petite histoire des interprètes; Les grands interprètes en concert / cddigital.dgb.uanl..mx : Les musiciens célèbres)

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    Niccolo Paganini

    Un policier té­moignant au procès du chef d’orchestre et compositeur Michel Tabachnik a jugé hier que le chef d'orchestre franco-suisse ne pouvait pas être accusé de «véritable assassinat» dans le drame de l'Ordre du temple solaire (OTS). Tabachnik est jugé en appel pour la mort de 16 personnes en 1995 dans le Vercors.

    Le commandant Gilbert Houvenaghel, de la police judi­ciaire, était appelé à témoigner au troisième jour du procès de Tabachnik. Ce dernier est jugé à Grenoble pour «association de malfaiteurs».

    Tabachnik est accusé d'avoir entraîné par ses écrits les mem­bres de la secte dans une logi­que suicidaire. Il avait été relaxé faute de preuve en première instance. «Michel Tabachnik n’est pas un mauvais bougre, mais c'était un convaincu, un type qui y croyait et qui, quand il a appris ce qui s'est passé, était dépassé par l'ampleur du massacre», a affirmé le respon­sable de l'enquête, selon lequel on ne peut toutefois pas accuser le chef d'orchestre de «véritable assassinat».

    Selon lui, Tabachnik «a survécu au drame car il avait une mis­sion secrète». Lorsque le minis­tère public lui a demandé de quelle «mission secrète» il s'agissait, le policier n'a pu don­ner de réponse.

    L'avocat du prévenu, Me Francis Szpiner, est inter­venu en ironisant: «Michel Ta­bachnik est coupable car il n'a pas été assassiné, la preuve de sa culpabilité, c'est qu'il est vi­vant.» - (Source : afp-Le Matin, 27.10.2006)

    Précisons encore à ce sujet que si Michel Tabachnik a bien été impliqué dans cette affaire, les justices suisses et françaises l'ont blanchi de toute participation présumée aux tragédies de Salvan et Cheiry, en Suisse (octobre 1994) et du Vercors (Saint Pierre de Chérennes, Décembre 1995).

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    Michel Tabachnik

    Mais le mot de la fin concernant les assassins supposés revient au chef d’orchestre Ernest Ansermet (1883-1969), qui a confié à son correspondant Igor Stravinski dans une lettre : « Les Vaudois sont (sauf Auberjonois et Ramuz) couards et des natures d'esclaves qui vendraient leur père, ou plutôt non, vendre est un acte, laisseraient tuer leur père pour être sûrs de leurs deux décis quotidiens. » (Source : Coopérative: Ansermet ou la passion de l'authenticité, de J.-J. Langendorf, Editions Slatkine)

    Quelle belle réputation tout de même, attribuée aux Vaudois – par un Vaudois ! Mais santé quand-même !

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    Ernest Ansermet

    Arrivé au terme de cette série d’assassins supposés et de forfaits imaginaires, il reste pourtant une dernière liste à laquelle je dois malheureusement vous confronter maintenant :

    celle des assassinats « pour de vrai » :

    En 1964, le compositeur américain Marc Blitzstein (1905-1964), connu pour la traduction et l’adaptation musicale de « L’opéra des quat’sous » ainsi que pour son « Airborne Symphony », est décédé suite à une hémorragie interne dans un hôpital de Fort-de-France, en Martinique.

    De nombreux journaux ont alors pudiquement mentionné un homicide, d’autres ont carrément avancé la thèse de l’assassinat politique. Or, bien qu’il ait été membre du parti communiste des Etats-Unis d’Amérique, qu’il figurait sur la liste noire des patrons des studios de cinéma  et qu’assassinat il y a bien eu, les circonstances de sa mort sont beaucoup plus sordides :

    En 1963, Blitzstein a décidé de passer l’hiver en Martinique, et il a quitté New York en Novembre de la même année. En janvier 1964, tard le soir, suite à une beuverie carabinée, il a ramassé trois marins portugais. Ce qui est arrivé ensuite n’est pas très clair, mais il semble que pendant que le quatre faisaient la tournée des bars, l’un d’eux a répondu aux avances sexuelles de Blitzstein et a disparu avec lui dans une ruelle proche. Les deux autres les ont alors suivis et à trois, ils ont passé Blitzstein à tabac et l’ont délesté de tous ses effets personnels.

    La police, qui a trouvé la victime au milieu de la nuit, gémissant et en slip et chaussettes seulement, l’a conduit à l’hôpital. Ses blessures ne paraissaient, à priori, pas très sérieuses. Pourtant, suite à des contusions internes, Blitzstein s’est vidé de son sang et il est décédé le lendemain soir, le 22 janvier 1964.

    Léonard Bernstein, qui a appris la mort de Blitzstein alors qu’il était dans sa loge en train de se préparer pour un concert, a dédié l’ « Eroïca » qu’il devait diriger à la mémoire de son ami. Il a écrit à son sujet : « C’était un ami tellement proche que je n’arrive pas encore à mesurer la perte qu’il représente en tant que compositeur. Je peux seulement m’imaginer que j’ai perdu une partie de moi-même, mais je sais aussi que la musique a perdu un serviteur inestimable. Sa position spéciale dans le théâtre musical est irremplaçable ». (Source: marcblitzstein.com)

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    Leonard Bernstein, avec le compositeur et ami Marc Blitzstein, en train d’examiner la partition pour la « Airborne Symphony ».

    De l’œuvre de Blitzstein, je vous présente le « Rain Quartet », un extrait de son opéra « Regina », dans une interprétation de Renée Fleming, Maureen O'Flynn, Denise Woods et Samuel Ramey, lors du Richard Tucker Gala de 1992. Les chanteurs sont accompagnés par des membres du Metropolitan Opera Orchestra, sous la direction de James Conlon :

    Le compositeur baroque allemand Johann Wolfgang Franck (1644 - env.1710) a servi à la cour du margrave d’Ansbach (Bavière) où, en 1577, il a été nommé chapelain. Il est l’auteur d’un nombre considérable d’œuvres sacrées pour la chapelle de la cour. Mais sa carrière a connu une fin brutale lorsqu’en janvier 1679, il a dû s’enfuir de la ville après avoir tué, dans un accès de jalousie, un des musiciens de la chapelle et blessé son épouse. Comme il avait déjà acquis une certaine renommée en tant que compositeur d’opéra, notamment pour « Les trois filles du Cécrops » (le premier opéra allemand dont la partition a été conservée en entier), il a alors trouvé asile ä Hambourg, où il est devenu directeur musical du Théâtre « am Gänsemarkt », puis Kapellmeister de la cathédrale en 1682. Dans cette ville, il a produit 14 opéras entre 1679 et 1686. Plus tard, entre 1690 et 1695, il a séjourné à Londres, où il a activement participé à la vie musicale, notamment en donnant des concerts en collaboration avec le compositeur Robert King. Ses opéras mis à part, il est l’auteur de plusieurs livres de chants sacrés ainsi que d’un certain nombre de chants pour le « Gentlemen’s Journal ». Il est décédé probablement en 1710 à Londres. (Source: Concise Oxford Dictionary of Opera (1996) + Grove’s Dictionary of Music and Musicians, édition 1952; auteur: E. van der Straeten)

    Le fantôme de Carlo Gesualdo, prince de Venosa (1566 ?-1613), grand représentant, aux côtés de Luca Marenzio et Monteverdi, du madrigal italien de la Renaissance, hante encore les habitants de la petite ville de Venosa, près de Naples. Car c’est là qu’il a assassiné (ou fait assassiner) sa femme et cousine, Maria d'Avalos, qu'il avait épousé en 1586 (et qui, dit-on, a servi de modèle à la Joconde) et son amant, dans la position même où ils ont été surpris, pour devenir le compositeur meurtrier de l’histoire de la musique. Cette scène s’est déroulée le 16 octobre 1590 : Gesualdo a fait croire à une partie de chasse, de laquelle il est revenu afin de surprendre sa femme en flagrant délit d'adultère avec Fabrizio Carafa, duc d’Andria, et de les punir. Le mythe veut que les blessures portées à Maria se situaient uniquement dans la région du bas-ventre, et que l’amant soit resté pendu jusqu’à ce que la pourriture trop avancée de son corps oblige Gesualdo à l’enterrer afin d’éviter une épidémie.

    Peu de temps après, il aurait également assassiné l’un de ses deux enfants, dont il mettait sa légitimité en doute. (on prétend qu'il l'a « bercé » à mort). (Source : Wikipedia + Télérama, septembre 1997)

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    Carlo Gesualdo

    Le compositeur français Jean-Marie Leclair (1697-1764), surnommé le Corelli français, connu pour ses sonates et ses concertos pour violon, est un des mal-aimés de notre siècle, lui qui fut si célèbre en son temps. (…) Bien sûr, aux deux bouts de son existence, plane le mystère sur sa jeunesse, inconnue; sur sa mort, énigmatique. Tout au plus sait-on qu’il est né à Lyon le 10 mai 1697; premier de sept enfants, d’un père passementier, joueur de basse (de viole) et Maître à danser, qu’un cadet était aussi musicien - qu’on a surnommé « le second » pour le différencier de Jean-Marie, l’ « Ainé ». (...) En 1758, plus misanthrope que jamais, il s’est sépare de sa femme, la laissant s’installer rue du Four St Germain dans une maison cossue tandis que lui s’est retiré dans une sorte de masure, située à l’écart rue Carème-Prenant, à la Courtille hors la Porte du temple. Il a repoussé l’hospitalité du Duc de Gramont, a vécu là, solitaire et presque hargneux: c’est là aussi qu’on l’a retrouvé assassiné mystérieusement le 23 octobre 1764, poignardé dans le dos. Mais même si de lourdes présomptions ont pesé sur le neveu et le jardinier du musicien, aucune preuve n’a vraiment pu être apportée de leur culpabilité. (Source : Crescendo, décembre 1997-janvier 1998)

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    Jean-Marie Leclair

    Voici l’Ensemble « Capriccio Stravagante », sous la direction de Skip Sempé, enregistré en 2005 au salon Hercules du château de Versailles, lors de l’interprétation de l’Ouverture I Opus XIII  de Jean-Marie Leclair.

    Le pianiste juif d’origine polonaise Benjamin Rawitz (1946-2006) avait obtenu la nationalité allemande mais vivait en Belgique, où il jouait pour le Conservatoire royal de Bruxelles. Il avait fait ses études à l'Académie Rubin de l'Université de Tel-Aviv, au Conservatoire royal de Bruxelles puis au Conservatoire de musique de Genève. A 15 ans, il faisait déjà partie de l'Orchestre symphonique de Haïfa.et il était connu pour donner des concerts en Europe, au Japon, aux États-Unis et en Amérique du Sud.

    Le 29 août 2006, peu après minuit, de retour d’un concert qu’il avait donné dans le cadre des « Rencontres musicales internationales » à Enghien, deux individus l’avaient remarqué rentrant chez lui, rue des  Minimes, à bord de sa voiture. Junior Pashi Kabunda et Laurent Oniemba, les quidams en question, mineurs d’origine africaine de 16 et de 18 ans au moment des faits, avaient aussitôt décidé de lui voler les clés du véhicule, une Honda Civic, avant qu'il ne rentre dans son immeuble.

    Vers 9 h du matin, après avoir découvert des traces de sang sur le mur conduisant au sous-sol, un voisin de la victime avait avisé la police. Quelques minutes plus tard, les inspecteurs avaient découvert le corps sans vie de la victime.

    Rapidement, les policiers avaient compris que le sexagénaire, qui avait été agressé en rentrant chez lui, avait vécu un véritable calvaire. Après avoir été tabassé à mort, il avait été trainé dans la cage d'escalier du quatrième étage jusque dans la cave, où il avait été abandonné, le visage tuméfié. Méconnaissable. L'agression n'aurait duré que 5 minutes mais la victime aurait encore agonisé de longues minutes après le départ de ses agresseurs, qui lui ont pris un billet de 20 euros, ses cartes de crédit et la clé de sa voiture.

    Faute de pistes exploitables et d’éléments probants, l’enquête avait piétiné jusqu’en février 2008, ou des informations recueillies « de source policière » avaient finalement permis l’identification des deux assassins. (Source : lalibre.be/actu/belgique +  + 7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique)

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    Benjamin Rawitz

    Pas vraiment belle, mais possédée par le chant et le théâtre, Antoinette de Saint-Huberty (1756-1812) a été la protégée de Gluck, dont elle a crée Melissa dans « Armide », et l’une de ses interprètes privilégiées, ainsi que de Piccini et de Sacchini. Elle a d’abord été mariée à un aventurier, Croisilles de Saint-Huberty, qu’elle a délaissé pour le comte d’Antraigues, épousé secrètement à Lausanne en décembre 1790 et avec lequel elle a vécu plusieurs années à Mendrisio, puis à Paris et à Milan, où le couple a mené une activité politique très importante.

    Fuyant les armées françaises, tous les deux se sont rendus à Vienne puis en Russie, où la tsarine Catherine II a confié une mission diplomatique au comte d’Antraigues. Sa femme, devenue comtesse d’Antraigues, avait entretemps mis un terme à sa carrière et ne se produisait plus qu’en privé. Chagrinée d’avoir dû mettre un terme à sa carrière si prometteuse, elle écrivait par contre des pièces de théâtre.

    Vers 1809, le couple s’est retiré à Londres, où ils ont péri tous deux, assassinés à l’arme blanche par un domestique italien, qui a aussitôt été abattu. Les services secrets britanniques, qui avaient monté l’opération, ont alors recueilli les papiers du comte d’Antraigues, papiers qui recélaient les clauses secrètes de certains traités et l’original du testament de Louis XVI, qui étaient de la plus haute importance politique. (Source : Diapason, juillet-août 2000 + Wikipedia)

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    Antoinette de Saint-Huberty

    Alessandro Stradella (1644-1682), auteur d’opéras et d’oratorios dont on commence à peine aujourd’hui à redécouvrir le génie, a été mêlé à plusieurs scandales de femmes et d'argent et devait s'enfuir de Rome en 1677. Il s’est rendu d'abord à Venise, où il donnait des leçons de musique à la maîtresse d'Alvise Contarini. Mais il ne devait pas s'arrêter là, car quelques mois plus tard, il s'est enfui avec elle à Turin afin d'échapper à deux assassins loués. En 1678 il s’est rendu seul à Gênes, où il est resté jusqu'à sa mort. Mais son destin l'a tout de même rattrapé, car en 1682, pour une nouvelle histoire de femmes, il a été poignardé sur la Piazza Bianchi! (Source : Wikipedia)

    Ecoutons la « Pietà Signore » d’Alessandro Stradella, interprétée par le ténor italien Franco Corelli :

    Dagmar Führich était l’une des élèves du prestigieux corps de ballet de l’opéra de Vienne. Le 8 mars 1963, vers 17 heures, l’ensemble de l’opéra a commencé les préparatifs pour la représentation de la « Walkyrie » de Richard Wagner. Personne ne pouvait se douter qu’à la même heure, un meurtre épouvantable s’est déroulé dans les douches du sous-sol. Un homme y a assassiné à coups de couteau la jeune danseuse, âgée de 12 ans, qui s’est trouvé seule dans les vestiaires à ce moment là. L’autopsie médico-légale a révélé 37 coups de couteau, soit 17 dans la partie gauche de la poitrine, dont 13 ont perforé le cœur et le poumon et ont pénétré jusque dans la paroi thoracique arrière.

    Le corps sauvagement massacré de la victime a été découvert par une coiffeuse en service.

    A partir de cette insupportable réalité, la suite a pourtant trébuché dans une irréalité totale et le comportement des employés de la maison, complètement dépassés par les évènements, nous fait, malheureusement mais inévitablement, penser à un opéra tragi-comique du vaste répertoire de la maison :

    Au lieu d’avertir la police, dont le poste s’est pourtant situé à un jet de pierre de l’opéra, la coiffeuse a été chercher une collègue, qui à son tour a averti l’un des pompiers en service.

    Or celui-ci s’est déclaré incompétent et a contacté le concierge qui, à son tour, a aussitôt averti le chef du personnel.

    Entretemps, le directeur artistique a, sans succès et à plusieurs reprises, essayé de joindre le directeur musical Herbert von Karajan, qui ce jour-là s’est trouvé à Saint-Moritz, en Suisse, afin de lui demander conseil.

    Finalement, le directeur du personnel s’est décidé à se rendre à pied au poste de police se situant quasiment de l’autre côté de la rue, pour signaler le meurtre.

    Entretemps, 45 minutes se sont écoulées, les spectateurs ont commencé à remplir la salle et la direction a décidé, selon le programme, de jouer la « Walkyrie ».

    A la fin du premier acte, le petit cercueil a été évacué de l’opéra.

    L’assassin, un jeune homme de 33 ans, déjà condamné précédemment pour des délits sexuels, a été confondu plusieurs mois plus tard, dans le cadre d’une autre enquête. (Source : viennatouristguide.at/Friedhoefe/Grinzing/pers_grinzing)

    Un technicien de scène de la Philharmonie de Jelenia Gora, en Pologne, a été écroué en mars 2013 pour le double homicide d’une jeune harpiste et d’un gardien de sécurité. Les deux victimes ont été découvertes, le lendemain d’une répétition, à l’intérieur du bâtiment qui abrite la salle de concert de Jelenia Gora. Selon l’autopsie, la jeune femme de 27 ans avait été étranglée, tandis que le gardien, âgé de 60 ans, est mort suite à des blessures à la tête. Le suspect, un jeune homme de 29 ans, très poli selon ses employeurs et en bons termes aves toute l’équipe, a partiellement avoué le meurtre du gardien, mais dit ne pas se souvenir de quoi que ce soit concernant la jeune harpiste, qui était arrivée la veille de Varsovie pour participer à deux répétitions avant le concert prévu pour vendredi.

    Deux semaines après ce drame, l’orchestre philharmonique a interprété le « Requiem » de Mozart en l’honneur des deux victimes. (Source : huffingtonpost.com/2013/03/11) 

    Un tribunal pékinois a condamné un Chinois à la peine capitale pour avoir mortellement blessé l’une des ex-gloires de l’Opéra national. En octobre dernier, Zhan Qinghua, 32 ans, s’était introduit au domicile de Wang Yingiv, 75 ans, afin de le cambrioler. Tombant nez à nez sur le maître des lieux, il lui avait alors porté un coup mortel. (Source : Répertoire, octobre 2002).

    Arrivé au terme de ce billet, il ne me reste qu’à espérer que la lecture d’autant d’histoires effarantes ne vous empêche pas de dormir cette nuit !

    A bientôt.

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    hamdibey
    Samedi 18 Mai 2013 à 20:20

    Bonsoir Kilian, merci pour ce roman policier qui englobe, dans un univers diégétique ressortissant à la réalité des faits divers du monde musical. Bon week-end.

    musique

    2
    Lundi 20 Mai 2013 à 01:22

    celui qui a dit que la musique adouci les moeurs nous aurait-il menti ? Il est vrai que les musiciens, librettistes et autres qui gravitent autour ne sont que des hommes....

     

    3
    Hautbois
    Lundi 16 Septembre 2013 à 05:54

    … Jean-Marie Leclerc ? pour la musique de supermarché ?

    Leclair serait tout de même mieux…

    Hautbois

    4
    Lundi 16 Septembre 2013 à 12:19

    Je suis confus, Hautbois, et ne sais pas comment cette erreur regrettable ait pu échapper à ma vigilence. Toutes mes excuses. Mais grâce à vous, justice est rendue à Jean-Marie Leclair (voir plus haut).

    Quant à Leclerc et la musique classique dans les supermarchés, susceptible de vulgariser la musique dite "savante" et de la rendre accessible au plus grand nombre, c'est un sujet à creuser. Qui sait, peut être le nom d'Eduard Leclerc figurera quand-même un jour dans "Classiqu'Analectes"!

    kilmann

    5
    Luc MANDRAUD
    Mardi 21 Octobre 2014 à 14:00

    Jean-Marie LECLAIR, mort (poignardé dans le dos !) en 1764, la même année que Jean-Philippe RAMEAU. Deux lourdes pertes pour la Musique Française.

     

     

     

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