• A comme Amour

    Je n’avais pas vraiment l’intention de rédiger de suite un nouveau billet, car finalement, je ne suis pas à la retraite pour me stresser d’avantage encore que pendant ma vie active. Mais réflexion faite, la fête de Saint-Valentin mérite bien un effort particulier et puis, pour une fois au moins, l’embarras du choix ne se pose pas puisque le thème est tout indiqué –

    l’Amour (avec un grand A)!

    A comme Amour

    "L’amour et Psyché" de François Gérald (1770-1837)

    Toutefois, je m’accorde la liberté de citer l’amour au sens large du terme, sous toutes ses formes, qu’il soit platonique, conjugal, vénal, impossible ou même interdit. Par contre, je renonce à vous citer toutes les œuvres, particulièrement tous les opéras, dont la le livret raconte une histoire d’amour, car entre l’amour perdu et ressuscité dans « Orfeo ed Eurydice » de Christoph W. Gluck (1762), l’amour libertin dans « Don Giovanni » de Wolfgang Amadeus Mozart (1787), l’amour conjugal dans « Fidelio » de Ludwig van Beethoven (1804-1814), l’amour impossible dans « Aïda » de Giuseppe Verdi (1871), l’amour à mort dans « Carmen » de Georges Bizet (1875), l’amour trahi dans « La Dame de Pique » de Piotr Ilitch Tchaikovski (1890), l’amour adultère dans « Lady Macbeth de Mzensk » de Dimitri Chostakovitch (1934) et même l’amour homosexuel inavoué dans « Billy Budd » de Benjamin Britten (1951), ceci pour ne citer que quelques exemples caractéristiques (sic), eh bien l’amour sous toutes ses formes est tellement omniprésent dans les livrets d’opéra que vous ne risquerez de lire un billet à peu près exhaustif qu’à la Saint-Valentin de 2015 ! Ce qui n’est pas le but de cet exercice. Je me bornerai donc à ne citer ici que les œuvres majeures dont le titre comprend le mot « Amour » :

    Fidelio ou l’amour conjugal

    Opéra en deux actes de Ludwig van Beethoven, sur un livret de Joseph Sonnleithner et Georg Friedrich Treischke d’après le mélodrame de Jean-Nicolas Bouilly « Léonore ou l’amour conjugal » et dont l’histoire s’inspire d’un fait avéré

    L'amour de loin

    Opéra en 5 actes du compositeur finlandais Kaija Saariaho, sur un livret d’Amin Maalouf

    L'Amour des trois oranges

    Opéra en un prologue et quatre actes de Sergueï Prokofiev d'après la pièce de Carlo Gozzi

    L’Amour masqué

    Opérette d’André Messager, sur un livret de Sacha Guitry

    L’Amour Sorcier (El Amor Brujo)

    Ballet pour 10 danseurs sur une musique de Manuel de Falla

    L’élixir d’amour (L’Elisir d’amore)

    Opéra en deux actes de Gaetano Donizetti sur un livret en italien de Felice Romani, lui-même tiré du livret écrit par Eugène Scribe pour « Le Philtre » de Daniel François Esprit Auber

    Le téléphone ou l’amour à trois

    Opéra bouffe, musique et livret de Gian Carlo Menotti

    S’ensuivent les innombrables mélodies appelées

    « Rêves d’amour » (Liebesträume)

    de Franz Liszt, (dont le N° 3 en mi bémol majeur est le plus connu) ou de Gabriel Fauré

    « Chant d’amour » (Liebeslied)

    de John Corigliano, Franz Joseph Haydn, Fritz Kreisler, Luigi Nono, Franz Schubert, Richard Wagner (« Sigmunds Liebeslied », air de la « Walkyrie»), Kurt Weill (Extrait de « L’opéra de quatre sous ») ou de Alexander Zemlinsky

    ou encore

    « Nuit d’amour » (Liebesnacht) mise en musique par Henri Marteau ou Karol Szymanowski,celle des « Contes d’Hoffmann » de Jacques Offenbach, ou de « Tristan et Isolde », le plus grand poème d’amour de Richard Wagner, qui plaît particulièrement aux amoureux

    et finalement la

    « Mort d’amour » (Liebestod) d'Isolde, à la fin de « Tristan et Isolde », qui compte pour beaucoup parmi les musiques les plus bouleversantes qui aient jamais été composées.

    Puis, il faut mentionner l’histoire d’amour la plus célèbre de la littérature, dont le degré de popularité est tel qu’elle a inspirée pas moins de 35 compositeurs, je veux parler de celle de Roméo et Juliette, d’après la pièce de William Shakespeare, et dont les quatre œuvres homonymes très connues :

    - Roméo et Juliette, symphonie dramatique d’Hector Berlioz (1839)

    - Roméo et Juliette, opéra de Charles Gounod (1867)

    - Roméo et Juliette, ouverture de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1869)

    - Roméo et Juliette, ballet de Sergueï Prokofiev (1935)

    mais aussi, exception faite du « I Capuleti ed i Montecchi » de Vincenzo Bellini, dont le titre sort légèrement du rang, 32 autres opéras du même nom, moins connues ou méconnues, allant de celui de Georg Anton Benda (1776) à celui de Pascal Dusapin (1988), en passant par la comédie musicale (ou l’adaptation cinématographique du même nom) « West Side Story » de Leonard Bernstein (1957), qui comporte toutefois une fin moins tragique, imposée par les producteurs, parce que la première version, plus fidèle à l’original, a été jugée trop « déprimante » ! (Source : Wikipedia)

    Comme l’amour est un vaste sujet, les histoires d’amour sont forcément légion. Par contre, malgré le fait que chacune d’entre elles puisse paraître unique en soi et extraordinaire, elles deviennent inéluctablement banales de par leur nombre. Alors, pour ne pas prolonger ce billet ad infinitum, je ne citerai que les plus les plus cocasses, tragiques et inhabituelles. Voici donc le florilège que je vous ai composé:

    Le théologiste et philosophe Pierre Abélard (1079-1142).a composé beaucoup de musique d'église, mais la plus grande partie de ses oeuvres a disparue de nos jours. Il est surtout connu pour ses écrits d'amour sur sa relation avec Héloïse, une des tragédies d'amour la plus célèbre de l'histoire. Abélard était chargé par Fulbert, l'oncle d'Héloïse et chanoine de Notre-Dame, de l'éducation de sa brillante nièce. Bien entendu, les deux sont tombés amoureux l'un de l'autre et se sont mariés secrètement après le retour à Paris d’Héloïse, qui avait accouchée en Angleterre du fils d'Abélard. A cause de leur liaison scandaleuse, Abélard s’est fait attaquer et castrer. Il est devenu moine au monastère de St. Denis et Héloïse est entrée au couvent d'Argenteuil. Après que le couvent a été dispersé, Abélard a cédé à Héloïse et ses nonnes la propriété de la communauté, le Paraclet, qu'il avait été autorisé de créer. (Source: Classic CD 1994)

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    Abélard et Héloïse

    Le 11 septembre 1827, le compositeur français Hector Berlioz (1803-1869) a assisté à une représentation de Hamlet par une troupe londonienne. Il est tombé immédiatement et violemment amoureux de l’actrice Harriet Smithson, qui interprétait le rôle d’Ophélie. Il lui a aussitôt écrit, à plusieurs reprises même, mais n’a pas pu la rencontrer. A la suite de potins au sujet d’une intrigue amoureuse entre elle et son directeur, il s’est alors résolu de garder ses distances, pour le moment tout au moins, et à exprimer sa passion dans une symphonie, la « Symphonie fantastique ». Harriet a alors été remplacée dans son coeur par Camille Moke, pianiste âgée de 19 ans, qui l’a pourtant rapidement quitté pour Camille Pleyel, le fabricant de pianos. Deux ans plus tard, à son retour d’un long séjour à Rome, Berlioz a présenté une version affinée de sa symphonie, à laquelle il a ajouté une suite, « Lélio », dans laquelle l’acteur Pierre-Touzé Bocage jouait le rôle d’un personnage inspiré de Berlioz. Le texte était rempli d’allusions évidentes à la passion du compositeur pour Harriet, qui était alors de retour à Paris. Probablement grâce à la complicité de l’éditeur Maurice Schlesinger, elle s’est laissé persuader d’assister au concert de Berlioz et, le lendemain de la seconde audition de la « Fantastique », Berlioz et Harriet se sont enfin trouvés. Rapidement, elle a prononcé le fatal « Berlioz, je t’aime », et, le 3 octobre 1833, ils se sont mariés. Ce qui a été un désastre ! Ils se sont séparés pendant l’été de 1844, mais auraient dû le faire bien plus tôt. La beauté de Harriet s’était fanée et un accident avait mis fin à sa carrière. Elle est morte en 1854, alcoolique et paralysée. Berlioz, qui s’était engagé dans une liaison malheureuse avec la cantatrice Marie Recio, a subvenu aux besoins de Harriet jusqu’à sa mort. De cet échec, il a tiré deux autres monuments à leur passion: la symphonie « Roméo et Juliette » et une mélodie déchirante, « La mort d’Ophélie ». (Source : CD RCA VICTOR 09026 68930 2, Texte de Michael Steinberg, traduction: Byword, London)

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    Hector Berlioz à Rome, en 1832

    portrait probablement par Emile Signol

    Johannes Brahms, compositeur allemand (1833-1897), est resté nature en toutes circonstances. Il n’a pas appris les bonnes manières dans la brumeuse et commerçante Hambourg, où il est né. Son école? Les tavernes où, à partir de 10 ans, il a accompagné au piano la contrebasse de son père. « Quand les bateaux arrivaient après de voyages de plusieurs mois, les matelots s’y ruaient comme des bêtes fauves, à la recherche de femmes. Et pour rendre ces hommes encore plus sauvages, ces femmes à moitié nues me prenaient sur leur genoux entre les danses, me caressaient, m’embrassaient et m’asticotaient! » racontait-il, en concluant: « Voilà ce qu’a été ma première impression de l’amour! » (Source : Télérama 1998; Bernard Mérigaud: Connaissez-vous Brahms?)

    Ces impressions constituent-elles un élément de réponse à la question pourquoi on ne connaît de Brahms aucune histoire d’amour autre que sa passion, restée platonique, pour une femme de 14 ans son ainée, Clara, épouse du compositeur Robert Schumann?

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    Johannes Brahms vers 1853

    Dédicataire en 1768-1769 des six sonates pour clavecin (ou pianoforte) et violon opus 5 de Boccherini, la musicienne Anne-Louise d’Hardancourt Brillon de Jouy (1733-1824) a entretenu avec Benjamin Franklin, lors du second séjour de ce dernier à Paris, une relation d’amitié amoureuse qui s’est traduit par un abondant échange de correspondance: vingt-neuf lettres de Franklin à Mme de Brillon - il appelle alors cette dernière « ma Brillante » et lui déclare une fois préférer attendre, pour lui rendre visite, que « les nuits soient plus longues » - et cent trois lettres de Mme de Brillon à Franklin. Anecdote amusante: pour célébrer la victoire des forces américaines sur les Britanniques à Saratoga en décembre 1777, Anne-Louise a composé une « Marche des Insurgés » qui n’a été joué qu’en 1956 à Philadelphie, à l’occasion du 250e anniversaire de la naissance de Franklin! (Source : Marc Vignal: Les fils Bach. Editions Fayard) Une autre source précise que malgré l’insatisfaction qu’éprouvait Mme. de Brillon avec son époux et l’attraction évidente qu’elle exerçait sur Franklin, cette relation est restée strictement platonique - principalement du au désir (d’ailleurs resté insatisfait) de Franklin de voir son petit-fils William devenir l’époux de Cunegonde, la fille de Mme de Brillon. (Source : http://batgirl.atspace.com/BenFranklin.html) Pendant toutes les années qu’il a séjourné en France, et même dans des lettres après son retour aux Etats-Unis, Franklin est toujours resté très attaché à Mme. De Brillon. Il s’accordait même la liberté de jouer aux échecs avec un ami commun, jusqu’à une heure avancée de la nuit, dans sa salle de bains, pendant qu’elle se prélassait dans sa baignoire tout en les regardant jouer. C’était, aussi loin que puisse mener une partie d’échecs dans une baignoire, plutôt innocent, car la baignoire était, comme c’était de bon ton à l’époque, couverte par une planche en bois. « Je crains que nous vous ayons incommodé en vous retenant aussi longtemps dans votre bain » s’est-il excusé le lendemain, en rajoutant une petite promesse ironique : « Plus jamais je ne consentirai à commencer une partie d’échec avec le voisin dans votre salle de bain. Pouvez-vous pardonner cette indiscrétion ? ». (Source : Walter Isaacson: Benjamin Franklin: an American Life)

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    Benjamin Franklin

    Une scène d’amour torride dans « Madame Butterfly » de Giacomo Puccini, mis en scène par Giancarlo del Monaco, fils du célèbre ténor Mario del Monaco, a provoqué des huées au Met de New York. Apparemment, le public a trouvé le finale du 1er acte trop érotique. Le ténor Richard Leech s’est déshabillé jusqu’au maillot de corps et Butterfly (Catherine Malfitano) a gémi de plaisir quand Pinkerton lui a dénudé l’épaule. « Ca allait trop loin - c’était sale », s’est indignée la diva Licia Albanese, une célèbre ancienne Butterfly. (Source : BBC Music Magazine 1995)

    Le tchèque Antonin Dvořák (1841-1904) a d’abord été altiste et a joué sous la baguette de Bedrich Smetana, Richard Wagner et Mily Balakirev avant de démissionner de l’orchestre pour se consacrer à la composition. Il a alors vécu de leçons particulières, et c’est pendant cette période qu’il est tombé amoureux d'une de ses élèves, Josefina Cermakova. Pour elle, il a écrit un cycle de chansons, « Arbres de Cyprès », dans la tentative de conquérir son cœur. Cependant elle a épousé un autre homme, et en 1873, Dvořák s’est alors uni avec la sœur de Josefina, Anna, avec laquelle il a eu neuf enfants, mais il est toujours resté extrêmement préoccupé par la santé de sa bien-aimée belle-sœur Josefina, son premier amour (non partagé). Il a inclus un de ses airs préférés, « Laisse-moi seul », dans l'adagio du « Concerto pour violoncelle », composé durant son dernier hiver américain. Peu après son retour en Bohème, Josefina est décédée. En sa mémoire, il a alors révisé la coda de la finale et y a inclus cet air une seconde fois. (Source : Classic CD, janvier 1996)

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    Antonin Dvorak

    Ecoutons ce deuxième mouvement, « Adagio ma non troppo», magistralement interprété par l’inoubliable Jacqueline du Pré :

     

    Bien qu’il était l’archétype même de l’élégant esthète français, le chef d’orchestre et compositeur Raynaldo Hahn (1875-1947) n’avait pas une goutte de sang français dans ses veines. Son père était allemand, sa mère Vénézuélienne, et lui était né à Caracas. En 1912, il a pris la nationalité française, et peu après, il s’est porté volontaire pour le service militaire. En 1915, dans les tranchées de la Première guerre mondiale, il a composé un set de valses appelé « Le ruban dénoué ». L’expérience de cette guerre était terrible, et beaucoup de ses amis étaient tués. Pour un autre ami, gravement blessé celui-ci, il a composé un morceau à être joué quand il ne pouvait pas dormir: « Berceuse pour un convalescent ». Cette pièce constitue bien d’avantage qu’un geste charmant. Elle est composée de trois sections, dont la première est une douce berceuse, la seconde une reconnaissance qu’il y aura des jours ou le jeune soldat aura grandement besoin de réconfort, et dans la troisième, il y a quelque chose de plus profond encore. Hahn était-il amoureux de lui ? Toujours est-il que Hahn a été le grand amour dans la vie de Marcel Proust et le seul qui, après leur rupture, lui est resté un ami très proche et fiable. (Source : Classic CD 1996)

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    Raynaldo Hahn, Photographie de Nadar

    Afin de témoigner de son grand amour pour la musique, l’écrivain romantique allemand Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann (1776-1822) a échange en 1812 son troisième prénom, Wilhelm, avec celui d'Amadeus en hommage à Mozart, son modèle. Il s’est alors dirigé vers la composition et sous le nom de d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann ou E.T.A. Hoffmann, il a écrit plusieurs opéras, en particulier « Ondine », qui est tiré d'un conte de son ami Friedrich de La Motte-Fouqué, ainsi que d'œuvres vocales et instrumentales. (Source : Wikipedia)

    La carrière de Gilbert Kaplan, né en 1941 à New York, est l’une des plus extraordinaires dans l’histoire de la musique. Cet éditeur de 54 ans, qui a gagné beaucoup d’argent avec un magazine financier fondé dans les années 60, a été invité un jour par un ami aux répétitions de la « Deuxième Symphonie » de Mahler. « J’ai toujours aimé la musique, mais je n’ai jamais eu de contact direct avec elle. Cette oeuvre m’a touché comme la foudre ». Un coup de foudre - on ne peut mieux l’exprimer. L’année suivante, Kaplan a passé chaque jour six heures avec le chef d’orchestre Charles Bornstein et a appris tout ce qu’il faut savoir sur la direction. Il a voyagé à travers le monde, afin d’assister à toutes les présentations possibles de cette symphonie. Entretemps, il a lui-même dirigé cette oeuvre avec 26 orchestres, parmi lesquels quelques unes des phalanges les plus réputées du monde. Son enregistrement avec le London Symphony Orchestra a obtenu des distinctions convoitées et est resté pendant deux ans au top des bestsellers des Etats-Unis et de la Grande Bretagne. En 1995, il a reçu une invitation afin de diriger la « Deuxième Symphonie » lors de l’ouverture du Festival de Salzbourg. A part l’Adagietto de la Cinquième de Mahler, il ne dirige rien d’autre, et n’en a pas l’intention. A-t-il une explication pour cette passion? « Non. Je pourrais décrire toutes les particularités de cette oeuvre, mais on pourrait faire la même chose avec la « Neuvième » de Beethoven, ou la « 40e » de Mozart. Au fond, je ne peux la comparer qu’avec un grand amour. On peut exprimer ce qu’on ressent, mais pas le pourquoi. Je ne me prends pas pour un chef d’orchestre professionnel. Je n’apprécie pas les amateurs qui veulent jouer dans la cour des grands. Mais je dois dire que là-haut, sur le podium, on y trouve l’expression la plus pure de son âme ». (Source : BBC Music Magazine, décembre 1995)

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    Gilles Kaplan au pupitre

    On a souvent cataloguée Constance volage, sans voir que la jalousie de son mari Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) débordait d’une sensualité débridée à laquelle elle répondait avec entrain. D‘un tempérament prompt à s’échauffer, il ne supportait pas son éloignement et s’en émouvait hardiment. Lettre du fripon Wolfgang à Constance, en mai 1789 : « Prépare bien proprement ton joli petit nid car mon petit bonhomme le mérite bien, il s’est tout à fait bien conduit et ne souhaite rien d’autre que de posséder ton (XXX). Imagine-toi ce filou qui, pendant que je t’écris, se glisse le long de la table se montre et me questionne ; je lui donne vivement un coup sec sur le nez, mais le gredin est (XXX). Ce garnement brûle de plus en plus et on ne peut plus le retenir. » (Les mots illisibles ont été biffés par Georg Nikolaus von Nissen, le deuxième mari de Constance). (Source : TELERAMA, hors série Mozart)

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    Wolfgang Amadeus Mozart

    La soprano suédoise Birgit Nilsson (1918-2005), souvent qualifiée de « soprano du siècle », était une interprète d’une polyvalence et d’une longévité exceptionnelle. Dans le rôle d'Isolde dans « Tristan et Isolde », elle est morte d'amour 209 fois, ce qui constitue un record mondial. (Source : Symphonia 1996)

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    Birgit Nilsson

    Je ne suis pas en mesure de vous dire exactement pour la combientième fois Birgit Nilsson meurt dans la scène qui suit, mais écoutons-la, sous la direction de Karl Böhm, dans un enregistrement fait en juillet 1973 au Théâtre Antique d'Orange :

     Nicoletta Mantovani, ex-secrétaire et seconde épouse du regretté « ténor du siècle » Luciano Pavarotti (1935-2007), était certaine que son mari ne tombera pas amoureux de sa nouvelle secrétaire. En effet, Nicoletta avait employé un homme pour la remplacer, persuadée que si son homme était tombé amoureux une fois, il pouvait le refaire. Bonjour la confiance! (Source : Le Matin 1996)

    Le ténor britannique Peter Pears (1910-1978) était probablement le plus célèbre des chanteurs classiques britanniques du XXe siècle, en raison de sa formidable technique vocale et de l'agilité de sa voix. Il a rencontré le compositeur Benjamin Britten (1913-1976) en 1934 et ils sont presque tout de suite tombés amoureux l’un de l’autre. Dès cette rencontre jusqu’à la mort du compositeur, Pears a alors été le compagnon et l'inspirateur de Benjamin Britten, qui lui dédiera tous les grands rôles de ténor de ses opéras (depuis « Peter Grimes » jusqu'à Gustav von Aschenbach dans « La Mort à Venise » en passant par les rôles du chœur masculin dans « Le Viol de Lucrèce », d' »Albert Herring », du Capitaine Vere dans « Billy Budd », et de Peter Quint dans « Le Tour d'écrou ». Britten l’a dirigé dans tous les enregistrements qu'il a faits de ses propres œuvres, opéras comme cantates (Spring Symphony), ainsi que dans les enregistrements qu'il a fait de Scènes du « Faust » de Goethe, de « The Dream of Gerontius » et du « Voyage d'hiver ». (Source : Classic CD, octobre 1996 et Wikipedia)

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    Peter Pears et Benjamin Britten

    La veille de la naissance du petit Jean-Philippe Rameau (1683-1764), à Dijon, sa mère a fait un rêve: un garçonnet assis à l'orgue de l'église jouait comme un ange. Son pressentiment s’est réalisé. L'enfant dont le père était un fanatique de la musique, qu'il avait apprise à trente ans passés, a connu ses notes avant de savoir les lettres. A sept ans il a joué du clavecin comme un adulte doué. Au collège des jésuites, dont les vieux murs retentissaient encore de l'éloquence de Bossuet, il ne voulait rien apprendre. Il ne pensait qu'à écrire sur ses cahiers des débuts de motifs, des essais de fugues. Il a été renvoyé avant d'avoir terminé sa quatrième année. L'orthographe restait pour lui une énigme. Il s’est couvert de ridicule lorsque, devenu amoureux d'une jeune veuve, il a voulu lui adresser des lettres enflammées. (Source : L'Opéra, Editions de Minuit)

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    Jean-Philippe Rameau

    Le violoniste le plus pittoresque du siècle des lumières était sans doute Joseph Bologne de Saint-George, appelé le Chevalier de Saint-George (1732-1799), né à la Guadeloupe des oeuvres d’une belle esclave noire et d’un haut personnage, M. de Boulogne. Très tôt, le jeune mulâtre a montré de telles dispositions que son père l’a fait venir en métropole où il a reçu les leçons des meilleurs maîtres de violon et d’escrime, car il était aussi supérieurement doué pour l’épée que pour l’archet. Mousquetaire du roi - la prestigieuse compagnie dans laquelle d’Artagnan avait servi - très beau, très grand, brillant cavalier, nageur hors pair, excellent danseur, le chevalier de Saint-George ne tardait pas à mettre les Parisiens à ses pieds - et, dans son lit, beaucoup de Parisiennes ! La chronique - ou la légende - prétend qu’il avait tapissé sa chambre des lettres d’amour de ses belles maitresses. (Source : Les grands de la musique; Gérard Géfen) On a également raconté qu’il dormait sur un oreiller garni des mèches de cheveux qu’il avait dérobé à ses amoureuses ! Quoi qu’il en soit, trois ans après son décès, Bonaparte a rétabli l’esclavage et le XIXe siècle a plongé cet attachant personnage dans l’oubli. (Source : Fémina, août 2002)

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    Joseph Bologne de Saint-George, appelé le Chevalier de Saint-George

    Xaver Scharwenka (1850-1924), compositeur et pianiste allemand, a fait ses études et vécu la majeure partie de sa vie à Berlin. Comme pianiste de concert, il a fait énormément de tournées et a été particulièrement connu pour son beau jeu sonore et chantant et comme interprète de Chopin. En 1891, il a fait son premier voyage aux USA et est tombé tellement amoureux de ce pays qu'il a décidé d'émigrer à New York. Il y a ouvert un conservatoire de musique, mais en 1898, il est finalement retourné à Berlin. Néanmoins il a continué de visiter très fréquemment le pays: jusqu'en 1914, il avait traversée l'Atlantique 26 fois. (Source : Classic CD, novembre 1995)

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    Xaver Scharwenka

    En 1956, en pleine crise de la guerre froide, le violoniste juif Isaac Stern (1920-2001) a entrepris une grande tournée de concerts et de récitals en U.R.S.S., mais a refusé - malgré toutes les offres qui lui ont été faites - de se produire en Allemagne. Sa notoriété, son autorité dans le monde musical sont devenues telles qu’en 1960, il s’est opposé avec succès à la démolition de la célèbre salle de concert de New York, le Carnegie Hall, qui devait être livrée aux promoteurs immobiliers pour être transformée en un immense immeuble de bureaux. Il est alors devenu - et l’est resté encore quarante ans après - Président du Carnegie Hall (...). En 1999, il a enfin accepté de se rendre en Allemagne, non pour s’y faire entendre, mais pour se rendre compte du niveau musical de la jeunesse allemande, au cours de ce qu’il a appelé des « rencontres ». Homme de convictions, Isaac Stern n’avait aucun mal à justifier le veto qu’il a opposé à toutes les sollicitations pour jouer devant un public germanique: « Pour moi, ce qui s’est passé ne date pas de soixante ans; c’est comme si cela s’était produit hier. Pour jouer devant un public, j’ai besoin de parler comme avec des amis - c’est même faire l’amour sur la scène - et, là-bas, je ne peux pas. Au cours de mon récent voyage, j’ai dit clairement que je n’étais pas venu pour oublier ou pour pardonner, mais pour voir comment la jeunesse vivait la musique. J’ai vu, j’ai écouté et c’était beau à entendre. Partager quelque chose avec les jeunes c’est une chose, mais monter sur une scène, non! » (Source : Classica, octobre 2000)

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    Isaac Stern

    Le compositeur, violoniste et chef d’orchestre norvégien Johan Severin Svendsen (1840-1911) est entré dans l’histoire de la musique et de la littérature grâce à sa troisième symphonie. Après être tombé sur un bouquet de fleurs et une déclaration d’amour d’une admiratrice, son épouse jalouse a jeté le manuscrit fraichement terminé dans le feu. Ce drame familial n’a pas seulement servi de modèle à Henrik Ibsen pour son Hedda Gabler, qui jette dans le feu la dissertation de son bien-aimé; mais il a également freiné de manière durable les mécanismes créatifs du compositeur: Svendsen, qui a occupé la fonction de directeur musical à l’opéra Royal de Copenhague jusqu’en 1908, n’a rajouté que quatre oeuvres à son répertoire, dans lequel il a attribué des opus à trente-trois titres. (Source : Fono Forum, février 1999)

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    Johan Severin Svendsen

    Le compositeur britannique John Tavener (1944-) a été très contrarié d’apprendre que son « Prayer of the heart », enregistré par Björk, a été utilisé comme accompagnement musical d’une exposition du photographe Nan Goldin, alors que cette exposition comprenait des photos explicites de couples faisant l’amour. Dans une lettre au Times, Tavener a strictement replacé l’enregistrement dans un contexte typiquement contemplatif : « Toute forme d’amour humain …. est amour divin, et n’a absolument rien à voir avec les sirènes périphériques du monde moderne qui tendent à nous distraire en utilisant des titres journalistiques bon marché tel que l’amour gay…. (Source : BBC Music Magazine, avril 2002)

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    John Tavener

    Le compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) a écrit son « Concerto pour violon et orchestre » en mars et avril 1878. Il était en vacances à Clarens, en Suisse, pour se remettre des effets de son mariage désastreux, et avec lui se trouvait un jeune violoniste nommé Joseph Kotek. Tchaïkovski a admis - bien entendu dans sa correspondance privée uniquement - qu’il était profondément amoureux du jeune homme. Le concerto peut, dans un certain sens, être écouté comme le portrait de Kotek, ou tout au moins des sentiments qu’il éveillait en Tchaïkovski. Pendant qu’il composait ce concerto, il jouait des passages à Kotek et à d’autres amis. Généralement, l’œuvre avançait bien, mis à part le mouvement lent. Tchaïkovski en écrivait donc un autre, qui lui prenait une journée entière. Le mouvement délesté survit dans une pièce pour violon et piano, Méditation, op. 42/1, qui est également une très belle oeuvre. D’un point de vue extra-musical, il est tentant de considérer la relation entre Tchaïkovski et le jeune Kotek. Le motif du premier mouvement reflète-t-il le sauvetage de Tchaïkovski par Kotek des répercussions de son mariage? L’intimité du mouvement lent reflète-t-il leur union heureuse ? L’élan de la finale reflète-t-il le refus de Tchaïkovski de s’incliner devant le traditionalisme, ou tend-il vers la suggestion vulgaire que, dans son for intérieur, il savait que Kotek n’était pas le jeune homme à principes élevés qu’il aurait aimé qu’il soit – ce qui n’était que trop vrai puisqu’il s’est avéré que Kotek draguait les femmes sans cesse. (Source : BBC Music Magazine, juillet 2001)

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    Piotr Ilitch Tchaïkovski avec Joseph Kotek vers 1877

    Toujours est-il que c’est au célèbre violoniste Leopold Auer, et non à Kotek, que Tchaïkovski a finalement dédié sa partition, ce qui n'a pas empêché pas ce dernier de la juger inexécutable et de laisser au fringant Adolf Brodsky le soin de la créer. (Source : Wikipdia).

    En voici un extrait, l’ »Andante », de ce « Concerto pour violon et orchestre », interprété par Itzhak Perlman sous la direction d’Eugene Ormandy :

     

    Pour la jeune musicienne Violet Gordon Woodhouse, née Gwynne (1872-1951), claveciniste britannique acclamée, l’aptitude de captiver était essentielle à son effort. Son progrès social a vacillé lors de la rupture des fiançailles avec un homme qui a voulu lui révéler les faits de la vie. Atterrée, mais déterminée à poursuivre une carrière musicale, elle a trouvé un époux, Gordon Woodhouse, qui a accepté de la soutenir sans faire aucune revendication sexuelle. En 1899, Gordon a invité son ami Bill Barrington dans leur maison du Sussex afin de divertir Violet, ce que Bill a fait si efficacement que Violet en est tombée amoureuse. Elle a alors obtenu de Gordon l’accord pour un ménage à trois. Vers la fin de 1901, elle s’est rapprochée de deux autres hommes qui sont venus constituer finalement un ménage à cinq, le notaire Max Labouchere et le soldat Denis Tollemache. Tous les quatre hommes ont pris plaisir en la compagnie des autres, particulièrement quand ils étaient occupés à des tâches campagnardes, le fermage, le jardinage et la chasse. En tant que claveciniste, Violet n’entraînait pas seulement l’audience, ainsi que ses hommes, mais également différentes femmes dont elle acceptait avec bonheur leur admiration, notamment la compositrice Ethel Smith et la poétesse Radclyffe Hall, auteur du roman lesbien « Le Puits de solitude », qui lui a dédié en 1915 un livre de poèmes érotiques. (Source : BBC Music Magazine, août 2000)

    A comme Amour

    Violet Gordon Woodhouse

    Je vous laisse également consulter les résultats d’un petit sondage d’opinion.

    Sur le site français Yahoo, la question suivante a été posée aux internautes : Quelle musique classique pour faire l´amour? Voici les réponses reprises dans l’ordre dans lequel elles ont été déposées:

    1 « Tristan et Isolde » - sinon rien! (Tiens, j’ai bien fait d’en parler !)

    2 Le « Boléro » de Ravel à plein tube!

    3 Du Chopin en sourdine ...

    4 Chopin, « Nocturne opus 27 »

    5 Le « Boléro » de Maurice Ravel, c’est le résultat de la recherche des phéromones aphrodisiaques pour exciter les femmes et les hommes

    6 Michael Nyman Band – “Chasing Sheep is Best Left to Shepherds”

    7 Peut-être les « Canons » de Pachelbel, mais elle est peut-être un peu trop passionnante

    8 Liszt, « Feux Follets », S.139, R.2b, #5

    9 The rite of Spring (Sacre du printemps, d’Igor Stravinski) Part 2

    10 Yundi Li plays Chopin « Nocturne Op. 9 N° 2»

    11 « Breathe On Me » - Britney Spears (tiens donc, Britney Spears aurait fait une incursion dans le répertoire lyrique ?)

    12 “Dream of love” (Rêve d’amour), Chopin, but + Mozart, Grapelli, C. Jerome, Wagner (Source : f.answers.yahoo.com/question/index)

    Peut-être cette liste va-t-elle vous inspirer pour l’organisation de votre fête des amoureux ! Le dernier extrait que je vous offre maintenant me permet de vous présenter en même temps un instrument qui ne doit manquer sous aucun prétexte dans ce billet entièrement voué à l’amour :

    La Viola d’Amore

    Cet instrument a été très à la mode au XVIIIe siècle, on a suggéré qu’il est de tous les instruments celui dont le son ressemble beaucoup à la voix humaine, et Léopold Mozart a écrit dans sa méthode de violon que cette viole convient parfaitement pour créer « une ambiance de calme au soir ». On dit souvent qu'elle doit son nom à la tête de femme aux yeux bandés garnissant la volute, symbole de l'amour aveugle ! Les violes d'amour ont disparu au XIXe siècle. Certaines ont été transformées en altos. Le renouveau de la musique baroque vers 1900 a pourtant suscité un nouvel intérêt pour cet instrument, dont la facture a alors repris peu à peu. (Source : Wikipedia)

    Ecoutons Rachel Barton Pine dans le « Concerto en ré majeur pour viola d’amore» d’Antonio Vivaldi, accompagnée par l’ensemble Ars Antigua sur des instruments d’époque

     

    Mais pardi, j’ai failli oublier – les fleurs.

    Il n’y a pas de Saint-Valentin sans fleurs. De préférence des roses, et rouges de surcroît, puisqu’il s’agit du symbole de l’amour. Mais que je vous laisse le soin d’offrir à l’élue (ou à l’élu) de votre cœur. Car moi, et ceci en guise de conclusion, je vous offre une autre variété, pour laquelle j’ai eu un véritable coup de foudre, la « Talea », que voici :

    A comme Amour

    Photo kilmann

     

    Je vous souhaite à toutes et à tous une très belle fête des Amoureux. A bientôt

     

    PS

    Et surtout, n’oubliez pas :

    L'amour sans amour n'est plus rien.

    (Citation de Joe Dassin)


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  • Commentaires

    1
    Mardi 25 Février 2014 à 13:23

    Pas le temps de tout lire maintenant, mais d'ores et déjà, merci pour le boulot, et ce très long article dont je me réjouis à l'avance de découvrir le contenu.

    2
    Jeudi 3 Avril 2014 à 22:12

    Bonsoir Kilan, Merci pour ta visite et ton gentil mot, Papillon, c'est très agréable de te lire... J ai lu un petit passage dans ton océan musical. C'est un plaisir de lire sur l'Amour...Tes articles sont magnifiques et très intéressants. On ne jouit bien de toute sa sensibilité que par un amour innocent.
    «L'amour est une douceur dont le jus est savoureux et la pâte parfois amère.
    Proverbe arabe »- Bonne et douce soirée d'Amour. 

    Amitiés

     

    3
    Lundi 14 Juillet 2014 à 10:55

    Bonjour Kilan, un petit passage pour te souhaiter un bon début de semaine...J'adore tout ce que tu écris.

    Une pensée amicale,

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