• D comme Durée (2/2)

    b) Concerts

    Parmi les concerts les plus longs, les deux exemples suivants méritent d’être cités:

    Le compositeur autrichien Gustav Mahler (1860-1911) a fait en 1998 son entrée dans le livre Guinness des records. L’intégrale de ses symphonies a été donnée à Stockholm en un seul et unique concert d’une durée de près de 12 heures.

    Gustav Mahler

    D comme Durée (2/2)

    Le plus long concert d'artistes a été donné au Japon. Plus de 700 musiciens, solistes ou d'ensembles, réunis par le professeur de piano Kuniko Teramura, ont joué tour à tour en direct pendant 184 heures à Hikone du 23 au 31 Mars 2007

    D comme Durée (2/2)

    Mais le concert le plus long et le plus lent au monde se joue (encore et toujours) dans l’église abandonnée de Halberstadt, en Allemagne :

    Un orgue a spécialement été construit pour interpréter l’œuvre du compositeur américain John Cage (1912-1992), intitulée Organ2/ASLSP (As SLow As Possible). L’introduction silencieuse a elle toute seule a durée 18 mois. La partition - qui tient sur quatre feuilles de format A4 - doit être jouée « As SLow aS Possible », aussi lentement que possible. Le concert de Halberstadt va donc durer très très longtemps –

    six cent trente-neuf ans pour être précis.

    Les sons Cagiens qui se répandent désormais non-stop dans la petite église s'accompagnent depuis longtemps d'un tapage bien moderne. Le projet avait bien entendu même son site sur la Toile et on pouvait, moyennant 1 000 euros, parrainer une année donnée du concert.

    .C'est grâce à un profane que l'aventure la plus grotesque de l'histoire de la musique a finalement pu voir le jour - Michael Betzle, 59 ans, géophysicien de formation et chef d'entreprise de profession, a injecté les fonds nécessaires à son lancement.

    Fini depuis le calme à Halberstadt. Les voisins de l’église accusaient même les quelques notes de les empêcher de dormir. Le sponsor Betzle s'était alors engagé d'isoler l'église avec des doubles vitrages !

    D comme Durée (2/2)

    c) Bis

    Il existe aussi des bis très longs, tellement longs même que les artistes auraient probablement  préférés rejouer l’opéra entier une seconde fois plutôt que de réapparaître une bonne centaine de fois sur scène:

    Le record du nombre de rappels est détenu par Luciano Pavarotti (1935-2007), acclamé pendant 165 rappels, et qui duraient 1 heure 7 minutes, pour son interprétation de Némorino dans L’Elisir d’Amore de Donizetti au Deutsche Oper Berlin en 1988.

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    En 1991, après une représentation d’Othello à l’Opéra de Vienne, Placido Domingo (1941-) a été applaudi pendant 101 rappels, mais qu duraient 1 heure 20.

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    d) Carrières

    Enfin, un certain nombre de carrières extraordinairement longues :

    Le ténor suisse Hugues Cuénod (1902-) représente un exemple rare de longévité. Il a fait ses début de concertiste vocal en 1928 à Paris dans Johnny spielt auf (Johnny mène la danse) d'Ernst Krenek en première française, et en 1988, il s’est payé le luxe de faire ses débuts, à 86 ans, au Metropolitan Opera de New York, ou l a chanté l’empereur Altoum dans Turandot de Puccini. Or ce personnage, comme Cuenod l’a malicieusement fait remarquer, a trois mille ans!

    Hugues Cuénod

    D comme Durée (2/2)

    En décembre 1898, le baryton français Lucien Fugère (1848-1935) s’est vu remettre par Félix Faure, alors président de la République Française, la croix de Chevalier de la Légion d’honneur, marquant par ce geste les vingt ans de sa présence à la Salle Favart. Lorsque l’on sait que Fougère chantait encore au début des années 1930, on mesure l’exceptionnelle longévité artistique que fut la sienne :

    En mars 1920, il a fêté ses cinquante ans de théâtre, puis en 1927, ses 50 ans effectifs à l’Opéra-Comique. En 1931, il a repris, au Trianon-Lyrique, Le Maître de chapelle de Paër, avec un succès considérable. En décembre 1931, une fois de plus, il a chanté le Bartholo du Barbier de Séville pour les débuts fracassants de Chaliapine, Salle Favart, en Bazile. A leur jeune partenaire en Rosine, Leïla Ben Sedira, il a confié à l’oreille, avec beaucoup de malice et d’humour: « Comme il a la voix vieille! » Fugère avait alors 83 ans ! Sa toute dernière apparition sur scène n’a pourtant eu lieu que deux ans plus tard, au Trianon Lyrique, dans le rôle du même Bartholo.

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    Le palmarès pour la plus longue carrière d'organiste (83 ans) au monde revient à Florence Gunner, qui a joué à Far Forest (Worcestershire, G.B.) jusqu'à l’âge de 94 ans.

    D comme Durée (2/2)

    Le baryton-basse allemand Hans Hotter (1909-2003) était actif pendant 70 ans dans la vie musicale. Il a donné ses débuts sur scène à l’âge de 21 ans, dans le rôle du récitant de la Flûte enchantée, il a fait ses adieux à la scène en 1972, mais à 82 ans encore, donc plus de 60 ans après ses débuts sur scène, Hotter chantait - le rôle de Schigolch de Lulu de Berg, dans une nouvelle production du Théâtre du Châtelet. Et quatre ans plus tard s’ensuivait encore une nouvelle apparition au festival de Salzbourg, comme récitant dans les Gurre-Lieder de Schönberg.

    D comme Durée (2/2)

    Le chef d’orchestre Pierre Monteux (1875-1964) a obtenu son premier poste de chef titulaire en 1906. En 1961, alors qu’il avait 86 ans, il a conclu un contrat avec le prestigieux Orchestre symphonique de Londres - sous condition que sa durée soit de 25 ans! A ce qu'on disait, il se teignait les cheveux en noir avec une substance qui ressemblait à du cirage, ceci dans l'espoir de paraître plus jeune. Quand quelqu'un lui demandait, et prétendait ne pas connaître la réponse, pour quelle raison ses moustaches avaient blanchies, mais pas ses cheveux, il répondit: "Parce que les cheveux sur ma tête n'ont pas fait les mêmes expériences".

    Pierre Monteux

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    Les pianistes polonais Artur Rubinstein et Mieczysław Horszowski étaient tous les deux presque centenaires quand ils donnaient encore des concerts brillants. Or Rubinstein a donné son premier concert à Lodz, sa ville natale, en 1894, quand il avait tout juste 7 ans. Et Horoszowski a interprété la Sonate pour piano N° 1 de Beethoven lors d’un concert public à Varsovie quand il avait 9 ans!

    D comme Durée (2/2)

    La paroisse de l’église de Saint-Raymond, en France, a célébré en 1995 les 70 ans de dévouement au service de la communauté de Madame Augustine Plamondon-Smith, née en l908, et qui a touché l'orgue de l'église de Saint- Raymond depuis l925. Ce record de longévité comme organiste dans une église a été homologué dans le livre officiel des records Guiness. Ce record ne lui a toutefois pas tourné la tête, puisque Madame Plamondon a maintenu son poste jusqu'en l'an 2000.

    D comme Durée (2/2)

    La plus longue carrière de chef d'orchestre est celle de l'espagnol Juan Garcès Querait, qui a été chef d'orchestre à Valence pendant 67 ans.

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    En 1976, alors âgé de 94 ans, Leopold Stokowski (1882-1977) a signé son dernier contrat avec une maison de disques ! Sa carrière de chef d'orchestre est d’une durée remarquable, puisqu'il a dirigé des formations de 1908 à 1972, et que le dit contrat pour des enregistrements aurait pu le voir diriger un orchestre jusqu'à l'année de ses cent ans, si la mort n'était venue le saisir l'année suivante d'une crise cardiaque.

     Leopold Stokowski

     

    e) Interprétations et Enregistrements

    Si on possède plusieurs enregistrements d’une même œuvre, et qu’on compare les durées des différentes versions, ou si avant un nouvel achat on consulte une discographie, on se rend alors compte que certaines interprétations durent plus longtemps que d’autres. Beaucoup plus longtemps même. Autrement dit, selon le chef d’orchestre, on obtient d’avantage de musique pour le même argent!

    Si en plus, la version plus longue est recommandée par les spécialistes, alors le bonheur est presque parfait. Je dis presque, parce que encore faut-il aimer les versions longues, soit lentes. Je ne veux pas créer ici de polémique, ni faire l’éloge d’une certaine lenteur, ou d’une lenteur certaine, car d’autres sont bien mieux qualifiés pour ce faire que moi, qui ne suis qu’un simple mélomane. Je veux seulement relever, sans aucun parti pris, les différences très sensibles qui peuvent exister entre une exécution et une autre.

    Pour ce faire, j’ai pris comme base la discographie très complète du site http://patachonf.free.fr/musique/index.php de la 8ème Symphonie d’Anton Bruckner, discographie qui date certes de 2003, mais qui est toujours largement représentative pour cette simple comparaison :

    Sur plus de 120 enregistrements répertoriés, avec 68 chefs d’orchestre différents, la version la plus courte (basée certes sur une édition tronquée) est de Hans Knappertbusch, avec une durée de 1 h 09’ 41’’.

    La quasi-totalité des autres interprétations se situe dans ce que j’appellerai une fourchette moyenne, allant de 1 h 15’ à 1h 25’, sauf -

    sauf celle de Sergiu Celibidache, chef allemand d’origine roumaine qui, en utilisant des tempos très étirés, par lesquels il a mis en valeur la profondeur et la portée de l’œuvre de ce compositeur, auquel il vouait un véritable culte, se démarque magistralement avec une durée tout simplement hallucinante de 1 h 44’ 13’’!

    Je me permets de reprendre ici ce que disait le critique Gérard Belvire dans la revue « Répertoire » d’octobre 1998 au sujet de la durée du 3ème mouvement de cette même symphonie: « Record absolu de la discographie passée, présente et à venir ».

    Sergiu Celibidache

    Toujours est-il que dix ans plus tard, ce record n’a, à ma connaissance, pas encore été battu !

    Or, l’immense chef d’orchestre qu’était Sergiu Celibidache a pratiquement toujours refusé d'enregistrer, aussi bien en concert ou en studio, avec l'argument que le disque ne pouvait pas reproduire tous les épiphénomènes qui existent dans la musique et que seul le concert en direct pouvait révéler. (Ceci dit, je n’oublie pas pour autant tous les enregistrements publiés post mortem par son fils Ioan, qui proviennent des archives des stations de radio auxquelles les formations dirigées par son père étaient liées, et dont les bénéfices ont intégralement été reversés aux deux fondations humanitaires que Celibidache avait créées.)

    D comme Durée (2/2)

    Quant au pianiste croate Ivo Pogorelich, depuis le décès de son épouse en 1996, il ne s’est quasiment plus produit sur scène, n’a plus enregistré de disque et ses enregistrements commercialisés ne dépassent pas le nombre de 15. Ce n’est que récemment qu’il a entrepris une nouvelle tournée de concerts.

    Mais la rareté de leurs enregistrements mise à part, due à des raisons totalement différentes, il existe un autre point commun entre ces deux personnages exceptionnels, qui n’ont d’ailleurs jamais joué ni enregistré ensemble –

    Je parle ici de la quête de l’absolu par le ralentissement des tempi des œuvres abordés.

    Depuis la sortie de son dernier CD, les 4 Scherzi de Chopin, enregistrés en 1995 mais publiés en 1998 seulement, et qui est dédié à la mémoire de son épouse, Ivo Pogorelich a encore radicalisé son interprétation. Il poursuit sa quête d’absolu notamment en ralentissant toujours plus les tempi des œuvres qu’il aborde, à la manière d’un Sergiu Celibidache, cherchant à ciseler de nouveaux joyaux sonores par des lectures structurelles inédites des partitions. Concert après concert, il étire de plus en plus les pièces qu’il travaille, comme s’il cherchait à les tendre à leur limite : quelle est la résistance d’une œuvre et quels enchantements secrets peut-elle livrer quand on l’accule dans ses derniers retranchements ? Voilà les questions que semblait par exemple poser la figure marmoréenne de Pogorelich face à son piano, quand il jouait la 32ème sonate op.111 de Beethoven en 41 minutes lors d’un concert à New-York en 2006. Celle-là même qu’il avait proposée au disque chez DG en 1983 en 29 minutes, puis, en concert, chaque année plus lentement (en 2004 par exemple, environ 34 minutes).

    A titre indicatif, comme il a été observé dans la presse, les interprètes de cette œuvre tels Rudolf Serkin ou Artur Schnabel la jouent en 26 minutes ! (Source : Wikipédia)

    La vidéo que je vous présente ici a été enregistrée pendant le prestigieux concours Chopin à Varsovie, en 1980 (oui, celui par qui le scandale arriva. Mais ceci est une autre histoire, que je vous raconterai dans un autre billet). Ivo Pogorelich y joue le 4ème mouvement de la Sonate pour piano N° 2 de Frédéric Chopin.

     

    Toujours à propos d’Ivo Pogorelich et de la durée d’interprétation, voire d’enregistrement, je me souviens d’avoir acheté, dès sa sortie dans les bacs en Suisse, soit en 1986 ou 1987, le Concerto pour piano et orchestre N° 1 en si bémol majeur, op. 23, de Piotr Ilitch Tchaïkovski.

    37 minutes 40 secondes de pur bonheur.

    Mais vendu au prix fort, alors même qu’à à l’époque déjà, on mettait aisément 60 minutes et même d’avantage sur un seul CD.

    Je me souviendrais toujours d’avoir dit au responsable du rayon disques qu’il fallait vraiment être un inconditionnel de Pogorelich pour dépenser autant d’argent pour si peu de musique ! Sa réponse, accompagnée d’un grand sourire, était la suivante : « Oui, mais quelle musique ! ». Je ne pouvais qu’acquiescer.

    N’empêche qu’en me référant strictement au rapport durée-prix, et en excluant d’office toute connotation telle que la qualité d’interprétation, la perte de cohérence structurale, la distorsion etc., je ne peux que saluer cette tendance de ralentir toujours d’avantage les tempi des œuvres.

    C’est toujours ça de gagné !

    Mais je répète : je suis (et je suis resté) un inconditionnel de Pogorelich.

    A bientôt.


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  • La durée est une période de temps déterminée, mesurable, avec un début et une fin; soit le temps que dure un événement, une action. Le billet présent traitera donc de la durée de tout ce qui est relatif à la musique classique, soit des compositions, concerts, bis, enregistrements, et même des carrières; à commencer par les plus courts, et à finir avec les plus longs :

     

    D comme Durée 

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  • Le duel est un combat singulier, assigné d'homme à homme et soumis à certains codes. En règle générale, les deux adversaires s'affrontent par les armes quand l'un a demandé à l'autre réparation d'une offense ou d'un tort. Le mot vient du latin duellum qui, selon les encyclopédies, serait soit la forme ancienne de bellum = guerre, soit celle de duo = deux. Ce pourrait d'ailleurs être un mélange de ces deux significations, car il s'agissait bien d'une forme de guerre entre deux individus.

    Duel entre Oneguine et Lenski (Eugène Oneguine de P. Tchaikovski)

    Peint par Ilya Repin, 1899

     

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  • D somme Drogue

    Sans même évoquer les dérives dans le domaine sportif, pourtant particulièrement touché par ce phénomène, nous savons tous que bon nombre d'artistes de la musique pop et du jazz fument de l'herbe, sniffent de la coke, consomment des anabolisants ou se piquent.

    A juste titre, je me suis alors demandé si le milieu de la musique classique et de l'art lyrique n'était pas également touché par ce fait, devenu si tristement banal de nos jours.

    Voici donc les éléments que j'ai pu récolter, côté jardin aussi bien que côté cour, pour alimenter ce billet :

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  • On peut discuter longtemps au sujet des caprices de diva,  et selon le côté où on se place, soit s’en offusquer, soit en rire. Ou encore, comme la présentatrice d’émissions télévisées musicales Eve Ruggieri, invoquer que ce sont bien souvent rien d’autre que les exigences d’une artiste à vouloir, dans toutes les conditions, donner le meilleur d’elle-même.

    Admettons. Pourtant, la marge qui subsiste entre le «bien souvent» et le «toujours» est tellement extraordinaire qu’elle éveille immanquablement une certaine curiosité – ou une curiosité certaine. A vous de juger !

    Ainsi, bien avant et pendant la période dorée du 19ème siècle de l’opéra, les artistes (et les imprésarios) ne témoignaient d’aucun respect envers le compositeur d’une oeuvre et il était habituel que les chanteurs faisaient ce qui leur plaisait. Sachant qu’ils devaient faire quelque chose qui sorte des normes et des usages s’ils voulaient devenir des légendes vivantes, chacune et chacun faisait le maximum pour faire parler d’eux, dans le but de se ménager une petite place au panthéon des chanteurs d’opéra. Ainsi, bon nombre d’opéras ont été produits en tenant largement, voire même exclusivement compte des caprices des divas, des divo aussi - et des livres de recettes des imprésarios.

    Au King’s Théâtre of London par exemple, l’air « Voi che sapete » de « Le Nozze di Figaro », a alternativement été chanté, à différentes soirées,  soit par la Comtesse, soit par Susanne et occasionnellement même par Cherubino, personnage après tout pour lequel Mozart a composé cet air.

    C comme Caprice (de D comme Diva)

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